Matinée de travail avec le CERA : Des styles et des méthodes

cera 26 mai

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L’art du silence (vidéo)

Dans le cadre de la semaine de la sensibilisation à l’autisme 2018, l’association La Main à l’Oreille et la Municipalité de la ville de Clichy-la-Garenne, ont présenté du 3 au 8 avril 2018 au Théâtre Rutebeuf, une exposition intitulée l’Art du Silence. L’objectif de l’association La Main à l’Oreille est de faciliter une rencontre entre auteurs, collectionneurs et visiteurs. Ainsi, en favorisant des actions culturelles autour des œuvres produites par des jeunes gens dits autistes et des artistes du théâtre, de la danse, de la musique, des arts plastiques et des arts numériques, La Main à l’Oreille instaure un dialogue entre l’Art Brut et l’art contemporain.

 

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Semaine de l’autisme à Clichy : Exposition des œuvres des enfants de LaMàO et « Le monde de Théo »

Du lundi 2 au dimanche 8 avril, Au Théâtre Rutebeuf :

Spectacle… Exposition… cinéma et conversation.

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Life’ animated à Nîmes, cinéma et ateliers

L’Association de la Cause Freudienne Voie Domitienne , à travers le Bureau de Nimes, organise ce 7 Avril 2018, une journée de travail en deux temps:

– une projection du film Life, animated, suivie d’un débat animé par Alain Revel

– Un atelier clinique « Just your voice » avec des intervenants orientés par la psychanalyse.

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DEUX CENTRES DE SOINS POUR ENFANTS SONT EN DANGER – NON A LA DÉLOCALISATION !

Le mardi 13 février 2018 les soignants du

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Centre Médico Psychologique (CMP) de Chilly-Mazarin et de l’Unité d’Accueil Familial Thérapeutique (UAFT) à Sainte Geneviève-des-Bois ont appris par la hiérarchie de l’Hôpital Barthélemy Durand la menace de délocalisations imminentes qui pèse sur le Service public de soins destinés aux enfants et leurs familles dans le nord de l’Essonne.
Cette décision de délocaliser le CMP et l’UAFT vers la Zone d’Activités industrielles de Champlan n’a fait l’objet d’aucune concertation. Elle remet en cause l’accès aux soins de proximité, et nuit à leur qualité.
Le travail de réflexion de deux générations de professionnels sur le déploiement du Secteur – initié par les équipes de Tony Lainé – risque d’être anéanti par une décision faisant fi du terrain et de la population desservie.
Depuis 1986, l’équipe soignante du CMP – « pilier des soins de proximité » – prend en charge des enfants et des adolescents présentant des difficultés scolaires, des troubles de l’attention et de la concentration, des troubles autistiques, des difficultés de comportement, des signes de souffrance psychique…

En 2017, cette équipe constituée de psychologues, médecins, infirmiers, psychomotriciens…, a permis plus de 2 600 actes de soins entièrement couverts par la sécurité sociale auprès de ces jeunes patients et de leurs familles. Pour assurer ces soins de qualité, l’équipe du CMP tisse depuis plus de 30 ans des liens étroits avec les partenaires locaux, PMI, crèches, écoles, collèges, lycées…
L’équipe soignante de l’UAFT assure des soins complexes et reçoit des enfants et des parents en grande difficulté dans une maison en ville, accueillante et banalisée, acquise et mise aux normes par l’hôpital en 2004. Cette maison a été choisie pour sa position géographique centrale, son accessibilité et ses espaces adaptés au soin. Elle risque d’être vendue sur les seules exigences gestionnaires.
Supprimer des centres de proximité afin de compacter des unités de soins dans de gros pôles se profile d’ores et déjà comme un scandale.
En effet, le bâtiment brut à Champlan qui risque d’être imposé aux deux unités est très décentré et difficile d’accès. Les conséquences d’une telle délocalisation seraient désastreuses :

Éloignement des populations : 97% des patients du CMP résident à Chilly-Mazarin et Morangis ; les familles de l’UAFT viennent de tout notre territoire et ont besoin d’un lieu central.
Creusement des inégalités : accessibilité réduite en transports en commun ; correspondances difficiles et longs trajets à pied.
Augmentation considérable des temps de trajet pour la majorité des enfants et des familles des deux centres concernés.

Tout cela au détriment des temps de soin pour les enfants du fait de la diminution du nombre de prises en charge et au péril du travail avec les partenaires de proximité. D’autres solutions sont possibles et ont été proposées par les soignants.

Nous ne pouvons pas rester passifs !
Évitons qu’à nouveau un Service public de soins de psychiatrie infanto-juvénile, exigeant par sa dimension humaine, très expérimenté et reconnu, ne soit sacrifié sur l’autel de la gouvernance forte d’exigences purement gestionnaires et d’une logique financière cynique.

Réagissons vite !

Nous vous appelons à signer cette pétition pour exiger le maintien de soins accessibles et de qualité pour les enfants de ce secteur. (suivez ce lien pour signer)

 

Collectif pluri-professionnel du Secteur 91-I-05

Merci pour votre attention et votre soutien.

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PERCUJAM – Artiste Autiste, une lettre d’écart.

