Lettre à mes « amis » de Facebook qui aiment le Front National par Luc Boland

 

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Luc & Lou Boland (par Lara Herbinia) 2012

Au hasard d’un article partagé par un tiers sur le mur de Facebook, j’ai découvert la page du Front National. Curieux, j’ai été y faire un tour. J’y ai découvert avec surprise que 4 de mes « amis » aimaient cette page. Voilà ce que je leur ai écrit :
Bonjour XXX, nous sommes « amis » sur Facebook, même si je ne vous connais pas vraiment. Sans doute est-ce suite à la publication de la chanson de mon fils « Lou, je m’appelle Lou » qui vous a été droit au cœur et vous a amené à me demander d’être ami.
C’est donc amicalement que je m’adresse à vous.
J’ai découvert que vous aimiez la page du Front National et je respecte votre choix. Mais je voudrais juste vous demander de lire ces quelques lignes.
Je peux parfaitement entendre votre raz-le-bol d’un système politique qui ne représente plus la grande majorité des citoyens et qui ne se décide pas à reprendre les rennes du pouvoir financier, abandonnés fin des années 70 au capitalisme et à la puissance de ses lobbies. Je peux comprendre votre dégoût pour cette minorité d’hommes et de femmes à la tête des partis, qui ne rêvent que du pouvoir et de sa postérité, au point de dire tout et son contraire, jusqu’à renier leurs promesses. Mais tous ne sont pas comme cela et il existe des hommes et des femmes politiques qui agissent à leur niveau de pouvoir et dans leurs idéaux.
Je partage aussi vos craintes face à la crise financière qui pèse comme une épée de Damoclès sur nos acquis, nos revenus et nos économies. Sur une planète aujourd’hui mondialisée, où de puissants groupes financiers et des personnes ayant fait fortune échappent à l’impôt grâce à l’optimisation fiscale, le système boursier et les lois du libre échange imposent leurs règles et dérèglements aux lois des nations. En dehors des derniers états totalitaires (est-ce que vous désirez ?), nul gouvernement aujourd’hui (ni même le Front National) ne peut s’opposer aux marchés devenus incontrôlés et incontrôlables, sous peine d’être sanctionnés financièrement par les bourses et mener un état à la faillite (voyez la Grèce, mais informez-vous aussi sur l’exception Islandaise, ou regardez le passé et ce retour de bâton qu’a connu Mitterand lorsqu’il a voulu nationaliser des entreprises après son élection en 1981).
Je peux aussi comprendre la crainte pour votre emploi et votre culture quand les médias vous montre ces dizaines de milliers de réfugiés qui frappent à nos portes, mais qui ne sont en réalité qu’une goutte d’eau dans une Europe forte de 514 millions d’habitant et qui a donc parfaitement la capacité (voir le devoir) de les accueillir. Nos parents ou grand-parents n’ont-ils pas été eux-mêmes des réfugiés lors de la seconde guerre mondiale, il y a à peine 70 ans ?
Je peux tout autant ressentir vos inquiétudes dans ce monde porteur d’une violence dont vous vous sentez aujourd’hui menacé. Les médias nous inondent sans cesse des conflits, des catastrophes et des sombres perspectives de l’humanité afin de nous tenir captifs des chocs émotionnels que cela engendre, au profit du nerf de la guerre : les annonceurs publicitaires. La banalisation de cette violence tant au cinéma qu’à la télévision ou dans nombres de jeux vidéo, a fini de transformer et désinhiber les exclus du système. Au-delà d’une légitime révolte face aux inégalités et aux injustices, ces jeunes qui partent en Syrie ou qui décident de se suicider en perpétrant des massacres de foules innocentes, sont le boomerang du rejet, de l’injustice et de l’exclusion dont ils se sont sentis victimes. Sans doute pensent-ils eux aussi entrer dans les médias et dans l’histoire par leurs actes monstrueux.
Je devine enfin votre peur de vous retrouver seul, abandonné et démuni face à l’individualisme poussé à outrance par les mentors de la communication publicitaire (« Devenez scandaleusement riches » harangue EuroMillions pour ne citer que cet exemple). Ce matraquage commercial nous pousse à la consommation d’urgence, à l’épanouissement de nos désirs au point de nous amener, les uns et les autres, à une boulimie de consommation qui limite de plus en plus notre « vivre ensemble » à nos passions où « qui se ressemble s’assemble ». De même, notre vie sociale se limite de plus en plus à ces vitrines publiques que sont les réseaux sociaux, nous faisant croire que nous pouvons exister tout en devenant reclus derrière des écrans.
Mais que faire alors pour marquer son désaccord et changer la situation ?
Au vu du système actuel et l’impuissance du système politique, il ne suffit plus de voter, ni d’y marquer sa contestation. Un vote pour un parti nationaliste ne mènera qu’à la confrontation des uns contre les autres.
