Victor c’est « mon » neveu

Ce texte nous a été adressé par Carole Levy, la tante de Victor Von Langsdorff-Ramière, à l’occasion de la journée Les Cabarets de la Fraternité qui a eu lieu à Bordeaux le 1er avril dernier.

Victor, c’est mon neveu. Enfin… « mon », comme si je pouvais m’approprier Victor grâce à un pronom possessif ! Victor, on ne se l’approprie pas. Il vous choisit quand il est prêt, ou peut-être, surtout quand vous êtes prêt – quand vous avez montré assez de consistance et de fiabilité pour pouvoir le recevoir et être en relation avec lui. Je suis donc sa tante, la sœur de Myriam. J’habite aux Etats-Unis depuis 15 ans. Je vois peu Victor, mais régulièrement : une fois par an, pour quelques jours de vacances.

La consistance et la fiabilité n’étaient pas mes grandes qualités, mais avec

Victor, depuis 23 ans, j’apprends. Chaque année, j’apprécie un peu plus combien sa présence est importante, différente et essentielle.

En fait, j’aime beaucoup être avec Victor, pour plein de petites et grandes
raisons.

  1. Avec Victor, les frontières sont claires : dès que la relation le fatigue, il s’en va et personne ne s’en offense. Avec Victor, pas de fausse politesse.
  2. Avec Victor, pas de second-degré, pas de cynisme et pas de jugements des autres. C’est reposant, en plus de créer un environnement bienveillant.
  3. Avec Victor, on se rassemble. On peut avoir des conversations honnêtes sur les « histoires de famille », quand il nous y invite avec ses questions provocantes, voire dérangeantes, qu’il nous lance comme des petites bombes amusantes (généralement suivies d’un gros gloussement – le rire de Victor) !
  4. Avec Victor, on s’instruit. J’adore fouiner dans ses livres et BD. Grâce à lui, j’ai découvert un grand maître de manga Japonais, Osamu Tezuka, et sa série en huit volumes sur la vie de Bhudda. J’en ai parlé à mon voisin en Californie qui cherchait des livres pour son fils de 15 ans… Il a beaucoup aimé, lui aussi.
  5. Avec Victor, j’ai des centres d’intérêt que je n’oserais pas toujours partager avec mes amis – comme ma vieille passion pour le Tarot de Jodorowsky. Oui, avec Victor, y’a pas de honte à aimer les sujets reliés au mystère de l’univers ou aux besoins fondamentaux de l’humanité comme la paix et la justice. On peut aussi parler de politique et de Trump. On aborde les essentiels.
  6. Avec Victor, on apprend beaucoup sur soi parce qu’on est obligé de donner sans espoir de retour. Victor s’en fiche de nos ego. Il ne s’attache pas au « particulier ». Ce qui l’intéresse, c’est l’âme humaine, au-dessus -ou en-dessous- de notre statut social et de nos images.
  7. Enfin surtout, avec Victor, je me marre ! Parce que même si ses blagues sont potaches, gore, décalées, incompréhensibles, répétées ou éculées… Victor a de l’humour, et ça fait du bien.

    Myriam Ramière, maman de Victor, lit le texte de Carole Levy à la Journée de l’Autisme à Bordeaux

J’espère donc de tout cœur que Victor, par sa présence, sa personnalité et son expérience, va continuer à partager et promouvoir combien « être différent » c’est une richesse et un cadeau pour les autres. Merci de votre invitation à partager mon expérience.

Avec affection et soutien,

Carole Lévy,

Fait à Larkspur, CA – Le 25 mars 2017

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« La main à l’oreille » a été créée par des parents et amis de personnes autistes, avec pour objectif de promouvoir une approche qui prenne en compte leur subjectivité et accueille leurs inventions. Nous considérons qu’une place doit être faite, dans la Cité, au mode d’être autistique, sans se référer à une norme sociale ou comportementale. Dans l’éventail de leurs expressions, les autistes nous montrent qu’aucune personne autiste n’est pareille à une autre, comme il en est pour tout un chacun. Ils confirment ainsi que l’autisme, inséparable de la personne, ne la résume pas. Nous souhaitons en témoigner dans notre association.
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