120x160-WEB_PERCUJAMUn documentaire d’Alexandre Messina, au cinéma LE 4 AVRIL en partenariat avec LE PARISIEN
Synopsis:
Percujam est un groupe de musique audacieux composé de jeunes autistes talentueux et de leurs éducateurs. Ils enchaînent les scènes depuis plusieurs années, en France et à l’étranger, et vivent pleinement leur condition d’artistes dans un univers Rock’n Slam. Ce documentaire présente une tranche de leur vie et un regard touchant sur un monde à découvrir, où le travail, l’humanisme et l’humour se rencontrent avec la musique.

 

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Journée d’étude du CERA | Autisme & Parentalité

Découvrez le programme et toutes les infos pratiques.

Samedi 10 mars 2018 – de 9h30 à 18h. 
Maison de la Chimie
28, rue Saint-Dominique
75007 Paris

Pour s’inscrire, cliquez ici 

Cliquer sur les annonces ci-dessous pour les agrandir.

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Chronique de Joël : Est-ce que l’objectivité existe sur Internet ?

Est ce que l’objectivité existe sur internet ? Hhhhhmmmm…

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Elle est pas choupinette ma Susan?

Hello tous, je poursuis mes critiques autour des films d’animation et de leur… détracteurs ! C’est pour moi aussi l’occasion de réfléchir sur moi-même !

Une nouvelle d’abord, entendue à la radio sur le net tout dernièrement :
Voxmakers a annoncé sa dissolution ! Pour moi qui respecte profondément les Dreamworks, Disney ou encore Pixar, Marathon et autres maisons de production, j’avoue que c’est un soulagement. Je l’ai dit plusieurs fois : le ton utilisé dans leurs vidéos, m’agresse particulièrement ! Nous allons nous sentir un peu moins menacés, mes amis imaginaires et moi. D’ailleurs, certains du site 18/25 ne les appréciaient pas non plus.
D’ailleurs, à propos de ce site, quelqu’un expliquait à la radio l’autre jour que visiblement la politique de censure contre des propos injurieux, ségrégatifs ou même eugéniques, n’était clairement pas suffisamment performante! Ils disent qu’ils sont à la recherche de nouvelles solutions, mais qu’elles sont difficiles à trouver !

Mon avis sur certaines critiques entendues sur le net :

 Certains fanboys adulent les années 90 et laissent entendre qu’il n’y aurait que ça de bien ! Pour moi ce sont des nostalgiques ! Ça m’a presque poussé à détester les années 90… c’est un automatisme chez moi : dès qu’il y a un propos que je sens suprématiste, je me sens saisi de rage. Mais je sais que le monde n’est pas noir ou blanc, mais gris. Donc, si moi je préfère vivre avec mon temps, je peux aussi aimer certains films des années 90. Par exemple Batman, créé en 1992 : j’ai constaté que la série « Batman la relève » c’était comme une combinaison de Batman et Akira. Ça évolue!

Prenons maintenant certains critiques de Dreamworks. JDG dit par exemple que dans les films de DW il n’y aurait pas de « seconde écriture », autrement dit que ce serait des films qui ne parleraient pas aux adultes! Pour moi, c’est faux. Bolchégick, lui, dit qu’il n’y aurait chez DW qu’un film bien: « Les 5 légendes ». Et les autres alors ? « Le prince d’Egypte », « Monstres contre Aliens », « Schrek » ou encore « Joseph le roi des rêves », « Kunfu panda » et « Megamind », … ils ne sont pas formidables? Moi je les trouve plus adultes que n’importe quoi! Prenons « Le prince d’Egypte » par exemple: il démontre que ce n’est pas bien que deux frères adoptés se déchirent entre eux. Ou encore que ce n’est pas bien de sauver un peuple pour en éliminer un autre. Et si ça c’est pas un message pour les adultes, je ne sais pas ce qu’il leur faut!

Certains disent que les personnages de DW sont hideux: ils devraient se regarder dans le miroir… LOL… Bon, moi, je ne suis pas non plus une statue grecque, d’accord !… LOL

Finalement, c’est toujours le ton hautain de certains critiques qui me fait problème. Parfois, c’est sûr, j’interprète mal leur ton, c’est parce que je me sens dans une minorité… vite écrasé !

Je suis sûre que vous avez vous aussi un personnage préféré chez Dreamworks ! Non ?

Pavé Cés… oh pis non, c’est énervant à la longue 🙂

Joël

 

 

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David Bowie a aidé mon fils autiste à se connecter au monde et à lui-même

par Priscilla Gilman, traduit par Bérengère Viennot

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À 4 et 5 ans, alors que mon fils Benj n’avait quasiment pas de vrai langage, ni la capacité ou le désir de jouer de manière conventionnelle, nous avons créé un lien entre nous par le biais de la musique. Je mettais «Rebel Rebel», «Suffragette City» ou «Changes» et voilà qu’il devenait soudain alerte, souriait jusqu’aux oreilles et se mettait à chanter vigoureusement –chaque note, chaque parole: absolument juste. Il dansait même, maladroitement mais sans complexe, et bien qu’il répugne ordinairement au moindre contact, il me laissait alors lui tenir les mains pendant que nous bougions ensemble.

Lorsque je mettais «Space Oddity» il se calmait, se figeait, se mettait à fredonner ou à chanter doucement en fixant les enceintes d’où sortait la musique.

