Sur la soirée à Bruxelles autour de la projection D’Autres voix

 Par Sophie Louis

La salle du Bouche à Oreille à Bruxelles était comble ce jeudi 16 mai pour assister à la projection du film « D’Autres voix. Un autre regard sur l’autisme » et ce, en présence de son réalisateur Ivan Ruiz. Dans le débat animé par Alexandre Stevens qui a suivi, celui-ci est revenu sur la genèse de cet acte. En effet, ce film se révèle être bien plus qu’un documentaire sur l’autisme.

d'autres voix belgiqueLà où les politiques catalanes, répondant aux idéaux normatifs, projetaient d’uniformiser le traitement des enfants autistes, voulant imposer le modèle du même pour tous les mêmes, Ivan Ruiz a choisi de donner de la voix par l’art en faisant résonner les voix des parents, des psychanalystes et des enfants autistes. Ainsi, le jeune Albert n’a de cesse de nous faire entendre combien plutôt que de se mouler dans un diagnostic, il a fait le choix de cultiver son style. Albert nous le dit, « Tout n’est pas Asperger, il y a aussi mon caractère ». Le film nous donne à entendre que l’autisme, diagnostic stigmatisant qui tait les inventions singulières des sujets, n’existe pas. Pas de pathos, mais du témoignage de ces parents se dégage une « vitalité », terme qui tenait à cœur à Ivan Ruiz dans la façon dont le film serait perçu par le public. Le désarroi des débuts, la culpabilité mais surtout ce dont nous parlent ces parents, c’est de leur enfant avec toutes ses singularités. Ces enfants, Ivan Ruiz a choisi de ne pas les filmer. Et pourtant, leurs voix résonnent. Ce qui leurs donne une voix, un visage, une humanité, c’est ce voile, assorti des mots des parents qui retentissent non pas à l’unisson mais de façon singulière. Sans prosélytisme aucun, Ivan Ruiz, en trame de fond, montre comment la psychanalyse est là pour soutenir les trouvailles du sujet.

Sur l’air jazzé d’une comptine enfantine, le film se termine sur une danse entre un enfant et un adulte, en ombres chinoises. L’adulte tend les bras, l’enfant hésite, puis, pas après pas emporté par la mélodie accepte de rentrer dans la chorégraphie. Danse à l’image de ce qu’est une relation thérapeutique.

Pour conclure, reprenant le néologisme d’Albert, je dirais « acoustouflant », ce film est « acoustouflant ».

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Par Marie-Louise Meert

Nous sommes nombreux ce soir-là, membres d’association de parents, professionnels ou non, au « Bouche à Oreille » venus voir l’avant-première du film de Silvia Cortez et Ivan Ruiz intitulé « D’autres voix ». Le titre, équivoque, ne laisse pas indifférent, que cache-t-il donc ? Nous savions, de manière générale de quoi il parlait mais, nous ne pouvions deviner comment le sujet allait être traité, l’autisme.

Plongée dans l’obscurité. Le temps d’une seconde, l’écran projette des images qui nous emmènent peu à peu, ailleurs, et nous place sous un angle de vue inattendu comme vers d’autres voies d’accès. La caméra traverse un labyrinthe. Nous entendons le bruit des feuilles que le vent agite, les arbres sont si grands. Nous nous arrêtons dans des lieux mythiques où nous rencontrons des personnes parlant en leur nom de leur enfant, cet enfant diagnostiqué autiste. Des mères et des pères, des grands-parents, des professionnels que le réalisateur Ivan Ruiz a pris soin d’asseoir sur une méridienne posée dans une forêt, un théâtre antique, une chambre obscure. Symbole de la psychanalyse, ce divan devient la scène où se joue tout autre chose. Ces personnes, sur le divan, témoignent de leur rencontre avec l’expérience de la psychanalyse et décrivent comment cette rencontre a modifié leur vie, leur rapport à la souffrance, à la stigmatisation et à l’invention. L’angoisse que représente l’autre comme énigme, du côté des parents et du côté des professionnels, lentement s’estompe, laissant place à l’altérité et consentant à l’inconscient, des surprises surgissent…

Albert, personnage central du film, nous parle de son « syndrome d’Asperger » qui n’a rien à voir avec son caractère. Albert nous guide, seul ou accompagné. Passionné par le héros de BD « Tintin » dont son grand-père a fait une reproduction et qu’Albert est heureux de nous montrer, nous le suivons dans le labyrinthe, sur un sentier, dans son village. Albert partira avec ses parents jusqu’au pays de Tintin, le Musée Hergé à LLN. Albert nous émeut par la gravité de ce qu’il nous transmet et sa légèreté, son humour. « Acoustouflant », néologisme inventé par Albert, nommant au plus près ce qui percute de la « bouche à l’oreille » pour s’arrêter, s’étonner sur ce film, son expérience. Dernier adjectif d’une série pour apprécier le film de Ruiz, Albert nous surprend.

Cette invention peut à elle seule servir de boussole pour ceux et celles qui ont envie de découvrir le film de Ivan Ruiz mais surtout de le voir et d’en parler, encore … Et ce serait formidable de trouver les moyens de le faire connaître et de le diffuser.

La soirée fut aussi l’occasion d’entendre le cinéaste parler de son cheminement, de son questionnement, de ses choix. Le débat, animé par Alexandre Stevens, Fabienne Hody, Guy Poblome, Daniel Pascalin, Bruno de Halleux et du public, a donné une autre portée à la séance de projection. Nous découvrions l’envers de l’image : les doutes, l’élaboration et la rigueur des interventions d’Ivan Ruiz. « D’autres voix » ne laissent pas insensibles : l’émotion et la transmission y sont à l’œuvre, délicatement.

Le film se termine sur un plan fixe et la mélodie connue « Sur le pont d’Avignon » : un homme et un jeune enfant dansent. Ensemble, séparément. L’un vient, l’autre s’éloigne, ils se rapprochent, ils s’éloignent, jamais trop, pas trop longtemps comme la fragilité de la présence sur fond d’absence.

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