Si vous voulez que le monde change et en revienne à cette si belle devise « Liberté, Egalité et Fraternité », il conviendrait peut-être que chacun réordonne ces mots dans sa manière de vivre et dans cette priorité : Fraternité, Egalite et Liberté. Car là aussi, les choses ont été perverties. La liberté ne peut se pratiquer dans l’égoïsme et le chacun pour soi. Elle ne peut exister qu’à la condition qu’elle soit égalitaire ou à tout le moins équitable. Et pour construire l’égalité, il convient de fraterniser avec l’autre différent : le riche, l’étranger, … et d’admettre que chacun puisse vivre la vie qu’il souhaite, dans les limites et le respect de la liberté des autres. Le principe même du Front National, de la NVA en Belgique et hélas de nombreux autres partis en Europe ou ailleurs (voyez Donald Trump), qui consiste à nous monter les uns contre les autres, à chercher des boucs émissaires à nos malheurs dans l’étranger, le juif, le grec, l’Islam, le chômeur, le réfugié, est en totale opposition avec le principe égalitaire et de liberté dont je ne puis douter que vous aspiriez. Il faut donc avant toute chose fraterniser avec « l’autre » pour construire ensemble un monde égalitaire et par conséquent libre.
Je n’ai aucun doute sur le fait que de par le monde nous soyons une écrasante majorité de personnes qui ne demande qu’à vivre libre et de manière équitable. Une même écrasante majorité qui pense aussi que le système démocratique a été perverti et détourné, et qu’il convient de changer la donne pour plus de justice, au premier sens, mais aussi au sens social.
Si vous n’êtes pas d’accord avec les directions que prend le monde, sortez de chez vous et manifestez-le pacifiquement.
Si vous voulez que le monde change, il va falloir tendre les mains vers tous les acteurs et nations de la planète et non se replier sur nous-mêmes. Il va falloir unir notre volonté de changement et nos forces au-delà des frontières pour infléchir les pouvoirs politiques et financiers. Il vous faut donc vous engager et être acteur du changement.
Si, à plus petite échelle, vous voulez que votre vie quotidienne et votre entourage change, appliquez vous même les principes de fraternité, d’égalité et de liberté avec vos voisins, vos proches, vos relations. Construisez à votre niveau local une entraide, faites des propositions et actions qui peuvent améliorer votre quotidien, privilégiez le circuit court du commerce pour aider votre propre région et ceux qui y habitent.
En conclusion :
Face à l’exclusion, il n’y a que l’inclusion (être les uns avec les autres dans le respect et les limites spécifiques de chacun).
Face aux inégalités, il est possible de faire admettre un rapport équitable entre tous.
Face à l’injustice, il faut demander justice et s’en remettre au jugement de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
Face à notre liberté, il n’y a que notre sagesse pour y poser de justes limites.
Face enfin aux conflits et aux rejets, il n’y a que la fraternité, la main tendue, le dialogue et le pardon pour les fautes commises qui peuvent y mettre fin. Même si certaines invasions ont tenus quelques siècles, jamais dans l’histoire de l’humanité, un agresseur ou un envahisseur n’est sorti vainqueur.
La vie est ainsi faite que nul être humain n’est épargné par la souffrance. Le manque d’amour, l’échec amoureux, la maladie, la pauvreté, la perte d’un emploi ou le décès d’un être cher (…) sont autant d’épreuves des quelles personne ne sort indemne. Face aux coups de griffes de la vie, il n’y a qu’une seule solution : aller de l’avant, s’adapter à une nouvelle vie, en un mot : passer du « Pourquoi ? » (sentiments d’inégalité, de rejet, d’injustice voire de culpabilité) au « Pour quoi » (ce que je vais faire de cette épreuve).
L’état de la planète et les dérèglements des systèmes qui régissent les rapports humains suscitent bien des « Pourquoi », générateurs d’angoisses liées au sentiment d’impuissance.
Répondons à ces « Pourquoi » par des « Pour quoi » et agissons !
Luc Boland,
alias Bèrlebus (PhiLOUsophe)*
*(papa de Lou, jeune adolescent, porteur d’un syndrome très rare qui m’a amené à devoir démonter et reconsidérer tous les préceptes de la vie pour trouver des clés pour élever notre enfant. En réponse, Je n’ai trouvé que l’amour et la confiance comme meilleurs alliés pour vaincre les souffrances, les peurs et les obstacles).
PS : Cela faisait très, très longtemps que j’avais envie de synthétiser de la sorte ma PhiLOUsophie en confrontation à la déliquescence du monde actuel.

       Luc Boland

Photo : © Lara Herbinia

Article original ici

Blog de luc Boland : Le journal de Bèrlebus
Et pour ceux qui ne connaîtraient pas Lou :

 

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« La main à l’oreille » a été créée par des parents et amis de personnes autistes, avec pour objectif de promouvoir une approche qui prenne en compte leur subjectivité et accueille leurs inventions. Nous considérons qu’une place doit être faite, dans la Cité, au mode d’être autistique, sans se référer à une norme sociale ou comportementale. Dans l’éventail de leurs expressions, les autistes nous montrent qu’aucune personne autiste n’est pareille à une autre, comme il en est pour tout un chacun. Ils confirment ainsi que l’autisme, inséparable de la personne, ne la résume pas. Nous souhaitons en témoigner dans notre association.
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