Comme il souffrait d’un grave retard de développement de la motricité fine, nous n’avons pas pu inscrire Benj à un cours d’instrument avant ses 6 ans et demi, âge auquel il a commencé la guitare classique. Il est rapidement devenu un très bon guitariste et à dix ans il était capable de s’accompagner lui-même. Ses chansons préférées étaient toujours «Changes» et «Space Oddity».

 Mais même alors que son talent de chanteur devenait de plus en plus évident, Benj ne se sentait jamais à l’aise à l’idée de se produire en public. Lors des représentations à l’école, il fallait qu’un psychologue scolaire reste à côté de lui pour le calmer. Il ne jouait que des pièces classiques et ne chantait jamais. Les applaudissements le perturbaient, à la fois parce qu’il était hypersensible au bruit et parce qu’il détestait, comme il le disait, «se faire remarquer». À la maison, parfois, je restais derrière la porte fermée de sa chambre à l’écouter chanter «Changes» à tue-tête, de sa petite voix rauque. C’était à la fois fascinant et déchirant: trouverait-il un jour sa voie dans le monde? Mais c’était aussi –absolument, totalement– merveilleux. De cette manière, si improbable, il travaillait déjà ce qu’il avait le plus besoin d’apprendre: comment s’adapter au changement, comment prendre des risques, comment s’ouvrir à l’imprévu.
Le lycée a été un moment d’immenses progrès pour Benj, et son épanouissement a pris des formes que nous n’aurions jamais prévues. La musique a joué un rôle central dans son développement. Un peu avant ses 16 ans, il a été accepté dans un camp de vacances d’été pour adolescents autistes. Pour le concours de bourses de ce programme, il a réalisé une vidéo de lui en train de jouer de la guitare et de chanter une chanson qu’il avait écrite sur l’air de «ABC» des Jackson 5. C’était la première fois qu’il se sentait à l’aise en chantant à pleine voix, pour un public, sans que je l’accompagne. Je crois que c’est aussi une des premières fois que Benj s’est rendu compte qu’il dépassait ses propres limites. Ce moment a déclenché une petite révolution dans sa perception de lui-même, une avancée à l’aune de laquelle il pouvait mesurer ses progrès de façon consciente, en tant que personne autiste, dans l’univers de sa propre humanité.
Début mars 2017, alors que son dix-huitième anniversaire approchait, j’ai eu mon dernier rendez-vous pour Benj avec le service de l’éducation spécialisée de la ville de New York. Tous les acteurs présents se sont réjouis de son développement socio-émotionnel, qu’il ait été accepté dans plusieurs universités excellentes et –par-dessus tout– qu’il soit devenu un garçon heureux, aimant, ouvert, avec des centres d’intérêt, des passions et un groupe d’amis qui le soutenait.

Ce soir-là, Benj m’a confié qu’il avait décidé de jouer et de chanter «Space Oddity» lors de sa dernière représentation de l’école avant de recevoir son diplôme en juin. Ses raisons:

«La chanson me donne un sentiment de sublimité, je sais ce que ça fait d’être bizarre, je suis prêt à chanter et pas juste à jouer de la guitare pour l’école, et je veux rendre hommage à David Bowie.»

Je me suis dit «il va falloir que je prévoie un bon stock de kleenex pour ce spectacle!» La volonté de rendre hommage à quelqu’un qui est mort, un désir de transcendance, un sentiment de solidarité conscient avec les gens différents et les excentriques, la volonté de sortir de sa zone de confort et de surmonter une peur ancienne: tout cela parlait au jeune adulte mature, apte à l’introspection et à l’empathie que Benj était devenu.

Son désir de rendre hommage à Bowie m’a particulièrement touchée. Sa mort l’année précédente nous avait fichu un méchant coup à tous les deux.

Nous avions repassé ses chansons en boucle, avions regardé des vidéos (celle où Bowie chante «Little Drummer Boy» avec Bing Crosby nous parlait tout particulièrement), avions lu les notices nécrologiques et en avions discuté. Benj s’était précipité pour me consoler lorsque les larmes m’étaient montées aux yeux en entendant la nouvelle de sa mort, avait passé un bras consolateur autour de mes épaules lorsque je m’étais étranglée en racontant comment j’étais tombée amoureuse de Bowie au collège, et avait insisté pour que nous recommencions à chanter ses chansons.

Comme il était étrange, et presque inexplicable, que mon fils, cet enfant fredonnant et limité, ait trouvé son inspiration dans ce personnage fou tout droit sorti de ma jeunesse!

J’ai grandi dans l’Upper West Side dans les années 1970 et 1980, et en bonne théâtreuse je considérais Bowie –à la fois glamour et dangereux– comme l’incarnation de la coolitude. J’avais punaisé des cartes postales de la rock star d’une beauté stupéfiante, clope au bec, au tableau d’affichage surplombant le bureau blanc où je faisais mes devoirs de maths. Je passais ses albums en boucle sur ma platine. Ses chansons étaient la bande-son des patins que je roulais aux garçons dans des fêtes enfumées. À ses concerts, je dansais comme une folle avec mes amis. Bowie était le messager d’une dimension séduisante et étrangère qui ouvrait une faille dans notre monde ordinaire et coincé et le contredisait de plein fouet.

