À propos du film d’Ivan Ruiz : D’Autres voix

Par Laure Naveau

J’ai d’abord été frappée par ceci, que dans ce beau  film où plusieurs voix se font entendre, une même cause s’affirme doucement : ré-humaniser le visage de cet enfant dit autiste, lui laisser prendre cette parole que, pourtant, il a rejetée, et aussi, ré-enchanter par la grâce d’un corps qui danse, sa présence au monde.

Ainsi, sans la négliger ni la nier, la beauté prend le pas sur la souffrance.

J’ai été touchée par la justesse des propos tenus par les parents sur leurs enfants et sur leur désarroi. Mais aussi, pour certains, par leur prise de position politique, au-delà d’eux-mêmes, au-delà de lui, et le témoignage de leur rencontre avec le discours analytique (telle cette mère qui refuse un jour de remplir les questionnaires qu’on lui tend à répétition, parce qu’elle réalise que loin de servir son enfant, ceux-ci servent une politique des chiffres et des lettres).

Comment Vilma, Neus, Elisabeth, Gracia, et bien d’autres collègues de l’Ecole lacanienne de psychanalyse, ont su transmettre avec bonheur la subtile pertinence de ce discours.

J’ai aimé ce ballet final en forme de signature, où l’enfant semble, pas à pas, entrer dans la danse avec l’adulte qui lui tend les bras. Un jeu d’enfant s’esquisse alors avec légèreté et grâce. Une joie émane de l’air de musique qui se répète et elle prend le pas sur l’hésitation du petit garçon à quitter son îlot de solitude.

Comme je l’ai dit à Ivan Ruiz à la fin de la projection, je pense qu’il y aura un avant et un après la diffusion de son film, « D’autres voix », qui est pour moi, avant tout, une leçon, belle et intelligente à la fois, d’anti racisme.

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