Projection de « Life, animated » le 18 juin à Paris

A l’occasion de la projection du film « Life, animated » organisé par La Main à l’Oreille dimanche 18 juin prochain, nous vous partageons un extrait du texte Affinités électives de l’autistic mind d’Eric Laurent, psychanalyste, qui met en lumière les trouvailles de la famille Suskind pour entrer en contact avec leur fils Owen et l’aider à développer une relation aux autres en partant de ses propres centres d’intérêt que sont certains personnages de dessins animés Disney.

Ce film, très touchant, nous emmène dans l’aventure quotidienne d’une famille et leur fils autiste faite de découvertes, d’inventions, de persévérance, d’angoisses mais aussi d’humour et de bonne humeur. 

Projection du film Life, Animated de Roger Ross William, le dimanche 18 juin à 11h, cinéma ESPACE St MICHEL, 7 Place St Michel, Paris 5eRéservation conseillée : lamainaloreille@gmail.com, entrée 4,50€.

Toutes les informations :  https://lamainaloreille.wordpress.com/2017/05/26/life-animated-en-avant-premiere/

Extrait du texte : Affinités électives de l’autistic mind par Eric Laurent 

Notre intérêt pour l’Affinity therapy

Nous partons du fait que les jeunes autistes ont une particularité. En général, ils ont un objet de prédilection, élu, qu’ils ne lâchent plus et qui les accompagne. On a pu parler d’objet autistique, c’est très particulier, ça n’existe pas dans d’autres champs pathologiques. On peut considérer que cet objet représente un mauvais comportement et essayer d’en séparer l’enfant. Nous disons au contraire qu’il faut partir de cet objet et complexifier le monde de l’enfant à partir de cet objet.

[…] Le récit de Cornelia et Ron Suskind est fascinant comme expérience d’une bataille inventive de toute la famille pour inventer une langue et une méthode à partir d’un intérêt spécifique de l’enfant. L’écho qu’a trouvé ce livre a donné lieu à nombre d’entretiens et d’échos. Je retiendrai quelques moments clefs qui m’ont particulièrement frappé. Et d’abord, la première interprétation de Cornelia alors que « au milieu des années 1990, alors qu’ils venaient d’emménager à Washington DC où Ron avait été embauché comme journaliste en charge de la politique intérieure (national Affairs) au Wall Street Journal. « Notre fils a disparu , Il pleurait, était inconsolable, ne dormait plus, ne regardait plus dans les yeux. Son seul mot était « jus ». » Dans un article intéressant et sensible sur Slate, une autre journaliste et écrivain,  aussi mère d’un enfant autiste saisit très bien ce moment crucial « Simplement timide jusqu’à son troisième anniversaire, Owen a développé une forme d’autisme régressif, ce qui signifie qu’il a essentiellement arrêté de communiquer. Une chose qu’il aimait toujours faire était de regarder les dessins animés Disney avec son frère, et il regardait les mêmes scènes encore et encore, comme le rapporte son père dans le NYT Magazine. Puis un jour, en regardant La petite sirène, Owen dit son premier mot depuis longtemps : « juicervose ». Sa mère Cornelia a compris qu’il était en train de dire « just your voice » (juste ta voix), parole issue d’une chanson qu’Ursula, la sorcière de la mer, chante à la sirène Ariel. La famille a interprété cela comme un signe qu’Owen cherchait à retrouver sa voix. A partir de là, les dialogues de Disney sont devenus la langue que la famille Suskind a utilisée pour communiquer avec Owen, littéralement, se parlant les uns aux autres à travers la voix des personnages variés pour exprimer le questions de la vie de tous les jours…En grandissant, Owen a commencé à utiliser la voix de nombreux personnages de Disney pour comprendre le monde qui l’entourait. Lorsqu’il parlait de sa propre voix, il pouvait parfois avoir l’air confus ou éteint, mais quand il reprenait les mimiques de l’un de ses personnages préférés il pouvait avoir accès aux idées des autres et des situations qui étaient « inaccessibles autrement pour lui », écrit son père. Finalement la famille a commencé à travailler avec le thérapeute Dan Griffin (un contributeur de Slate) pour aider Owen à utiliser les dialogues de manière plus créative. Il restait dans le rôle du personnage mais commençait à improviser, développant ainsi une manière confortable d’exprimer ses pensées intérieures » Un autre compte rendu du développement des usages d’Owen du dialogue Disney met bien en valeur le moment de nouveauté qui marque une première césure « Progressivement, Owen est devenu fasciné par les films de Disney, les regardant encore et encore. Un jour, pour la fête d’anniversaire de ses 9 ans, son frère Walter se mit à pleurer. « Walter ne veut pas grandir, comme Mowgli ou Peter Pan », dit Owen. Comparer son frère à des personnages de Disney était la chose la plus sophistiquée qu’Owen ait prononcé depuis des années.  Hanna Rosin décrit très bien le problème fondamental qui se pose aux parents. Faut-il ou ne faut-il pas encourager les centres d’intérêts des enfants autistes : « Il se trouve que mon fils Jacob a aussi vu Griffin qui est basé dans le Maryland. Et alors que Jacob a une forme d’autisme bien plus légère que celle d’Owen, très tôt à l’aise avec les lettres mais finissant l’école tardivement à l’âge de 10 ans, il avait très certainement ses affinités avec Minecraft. Je passe de nombreuses soirées à parler à mon fils de Minecraft, et je suis pris de la même inquiétude que de nombreux parents qui sont dans ma situation : Suis-je en train de l’aider ou de le blesser en encourageant cette obsession ? Dois-je me connecter à mon fils à travers son sujet favori ou lui apprendre que des soliloques sur les stratégies de Minecraft ne constituent pas le meilleur moyen de se faire des amis ? ». Un autre père d’enfant autiste, Keith Stuart a publié hier dans le Guardian un article où il dit aussi tout le bien que le jeu a fait à son fils : « XXX » […]

 

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A propos LaMàO1

« La main à l’oreille » a été créée par des parents et amis de personnes autistes, avec pour objectif de promouvoir une approche qui prenne en compte leur subjectivité et accueille leurs inventions. Nous considérons qu’une place doit être faite, dans la Cité, au mode d’être autistique, sans se référer à une norme sociale ou comportementale. Dans l’éventail de leurs expressions, les autistes nous montrent qu’aucune personne autiste n’est pareille à une autre, comme il en est pour tout un chacun. Ils confirment ainsi que l’autisme, inséparable de la personne, ne la résume pas. Nous souhaitons en témoigner dans notre association.
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