Mais pour Benj, l’important n’était pas le côté glamour de Bowie, sa beauté ou sa décadence; l’important était le message essentiel de sa carrière et de sa vie: soyez sincèrement vous-même, forgez votre propre identité unique, ayez confiance en votre beauté singulière, cherchez le sublime et l’extase.

Une pluvieuse après-midi d’avril, j’ai gravi les nombreuses volées de marches qui menaient au petit gymnase où, témoin des progrès de Benj, je l’avais vu gratter sa guitare miniature lorsqu’il était petit, taper sur les touches de son clavier lorsqu’il faisait partie du Rock Band Club, puis étirer de longs solos de guitare classique. En général, j’éprouvais une immense angoisse avant ses représentations. Mais ce jour-là j’étais bien, sereine.

Lorsque son tour est venu, Benj s’est avancé devant tous les spectateurs installés dans le gymnase. Sans la moindre hésitation, sans nous lancer des regards inquiets, sans le moindre embarras, sans la moindre angoisse visible. Il a dit «à mes camarades, où que l’avenir vous mène» et a commencé à chanter en s’accompagnant à la guitare, avec un timbre feutré, presque solennel. Sur son visage se lisait le mélange complexe d’émotions de la chanson; c’était sa propre histoire qu’il interprétait, et sa maîtrise était totale. Lorsqu’il a joué la dernière note, il a ouvert les yeux. Et reçu avec un grand sourire le tonnerre d’applaudissements qui a suivi.

Cela fait un peu plus de deux ans que David Bowie est mort, le 10 janvier 2016, et sept mois se sont écoulés depuis la remise de diplôme de Benj. Toutes les apothéoses ont leurs lendemains.

Dans son discours aux terminales qui obtenaient leur diplôme en même temps que lui à l’école spécialisée qu’il a fréquentée pendant douze ans, Benj a de nouveau évoqué «Space Oddity». C’était devenu pour lui une référence par laquelle il interprétait sa propre expérience, et qui lui servait aussi à se propulser plus loin, de manière imaginative, dans l’avenir.

D’où venait Benj ? Quelles falaises avait-il dû escalader? Il s’était extirpé des limites de sa propre nature, avait trouvé une voix pour parler aux autres puis était monté sur scène pour engager la conversation, et tout cela avec les chansons de Bowie dans la tête. Que ces deux natures si opposées aient trouvé un moyen de communiquer me bouleverse.

Je ne crois pas aller trop loin en suggérant que Bowie a aidé Benj à découvrir son humanité. Comme nous tous, ses parents, ses thérapeutes, ses enseignants, il a attiré l’esprit de cet enfant dans la lumière de relations capables de le nourrir. Mais l’inverse est également vrai. Bowie, l’homme sauvage, l’extravagant, l’extra-terrestre, avait désespérément besoin d’être humanisé, d’être compris comme étant tout simplement, pleinement humain, et il en avait conscience. Tout ce qu’il faisait était en lien avec l’idée qu’être soi-même n’est pas un problème –c’est le message que Benj a entendu et, dans le miroir qu’il tenait devant lui, c’est ce qu’il a permis à Bowie de redevenir. C’est dans ce genre d’actes de reconnaissance que toutes les différences se retrouvent et peuvent se surmonter. C’est ce qui a permis à Benj de trouver la force de gravir sa montagne et de s’élancer en avant, et c’est comme ça qu’il a contribué à faire revenir Starman, l’homme qui vivait dans les étoiles, sur notre Terre.

 

 

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« Le monde au singulier » s’expose en Corse

L’exposition itinérante et internationale : Le monde au singulier, poursuit son merveilleux périple et s’installe en Corse

A BASTIA, du 16 au 21 février au Centre culturel Alb’Oru, 13 rue Saint-Exupéry

A AJACCIO, du 23 février au 2 mars 2018

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Le monde de Théo à Bastia et Ajaccio

Le 16 février 2018, L‘ACF Restonica et le Groupe a criatura  proposent dans le cadre de « la soirée de la Bibliothèque » en partenariat avec le Centre Culturel Alb’Oru et avec l’association « La Main à l’Oreille ».

La projection du film  » Le monde de Théo » suivie d’une conversation en présence de Théo Fache, de sa maman Valérie Gay-Corajoud, et de Mariana Alba de Luna, psychanalyste, membre de l’ECF et de l’AMP, chargée culturelle de « La Main à l’Oreille ».

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Et le 23 février au C.S.J.C (Centre de Sport et de la Jeunesse de Corse) d’Ajaccio.

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Judith Miller

JudithMembre de LaMàO, Judith Miller a été notre plus enthousiaste soutien depuis la fondation de notre association. Son affection, son regard pétillant, son désir décidé, sa force vive, son courage nous manquent.
Nous sommes profondément tristes et nous adressons nos condoléances à sa famille et à ses proches.
Ses obsèques auront lieu le mardi 12 décembre. L’on pourra se recueillir devant le cercueil, à la chambre mortuaire de l’Hôpital Cochin (bâtiment Gustave-Roussy, rez-de chaussée) de 13h à 14h. Accès par le 10 rue Méchain, Paris 14ème

 

Mireille Battut, Présidente,
Mariana Alba de Luna, Chargée Culturelle
et tous les membres de «La Main à l’Oreille ».

