Théo, 10 ans aujourd’hui et toute sa vie devant lui

Théo, 10 ans aujourd’hui et toute sa vie devant lui

Par « Pakita »

Théo 10 ans10 ans d’un parcours incroyable, d’une vie déjà emplie de tant d’expériences, de rêves, d’espoirs, et de peurs aussi, de fatigue parfois.
 
10 ans pour un être d’exception.
 
Lors de son premier anniversaire, nous ne savons pas trop qui est ce drôle de petit bonhomme.
Beau comme un cur, avec des yeux pétillants de vie, mais déjà si distant, si particulier. 

Nous savons depuis le début qu’il y a quelque chose d’étrange en Théo, mais nous avons déjà des ennuis si graves qu’il est difficile pour nous de faire le tri entre cette particularité et nos douleurs personnelles
  
A deux ans, l’autisme s’affirme et il n’y a plus de doute.
Ce petit garçon blond au regard profond est en train de fabriquer un monde hors du nôtre et nous avons beau faire, rien ne parvient à le ramener à nous.
Nous n’avons pas le droit de le toucher, et le soigner lorsqu’il est malade ou qu’il se blesse relève de l’exploit.
 
Il apprend à parler, un peu, écorchant les mots.
Il apprend à communiquer, mal, en abandonnant très vite lorsque la demande lui semble trop compliquée.
Il semble souffrir de terribles maux de tête et refuse de nous laisser l’aider.
Il s’enferme alors soit dans la colère soit dans le silence.
 
A trois ans, Théo ne parle plus. Les quelques mots qu’il a difficilement appris disparaissent, ainsi que ses regards et certains gestes aussi, qui semblent presque douloureux pour lui.
 
Il vit des sensations qu’il ne semble pas vouloir partager avec nous, des mouvements des mains, des balancements, des bruits de gorge Un monde à lui dans lequel pour autant il ne semble pas en danger.

Il pleure énormément et rien ne parvient à le calmer.
Il ne sait pas jouer et ne fait que tripoter tout ce que nous mettons entre ses mains.
 
Ce sera l’année la plus difficile, pour lui comme pour nous.
 
Il est diagnostiqué autiste typique avec probablement une légère déficience mentale.
 
Une légère épilepsie est soupçonnée.
 
A quatre ans, il invente un langage. Un langage merveilleux, unique. Son langage. Sa traduction du monde dans lequel il vit depuis de longs mois et qu’enfin il semble vouloir nous faire découvrir.
 
Nous apprenons ce langage, presque goulument tant nous sommes heureux de le retrouver parmi nous.  Petit à petit, avec l’aide d’une orthophoniste, nous parvenons à « redresser » ce langage magique et nous retrouvons un chemin commun dans lequel nous plaçons tous nos espoirs.
 
Il est toujours très fragile et la moindre contrariété le fait rentrer dans des colères noires qui le laissent ensuite triste et abattu.
 
A cinq ans, il s’ouvre petit à petit au reste du monde et  explore les joies des jeux à partager.
Il accepte enfin que je le touche un peu, quelques massages tout d’abord timides, sur la plante de ses pieds, pour l’aider à s’endormir, puis sur le reste du corps. Sa peau qu’il offre ainsi à mes mains, comme un signe de confiance.
Il dort bien mais mange peu, la liste des aliments qu’il accepte s’étiole dramatiquement.
Nous continuons de soupçonner une déficience mentale sans être pour autant capable de la mesurer.
 
Il a des gestes maladroits et très peu de force dans les mains ce qui l’énerve car il ne peut pas faire ce qu’il veut. Il a du mal à nous demander de l’aide.
 
 A six ans, il comprend qu’il n’est pas en danger et que ce monde auquel il s’ouvre permet de belles rencontres, de belles découvertes.
Il s’intéresse aux animaux, aux fleurs, aux étoiles. Il y a une poésie en lui absolument merveilleuse.
Son langage s’étoffe suffisamment pour que nous tentions de lui enseigner les concepts de bases mais parallèlement, il s’enferme dans des rituels compliqués et des stéréotypies envahissantes. Nous comprenons alors que chaque acquis est source d’angoisse, bousculant les murs rassurants de son monde intérieur et qu’il faut lui laisser le temps d’avancer à son allure.
 
