Faire entendre d’autres voix

par Philippe Cousty

Le film d’Ivan Ruiz, « D’autres voix », était projeté hier soir, au cinéma Jean Eustache, à Pessac, près de Bordeaux. Les 250 personnes qui se rendirent à cette projection, trouvèrent la surprise, l’émotion, les rires pas sans l’esthétique d’un documentaire de grande qualité.

C’est un film délicat, celui d’un père, de son fils autiste, celui d’un homme pour qui la psychanalyse a produit une rencontre essentielle. Il l’a résumée hier face à une question lui demandant s’il n’avait pas fait un film de défense de la psychanalyse.

Ivan Ruiz très simplement mais fermement répondit qu’il avait fait un film sur la défense du sujet, de son droit à choisir les modalités de traitement et d’accompagnement, son droit et celui de sa famille, alors que la décision de Mme Carlotti et ses déclarations martiales ôte toute possibilité en tranchant, au nom de positions idéologiques.

C’est un film délicat sur le plan cinématographique, au plus près de son propos. Images, cadrage, choix des lumières, des décors, tout est en fines variations à l’image de la main de cet enfant qui joue dans les rayons de lumières pour peut-être en éprouver et en traduire quelque chose qui vienne dire pour lui ce qui se produit.

Délicatesse aussi d’Albert qui nous convie en promenades, dans ses lieux, mais aussi dans ce qui fait son monde, avec sérieux, témoignant le plus précisément possible de ce qui lui arrive, des impossibles qu’il rencontre, de comment il s’en arrange, et qui nous fait découvrir que la langue si elle sert à communiquer sert aussi à s’amuser, et surtout à inventer les mots, le mot.

Pas de blabla, mais être au plus près d’un dire.

Témoigner de ses solutions, et puis jouer avec les mots, nous faire souvent rire.

Albert et son copain qui conversent sur leur rapport différent à l’existence, Albert et sa famille, mais aussi d’autres parents, grands-parents d’enfants et de jeunes autistes, qui parlent avec tact l’effet qu’a eu dans leur parcours parfois douloureux, la rencontre avec un analyste d’orientation lacanienne, un effet d’allègement, de soulagement, la transformation du regard sur leur enfant, mais aussi le respect, et la dignité retrouvés, l’attention aux petits détails, la prise de position éthique qui consiste à ne pas se dire devant quelque chose qui échappe à la norme que cela est du n’importe quoi, mais au contraire à y déceler un sujet en attente d’adresse et de reconnaissance pour ce qu’il est, comme il est.

Des analystes, il y en a dans le film d’Ivan Ruiz, sans que pour autant ils se poussent du col. Avec humilité ils nous racontent comment ils se sont trouvés à se mettre à l’école de ces sujets différents, ce qu’ils ont inventé sur cette rencontre comme pratiques, institutions. Des analystes et chair et en mots, humains, loin des discours formatés, vivants.

Lorsque la lumière est revenue, des parents d’enfants autistes ont témoigné, et il y eût dans le public des échanges simples, précis, dans une ambiance conviviale, où Albert, qui nous a honoré de sa présence a su toucher avec humour les spectateurs, répondant aux questions posées.

Nous étions loin des débats où le principe consiste à mettre de l’huile sur le feu et invectiver les psys, la psychanalyse avec des arguments de mauvaises fois.

Nous avons tous appris, pas seulement sur l’autisme, mais aussi sur l’humain, sur ce que c’est que d’être un être parlant dans la vie, un parlêtre disait Lacan.

La discussion s’est poursuivie ensuite autour d’un verre, des rendez-vous et contacts s’échangèrent, chacun sentant la responsabilité qui lui revenait dans cette cause à défendre

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A propos LaMàO1

« La main à l’oreille » a été créée par des parents et amis de personnes autistes, avec pour objectif de promouvoir une approche qui prenne en compte leur subjectivité et accueille leurs inventions. Nous considérons qu’une place doit être faite, dans la Cité, au mode d’être autistique, sans se référer à une norme sociale ou comportementale. Dans l’éventail de leurs expressions, les autistes nous montrent qu’aucune personne autiste n’est pareille à une autre, comme il en est pour tout un chacun. Ils confirment ainsi que l’autisme, inséparable de la personne, ne la résume pas. Nous souhaitons en témoigner dans notre association.
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