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Nos mondes entremêlés, l’autisme au cœur de la famille.

 couverture-2bis Valérie Gay-Corajoud, auteure de « Autre-Chose dans la vie de Théo » , coréalisatrice du film « Le monde de Théo » et responsable de l’antenne Occitanie de La Main à l’Oreille présente son nouveau livre :

Nos mondes entremêlés, l’autisme au cœur de la famille.

En attendant sa sortie janvier 2018 et pour vous mettre l’eau à la bouche, un petit extrait :

 …   Déjà cinq ans. Théo n’était plus un bébé depuis longtemps, pourtant il portait des couches, il buvait au biberon, il semblait ne pas réaliser que nous avions une vie en dehors de la sienne.

Malgré tous ses progrès, et il y en avait beaucoup, Théo restait en décalage avec les enfants de son âge. Mais parfois il faisait illusion. Beaucoup plus calme, plus policé, plus adaptable, nous pouvions dorénavant faire les courses avec lui sans avoir peur de le perdre au bout de cinq minutes ni qu’il se roule par terre à la moindre contrariété. Nous pouvions aller chez des amis sans être en permanence debout pour gérer ses incessantes difficultés d’adaptation ni repartir avant tout le monde, trop épuisés pour profiter de la soirée.

A la maison, les rituels jouaient leur rôle à la perfection, et nous avions appris à désamorcer les crises d’angoisses. Les repas tenaient compte de ses goûts restreints. Les horaires étaient adaptés à ses besoins. Nous avions construit notre vie autour de lui. Il était en confiance.

Nous ne mettions la pression sur rien, ni sur ses phobies, ni sur sa propreté, ni sur ses replis successifs, ni sur son retard d’apprentissage. Théo allait à son rythme, c’était ainsi que nous avions organisé sa vie et la nôtre par rebond. C’était ainsi qu’il avait si bien évolué. Nous étions attentifs à ce qui pouvait l’éveiller et mettions tout en place pour aller dans ce sens avec lui. Alors bien sûr, les gens s’en sont mêlés.

Ceux qui avaient passé leur chemin à l’époque où Théo était ingérable, venaient maintenant prendre de nos nouvelles au détour d’une rencontre à la boulangerie ou au tabac du village.

Qu’il est beau ! me disait-on comme s’il s’était agit de mon chien de compagnie… Il ne va pas à l’école ?

– Non pas encore.

– Ah bon ? Mais pourquoi ? Il est grand pourtant !

– Il est handicapé madame… autiste. Il ne peut pas aller à l’école.

– Ah bon ! Autiste ! Mais non voyons ! Il va bien cet enfant ! Il est si mignon !

 Ou toute autre variation du genre nous ramenant toujours à la même question : Êtes-vous sûre qu’il est handicapé ? En tous les cas, ça ne se voit pas.

Alors que quelques temps encore auparavant j’étais la mauvaise mère qui ne savait pas tenir son enfant, puis la pauvre mère qui avait un enfant autiste, voilà que je devenais la méchante mère qui n’envoyait pas son enfant à l’école et qui lui inventait un souci que d’évidence il n’avait pas.

Quand j’avais la force d’argumenter, j’expliquais ce qu’étais l’autisme de Théo : le retard de langage, la difficulté d’interaction, les hyper-sensibilités diverses qui lui rendaient douloureux le contact avec les autres. Avec un peu de chance, Théo avait un comportement étrange et faisait tournoyer ses mains en s’accompagnant de ses éternels bruits de bouche, Han ! han ! han ! Et moi je souriais, me souvenant à quel point j’avais pu détester cela auparavant et comme aujourd’hui j’étais soulagée qu’il nous en fasse des bien sonores.

Et puis les gens voulaient lui parler, mais il détournait la tête, s’en allait au loin, tripotait son jouet du moment ou regardait la lumière à travers la vitrine. Allait-on me dire maintenant que je l’avais mal éduqué ?

Une voisine, au demeurant charmante et qui connaissait Théo depuis sa naissance, venait de me dire au détour d’une rue :

Et bien tu vois qu’il parle cet enfant ! Je t’avais dit que tu te faisais du souci pour rien !

Je m’entendais répondre : Oui oui, il progresse bien ! Alors que j’avais envie de faire la liste de tout ce qui n’allait pas et de la lui jeter à la figure.

Mais pourquoi ? Pourquoi définir à mon tour Théo en fonction de ses comportements particuliers ? Allais-je devoir, par réaction, le présenter non pas comme l’enfant qu’il était, mais comme celui qu’il n’était pas ? C’était à en perdre la tête. Si je le gardais à l’abri du monde, au creux de notre famille, je lui ôtais tout espoir de trouver sa place dans la société. Si je le sortais avec moi, alors on me renvoyait sa différence, dans ce qu’il n’était pas, dans ce qu’il ne faisait pas.

Il n’allait pas à l’école, il n’était pas conforme. Je le tenais éloigné du monde. Je lui confisquais ses chances d’avenir.

Mauvaise mère, encore, toujours. Pourquoi est-ce que ça me bouleversait de la sorte ?

Je sentais une nouvelle menace, plus dangereuse que toutes celles rencontrées jusqu’alors. Une menace qui nous englobait Théo et moi. Et de nouveau je n’osais plus sortir…

Le livre étant en auto-édition, une prévente est organisée afin d’aider à financer l’impression. Si vous souhaitez participer et acheter dès à présent votre ouvrage, contactez Valérie Gay-Corajoud qui vous donnera la marche à suivre.

