La plus normale c’est elle !

Les deux interviews d’Eugénie Bourdeau, mère de Lucile Notin-Bourdeau ont été diffusées sur France Inter, France Bleu Vaucluse, France Culture, France Musique et France Info en novembre dernier à l’occasion des expositions « Tous aRtistes » qui ont eu lieu à Paris au mois de novembre 2013 et dont l’une a été organisée par La main à l’oreille au Centre Valeyre. 

Réalisateur du son pour la radio : Daniel Morin / Photos : Michel Reynaud

Le décrochage de l’exposition « Tous aRtistes » au Centre Valeyre a été suivi de la projection de la vidéo « Ne sois jamais normal, mon fils » de Marc Langlois et du film « Sa normalité » d’Eugénie Bourdeau. Nous avons le plaisir de partager ici une partie des échanges qui ont suivi. 

Eugénie : On n’est pas très logiques dans notre normalité ; elle ne ment pas elle est à l’écoute des mots, elle est intuitive. J’ai beau penser que je dis la vérité, mais je me suis rendu compte que je disais beaucoup de mensonges.

Marc : J’aime le passage où tu lui fais écrire son prénom et elle fait à sa tête. Mahé aussi, il est cash. On arrive chez Leroy Merlin, il va voir le premier vendeur et lui demande « Pourquoi tu fais du marketing ? ».

Eugénie : C’est la personne la plus libre que je connaisse. Dans la création artistique il faut se libérer.

François Rocamora : Dans la création c’est l’univers intérieur qui est l’espace, ça n’est pas l’extérieur. Ca passe par beaucoup de solitude, beaucoup de rêves. J’ai dessiné autant que votre fille quand j’étais enfant, aujourd’hui je ne le fais plus. Aujourd’hui c’est plus un arrachement. Ces dernières années j’ai été très sensible au décalage entre ce que je peux vivre intérieurement et ce que je vois autour de moi. J’avais l’impression que mes rêves étaient la réalité. J’ai le sentiment d’une énorme illusion, d’un  théâtre. Des artistes sont à la recherche de la réalité, du réel c’est dans leurs rêves qu’ils le trouvent. Quand on est dans la recherche de l’argent on perd le sens du réel.

Eugénie : Oui on perd le sens de la vérité. C’est pourquoi on ne les félicite que quand ils sont comme nous. Il y a un seul endroit qui fasse exception, ce sont les ateliers artistiques, car ce sont les seuls lieux où on les félicite pour ce qu’ils sont.

François : Je dessine beaucoup. Mes dessins, je ne les exposerai pas. Je ne recherche rien d’artistique, c’est pour dire ce que j’ai en moi. J’ai ce rapport au dessin. J’ai voulu relire ce qu’on dit de l’art brut. Dubuffet a fait rentrer dans ce groupe des artistes qui n’étaient pas autistes et qui arrivaient à conceptualiser leur travail, puis il les a sortis. Je pense à Chaissac et à Louis Soutter (Suisse) : il n’est pas brut il est tout simplement génial. C’est de l’art, de la création, du dire, ça parle. Je m’étonne que nous ne soyons pas tous artistes. Pourquoi il y a des gens qui ne sont pas artistes.

Eugénie : je trouve absurde d’imposer une méthode pour tous. Elle utilise le dessin, et c’est figuratif. Ils ne sont pas dans leur bulle. Ils communiquent mais on ne les comprend pas.

Marc : Mon fils communique beaucoup, plus que moi, avec son corps. Quand je vois les différentes méthodes qui engagent à devenir normal. Confusion entre l’être et l’avoir.

Eugénie : Ils nous dérangent car ils nous renvoient ce que nous ne voulons pas être.

pixiz_528a25ef4bcf5Mariana lit le texte d’Alexandra. Mahé, les étoiles et Romane.

Une éducatrice dans la salle : Je fais un stage ABA. C’est pas du tout la même chose. Je suis saisie par le contraste entre ce que je vois dans mon stage et le film.

Mireille : Je vais vous lire un petit extrait de ce que j’écris à propos de Louis. Ca concerne sa façon d’inventer la temporalité, c’était à la piscine, c’était à moi de calmer mon angoisse. En lui faisant confiance, je lui ai laissé la chance d’inventer, de trouver sa solution.

Marc : Il ne s’est jamais fait mal, ni blessé. Il faut avoir confiance. Pourquoi il n’y a pas une pièce par chose qu’on achète. Du jour au lendemain il s’est mis à faire des pages d’opérations mathématiques.

Ceux qui ont pris la décision de se risquer à parler.

Un participant : Vous avez consenti à aller à l’école de vos enfants.

Alain Gentes : J’ai emmené en bateau Mahé, et puis, il m’a mené en voiture. « Mais t’inquiète pas, c’est pour de faux ».

Un participant : Lucile consent à écrire son nom, mais à ses conditions.

Marc : Le malentendu. C’est important que tu te donnes du mal. Je lui pose la question tu comprends. Il me dit oui, il faut que je fasse mal.

(…)

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