A sept ans, même si son imaginaire est très pauvre, il invente des jeux dans lesquels nous pouvons intervenir. Il instaure un rôle à chacun d’entre nous et a du mal à admettre que nous puissions vouloir échapper à ces rôles très précis et restrictifs.
Lisa et Fanny, ses surs chéries, quittent la maison pour leurs études et il découvre la souffrance de la séparation et la joie des retrouvailles, il resserre encore plus les liens avec son frère Harold.
Il a du mal à gérer ses émotions, qu’elles soient négatives ou positives et souvent les traduit par des violences qu’il a tendance à retourner contre lui.  
 
A huit ans il arrive à exprimer ses souffrances par des larmes et des mots. Il exprime ses peurs et ses espoirs. Il raconte aussi ses rêves.  
Tout doucement je lui apprends à lire et à écrire et cela lui ouvre une compréhension plus précise du monde qui l’entoure.
Il est curieux mais sa peur de l’échec, toujours prédominante, lui fait bien trop souvent redouter les nouveautés.
Il a toujours du mal à gérer ses frustrations tout autant que les contraintes, mais il comprend qu’il lui faut travailler pour apprendre et que cet apprentissage lui sera bénéfique. Nous sentons sa confiance en nous et il comprend que nous avons confiance en lui.  Nous avons avec lui une très belle relation.
 
A neuf ans il fait des progrès fulgurants au niveau du langage et de la compréhension des concepts.
Il a du mal encore à synthétiser toutes ses nouvelles connaissances, mais il semble admettre que plus il apprendra plus il comprendra.
Il est de plus en plus à l’aise avec les codes sociaux et est très respectueux des règles de vie dès lors qu’il les a comprises.
 
Il commence à faire attention aux autres, s’inquiète lorsque l’un d’entre nous ne va pas bien.
 
Mais cette ouverture sur les autres exacerbe sa sensibilité, ce qui le rend extrêmement fragile. Il pose des questions sur la mort, la maladie, la souffrance. Il a peur de perdre les gens qu’il aime et dont il fait la liste régulièrement.
 
Il est passionné par la géographie, l’espace et l’idée de l’infini.
 
La suspicion d’une déficience mentale s’éloigne. On sent en lui un potentiel incroyable et un réel besoin d’apprendre.
 
A dix ans, Théo est finalement diagnostiqué autiste Asperger.
Il a pu intégrer une école spécialisée et très attentive au respect de la différence de chacun des enfants qu’elle reçoit.
Cette école lui enseigne un programme scolaire, mais également l’art de vivre avec les autres.
 
Il a passé, ces derniers semaines, des tests appropriés et il s’avère qu’il les a tous réussis haut la main, crevant le plafond de tous les items proposés.
 
Non seulement il n’est pas déficient mental, mais il serait peut-être ce qu’on appelait un temps : un surdoué.
 
C’est un enfant heureux qui passe son temps à rire et qui apprend à une vitesse phénoménale.
 
A l’école, il est un élève sérieux que sa maîtresse ne cesse d’encourager, sa peur de l’échec restant sa plus terrible ennemie.
Il est très attentionné envers ses camarades plus fragiles que lui.
 
Il est gentil et tendre.
Il a encore quelques petits rituels qui l’aident à gérer les angoisses restantes mais il sait s’en moquer lui-même.
 
Il commence à apprendre à manger de tout.
Nous avons une relation merveilleuse, complices et attentionnés l’un envers l’autre.
 
Plus tard il veut devenir inventeur.
 
Théo, mon fils, mon ange, mon cadeau, mon espoir, mon étoile.
 
Théo, l’être le plus courageux que je connaisse.
 
Théo, qui a 10 ans aujourd’hui et toute sa vie devant lui.

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A propos LaMàO1

« La main à l’oreille » a été créée par des parents et amis de personnes autistes, avec pour objectif de promouvoir une approche qui prenne en compte leur subjectivité et accueille leurs inventions. Nous considérons qu’une place doit être faite, dans la Cité, au mode d’être autistique, sans se référer à une norme sociale ou comportementale. Dans l’éventail de leurs expressions, les autistes nous montrent qu’aucune personne autiste n’est pareille à une autre, comme il en est pour tout un chacun. Ils confirment ainsi que l’autisme, inséparable de la personne, ne la résume pas. Nous souhaitons en témoigner dans notre association.
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