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Enzo Schott expose à Hétérotopies

 

ChPresse-papier01ristian Brest a le plaisir de vous convier au vernissage de  hétérotopies
architectures habitées

samedi 9 décembre 2017 de 18 h à 21 h
exposition du 9 décembre 2017 au 20 janvier 20183-5, passage des gravilliers  
(accès par le 10, rue chapon)
75003 paris – france
+33 (0)1 53 33 01 70
contact@christianberst.com
mardi > samedi – de 14h à 19h
http://www.christianberst.com

 

En 1967, Michel Foucault forge l’idée d’« espaces absolument autres » qu’il nomme hétérotopies, parmi lesquels ceux que l’enfant met en œuvre pour régner sur un monde parallèle à celui dominé par les adultes.

À l’inverse de l’utopie, l’hétérotopie existe bel et bien comme un contre-espace, un lieu d’accueil pour ce que Harald Szeemann qualifiait de « mythologie individuelle ».

De même, un tel lieu n’est pas sans évoquer les lignes d’erre de Fernand Deligny, le locus solus de Raymond Roussel ou le mont analogue de René Daumal. Les premières tentant de fixer la poétique des déambulations dans un territoire défini, le deuxième décrivant les énigmes pouvant peupler un tel endroit et le dernier offrant un paysage mental symbolique dont le gravissement s’apparente à un rite initiatique.

Dans le champ de l’art brut, ces mondes « habitables » – et le plus souvent « habités » – sont, paradoxalement, le fait de ceux que l’on croit absents au monde. Qu’ils les inventent ou qu’ils les investissent, ces projections non seulement les reterritorialisent, les abritent, mais offrent dans le même temps à leurs auteurs de fonder une nouvelle échelle des valeurs ; un ensemble de règles localisées et s’avérant plus praticables pour qui cherche à se délester du poids de la norme aliénante.

Ces villes labyrinthiques, ces Xanadu, ces fiefs, ces plans, ces cartographies se transforment en demeures – au sens d’Etienne Martin – capables, même, de se muer en paradis ou propices à devenir le siège de cosmogonies personnelles. Elles sont pleinement fondatrices et l’on comprend donc pourquoi les artistes bruts s’emploient, comme Rimbaud, « à trouver le lieu et la formule » à travers elles. Il est à noter, d’ailleurs, que la familiarité que l’on peut ressentir à la contemplation de certaines – après tout, la science-fiction et l’art moderne ont élargi notre catalogue de formes – n’est bien souvent qu’un heureux leurre qui masque le profond hiatus qui nous tient à distance.

Cependant, chacune des œuvres de cette trentaine d’artistes réveille en nous l’âme de l’enfant bâtisseur, émerveillé de ses propres trouvailles, abolissant et le temps et l’espace, jouant à se réaliser dans cet outremonde que lui révèle son imagination.

artistes présentés :

didier amblard, giovanni bosco, kostia botkine, bruno buissonnet, john devlin, sebastian ferreira, johann fischer, pépé gaitan, alexandro garcia, hassan, anton hirschfeld, josef hofer, jacqueline b., raphaël leonardini, oscar morales, albert moser, roberto o’farril multan, heinrich reisenbauer, prophet royal robertson, josé johan seinen, patrick siegl, carlo stella, leopold strobl, yuri titov, oswald tschirtner, pépé vignes, august walla, Enzo Schott.

Les vidéos d’Enzo

01

« 10,5 APOCALYPSE LA FIN DU MONDE » Vidéo, 02’07, fichier .mp4
2012

02

 « LA FIN DU MONDE EN 2012, INONDATION »  Vidéo, 02’13, fichier .mp4
2012

03

 « MEGA TOUR KAPLA, PARTIE 1 » Vidéo, 04’10, fichier .mp4
2016

04

 « MEGA TOUR KAPLA, PARTIE 2 » Vidéo, 04’16, fichier .mp4
2016

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Astéréotypie « L’Energie positive des dieux » !

Pour faire vivre l’album « L’Énergie positive des dieux », Astéréotypie a besoin de vous !

Voici l’histoire de quatre types fantastiques. On raconte même qu’ils sont hors-normes, tant ils balancent leurs chansons loin des sentiers battus. Yohann, Stanislas, Aurélien, et Kévin ont entre dix neuf et vingt quatre ans. Ils sont auteurs. Ils sont aventuriers. Ils sont talentueux et ultra-sensibles. Ils sont aussi autistes.

Sans partitions, à l’intuition, ils forment le cœur d’un combo musical dont les textes se jouent du qu’en-dira-t-on. Pourquoi ? Parce qu’ils ne causent pas toujours comme nous autres. Parce qu’ils existent parfois comme des îles : trop isolés. Et parce qu’ils se réchauffent aux émaux ciselés de la poésie. Ensemble, en harmonie avec une bande de musiciens gourmands, ils produisent une alchimie post-rock et stupéfiante : Astéréotypie.

