Résolution Fasquelle : Une demande de respect

Resolution Fasquelle : Une demande  de respect

Par Alexandra Dauplay-Langlois 

Mesdames, Messieurs les députés,

Mère d’un garçon de 12 ans, je voudrais par cette lettre, vous exposer rapidement et à titre d’exemple, en quoi la résolution initiée par Monsieur Fasquelle qui sera proposée au vote de l’assemblée nationale le 8 décembre prochain peut, si elle était votée à la majorité, mettre en péril tout ce qui a été construit pour mon fils depuis 9 ans et continue de l’être, jour après jour. 

img_4118Lorsque j’ai découvert l’autisme de mon fils à son entrée à l’école, j’ai eu à faire à de nombreux professionnels, des spécialistes, médecins, psys, directeurs d’école, AVS, instituteurs. Certains me disaient quel était le comportement d’un enfant normal de son âge, ce qu’il ne faisait pas, d’autres me donnaient des conseils, la façon de faire avec lui, les objectifs à travailler et à atteindre. Son comportement considéré comme déviant était pointé du doigt. Il fallait le ramener vers une normalité qui n’était pas la sienne : ré-apprentissage de sa façon de se déplacer (mon fils sautait et courait pour se déplacer), interdiction de jeter des feutres (c’était son jeu à lui de faire tomber pleins de feutres en même temps sur le sol), tendance à le contenir pour l’amener à faire de la pâte à modeler, entrainement à jouer à des jeux de société tel que le loto, demande de regarder l’autre dans les yeux. Je n’étais pas à l’aise, je ressentais dans mon for intérieur que ce n’était pas ce qui convenait à mon enfant. J’attendais, sans pouvoir mettre des mots dessus, plus de respect de ce qu’il était dans sa différence de petit garçon.

N’ayant alors aucune connaissance des différentes thérapies, ignorant en quoi consistait le comportementalisme et la psychanalyse, seule mon intuition me guidait. Comme beaucoup de parents, je tâtonnais et décidais de lui faire confiance. Pendant des mois, loin des méthodes et des différents courants, j’étais en quête de personnes pouvant accueillir mon enfant sans préjuger de ce qu’il était bon ou pas bon pour lui de faire. J’étais fatiguée des conseils, aussi remplis de bonnes intention fussent-ils. J’avais besoin qu’on me fasse aussi confiance en tant que mère. 

La rencontre inattendue eu enfin lieu après de nombreux rendez-vous avec des spécialistes où à chaque fois, lassée, il me fallait raconter la même histoire. Je décidais de prendre rdv avec  un  professionnel  parce qu’il était psychiatre, je me rendis compte qu’il était aussi psychanalyste. Il m’a reçue et a su écouter ce que j’avais à lui dire. Je me sentais respectée. Pour la première fois, je ressentais que mon fils était considéré dans ce qu’il était, un petit garçon de 3 ans et demi, au-delà du fait qu’il était le fils de sa mère et de son père. Il n’était plus regardé comme le petit garçon qui ne faisait pas ce qu’on lui demandait et ce que les adultes attendaient de lui. 

Depuis, mon fils continue à se rendre chez son psychanalyste à raison de deux fois par semaine. Ce rendez-vous, à chaque fois très attendu, me parait fondamental et évident pour son équilibre. Aucune loi ne pourra empêcher que mon fils ne se rende à ses séances pour parler, pour élaborer, pour se construire. Cela l’aide énormément, alors que par ailleurs, son parcours scolaire a toujours été très chaotique, la demande de l’autre étant particulièrement compliqué pour lui. 

Depuis un an, il a de la chance d’être accueilli à 3/4 temps dans un hôpital de jour, où la demande se fait moins présente qu’ailleurs, notamment à l’Itep qu’il fréquentait jusque là et où on lui demandait beaucoup, ce qui provoquait chez lui de grandes crises. Lieu de répit et de reconstruction, l’hôpital de jour qu’il fréquente lui permet d’être mieux à la maison. Les professionnel qui y travaillent arrivent à accompagner mon fils dans sa construction, par le biais de centres d’intérêts propres à lui et sans méthode préétablie.  Cet accueil très respectueux de son être a un effet d’apaisement sur lui. Il aime y aller.

Ainsi, vous comprendrez, je l’espère, pourquoi la résolution de Monsieur Fasquelle de supprimer la psychanalyse dans la prise en charge de l’autisme me laisse sans voix. Comment Monsieur Fasquelle peut-il préjuger de ce que serait la bonne méthode pour chacune des personnes autistes ? En tant que mère, l’approche qui convient à mon fils est celle qui l’allège avant tout de ses souffrances. Cette approche n’est pas une méthode, elle me convient mais je ne souhaite l’imposer à personne. Chaque parent explore, choisit ce qui convient à son enfant.  Je rencontre dans mon quotidien des parents qui n’ont pas fait le même choix que moi, nous respectons nos choix. Pas de leçon à donner en matière d’autisme. 

J’espère que cette lettre témoignage a pu vous éclairer, Mesdames et Messieurs les députés représentant des citoyens et donc de parents comme moi afin que vous puissiez voter en toute conscience.

Je vous remercie du temps que avez pris à me lire.

Alexandra Dauplay-Langlois 

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A propos LaMàO1

« La main à l’oreille » a été créée par des parents et amis de personnes autistes, avec pour objectif de promouvoir une approche qui prenne en compte leur subjectivité et accueille leurs inventions. Nous considérons qu’une place doit être faite, dans la Cité, au mode d’être autistique, sans se référer à une norme sociale ou comportementale. Dans l’éventail de leurs expressions, les autistes nous montrent qu’aucune personne autiste n’est pareille à une autre, comme il en est pour tout un chacun. Ils confirment ainsi que l’autisme, inséparable de la personne, ne la résume pas. Nous souhaitons en témoigner dans notre association.
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