Atypique ? Oui, vraiment ! On vous parle de quatre mecs timides en pleine révolution, qui se sont incarnés en performeurs acclamés en ouverture du festival « Sonic Protest » en 2015, pour un ciné-concert dantesque qui réunissait des gars du collectif expérimental GYBE – Godspeed You ! Black Emperor et du groupe punk-core Fugazi, figures majeures et intransigeantes de la scène indépendante. On vous parle d’un crew qui assure aussi la première partie surprise de Moriarty à l’Olympia, scotchant un public d’abord curieux puis dressé en standing ovation. Collectif Astéréotypie : ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait !

L’histoire commence en 2010, lorsque les éducateurs Christophe Lhuillier et Claire Mahé initient un atelier d’écriture avec les garçons. Dans leur institut spécialisé de Bourg-la-Reine, les mots jaillissent. Des textes prennent forment. Des histoires se tissent et se dévoilent. Pas facile de parler de soi quand on est pas toujours à l’aise avec soi même. Mais ces quatre types fantastiques savent déjà que c’est ainsi qu’on écrit les chansons : avec le cœur, avec les tripes. Alors Christophe – qui est aussi musicien et compositeur – sort sa guitare. Et là, la magie opère.

Bien sûr parfois ils ont des gênes. Voire même le trac. Mais le talent est là, avec la rage de l’expression. Alors les gars montent sur scène, un jour de 2010. Premiers succès, tout s’emballe. Leur travail séduit rapidement des musiciens gourmands d’expériences : Arthur B. Gillette et Eric Tafani du groupe Moriarty, Benoit Guivarch’ et Antoine Pasqualini du groupe Arch Woodman, Romain Drogoul et Etienne Grossein de Every Man Has Your Voice, etc. Avec eux, transcendés par l’énergie du rock, ils affrontent le public « normal » des salles et la peur des regards obliques. Ensuite il y a eu d’autres concerts, des séjours en studio, des rencontres, des films et des voyages. En 2013, le collectif autoproduit un premier album éponyme : « Astéréotypie ».

Mojo et crédo de la troupe ? Dompter les émotions geyser, faire du rock, s’éclater ! Et chevaucher à toute allure sur la scène héroïque de leurs vingt ans. Car dans leurs poitrines, ça vivre parfois au ressac d’une pulsation folle. Décors intérieurs ? Des corps agités de tendresse, de bruit et de colère. Récit pour les oreilles ? L’épopée musicale de quatre mecs qui veulent vivre libres et intègres, bien qu’habités de désirs doubles et stéréo. Avec eux, au diable les fréquences syntones ! Car on parle ici d’ondes atypiques où l’art et la parole font jaillir des autoportraits allumés de lumière.

Quatre ans plus tard, le collectif arrive à maturité. Un deuxième album coproduit par le label Air Rytmo (fondé par Moriarty) est écrit, composé, enregistré, mixé. Cette musique s’appelle « L’Energie positive des Dieux ». Une bombe : une dizaine de titres bruts de décoffrage et ciselés par l’expérience. Dans ces chansons scandées, les artistes auteurs d’Astéréotypie nous parlent du goût de la vie et de leur maladie, des airbus et des autobus, de la baston et des cachetons, de la passion et des illusions. Toutes sortes de choses qui nous disent aussi les raisons de nos propres aliénations. En collectif, ils rugissent leur vie volcanique sur des feuilles de papier-punk et des micros avides de slam. Et puis : six cordes qui peignent le temps, lignes de basse en fer électrique, « soufflantes de feu », batteries dotées d’épidermes affectifs !

On y retrouve les voix de Yohann, Stanislas, Aurélien et Kévin, autodidactes qui taquinent le piano, les percussions et même l’accordéon de leur éducatrice Claire Mahé. Et bien sûr une partie de leurs parrains, fidèles et fantasques : Benoit Guivarc’h aux synthés et à l’orgue, l’indispensable Christophe L’Hullier à la gratte électrique, Arthur B. Gillette à la basse, Eric Dubessay et Emiko Ota aux peaux et aux cymbales. Aujourd’hui, tout de ce son est dans la boite. Il faut maintenant nous aider à diffuser ce bijou. A vous de jouer !

Pour envelopper tout ça, il fallait bien sûr un écrin. Dans les pressions optiques et microsillon de l’album, la pochette et le livret traduisent à merveille l’aventure d’Astéréotypie. Photographies, dessins, crobards, collages, ratures, tâches et portraits qui fleurent bon le rock et l’esthétique des revues underground new yorkaises. Images puissantes qui seront d’ailleurs proposées en rétribution aux internautes donateurs ! Aux manettes pour ces créations, des artistes visuels qui savent eux aussi se jouer des formes : Mouheb Zguir, Mia Duchaussoy, Livia Colombani, Clément Deuve.

Ça donne envie ? Eux aussi ! Pour faire vivre l’album « L’Energie positive des dieux », nous avons besoin de vous et de vos contributions.

 

Pour les aider à promouvoir leur album, suivez ce lien : https://fr.ulule.com/astereotypie_album/

 

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J’avais juste oublié, par Laurence Vollin

J’AVAIS JUSTE OUBLIÉ

Par Laurence Vollin, auteure du livre : Quand le handicap s’en mêle, journal d’une vie décalée, aux édition de l’Harmattan et responsable de l’antenne Suisse de La Main à l’Oreille.

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Samedi matin, je suis seule avec ma fille Anne-Laure. Nouvelle maison, nouveau village cela fait à peine quelques jours que nous avons emménagé. Décidant de faire une pause dans le rangement acharné des mètres cubes de cartons qui s’amoncellent, je propose à Anne-Laure d’aller faire un tour du quartier en poussette. Pour ceux qui ne la connaissent pas encore, Anne-Laure est handicapée et autiste depuis bientôt vingt ans. Malgré sa petite taille elle n’a plus l’âge de se balader en poussette, mais ce moyen auxiliaire est indispensable à sa condition physique.  Elle porte également un casque bleu, signe de reconnaissance pour certains…

Ce matin-là, il fait très beau, ma « schtroumpfette » a deux jolies tresses et me fait plein de sourires. Je lui enlève son casque estimant que son abord en sera facilité. Anne-Laure s’agite un peu mais avec un bavoir – doudou qu’elle mâchouille ou enroule autour de sa main, elle se calme rapidement. Nous commençons l’exploration des rues les plus proches, admirons les boutiques. À chaque fontaine nous marquons un arrêt indispensable pour qu’Anne-Laure contemple ce flux incessant d’eau qui s’écoule. Je surveille soigneusement ses tentatives d’y tremper un bras, voir la tête… Nous repérons de futures promenades puis nous rapprochons du centre du village.

Les trottoirs sont larges et confortables, nous croisons facilement quelques passants qui nous dévisagent un peu interloqués. Soudain, une femme qui arrive tête baissée dans le sens inverse, se redresse et nous découvre. Elle s’écarte alors brutalement du passage et s’arrête pour estimer la distance qui nous sépare d’elle. En descendant sur la rue de quelques mètres, bien que ce ne soit absolument pas nécessaire, elle frôle les voitures pour nous laisser passer. Lorsque nous arrivons à sa hauteur, elle nous regarde avec un air plein de commisération, ébauchant une sorte de grimace qui semble nous signifier qu’elle a compris la gravité de la situation. Je la regarde avec curiosité, son visage est si étonnant que je ne sais si je dois sourire ou prendre un air sage et pénétré, dire « merci » ou l’ignorer.

Lors de cette promenade dans notre nouveau lieu de vie où nous sommes encore inconnus, j’ai l’impression de rejouer une ancienne scène, d’une redite un peu bizarre. Je ne m’énerve pas, ne critique pas, ne suis même pas agacée. Je sais que la réaction de cette femme est presque banale. J’avais juste oublié.

J’ai l’étrange sensation que le temps passe et que tout se répète à nouveau. Sans cesse ?

Je ressens à la fois une lassitude et en même temps le besoin d’en dire quelque chose. J’aurais voulu, en marchant avec Anne-Laure dans sa poussette, que s’affiche ce message : « Ne vous inquiétez pas, je contrôle la situation », ou : « J’ai une enfant handicapée mais elle va très bien et moi aussi. » Un message qui prenne la parole à ma place, qui ne questionne pas l’autre, qui le laisse en paix car ce tableau que nous offrons ma fille et moi ne suggérerait rien de plus que ce que nous sommes : une maman et sa fille, un peu différente certes, qui se promènent un samedi matin, au soleil.

Il y a quelques années j’évoquais dans un chapitre de mon livre* : « Le regard de l’autre », et toutes nos expériences plus ou moins difficiles. Je relatais une promenade dans les rues d’Aix en Provence avec Anne-Laure en poussette dont les jambes et les bras, faisant des moulinets incessants, traçaient un chemin à travers la foule.  

Aujourd’hui je ne me sens plus très concernée par ce regard de l’autre. J’envisage plutôt cette problématique par rapport à ce que je donne à voir, à ce que notre image, nos comportements suggèrent et comment cela va résonner, mettre au travail ceux que nous croisons. Pendant longtemps j’ai considéré qu’il y avait une sorte d’obligation à tenir compte des autres, et de leur appréhension du handicap. Par un travail sur soi, de l’humour, par l’écriture, nous étions en mesure d’être beaucoup moins touchés par leurs regards, leurs paroles, ou leurs attitudes.

Maintenant, j’envisage les choses autrement : comment faire pour que les autres, que la société se sensibilise dans un effort constant et non ponctuel pour les personnes handicapées et leurs proches ? Comment faire pour que la mobilisation soit de leur côté et non plus essentiellement du notre ? Quelles actions, en ce sens, peut-on entreprendre ?

Parler, écrire, témoigner, organiser des colloques, je m’y attelle. Et pourtant, depuis bientôt vingt ans demeure cet étrange dilemme : Que dire ? Que communiquer sur le handicap ? Que c’est une richesse, que la différence fonde notre relation au monde ? Ou que le handicap c’est terrible, incroyablement lourd, que c’est éprouvant et angoissant, compliqué et chronophage ?

Oserais-je avouer que parfois, j’aspire à une vie normale. Que j’y aspire tellement que ce souhait devient un cri que j’aimerais lancer à la cantonade. Mais voilà, ces mots prononcés dans une détresse passagère se dissolvent dans une empathie de bon aloi. Leur inutilité se retourne comme un boomerang, me renvoyant à ma place, ici et maintenant. La lucidité prévaut : que signifie : « une vie normale » ? Cela a-t-il un sens ? Je n’en ai aucune idée, je n’arrive même pas à l’imaginer.

Notre famille s’est construite autour de cinq singularités. Cinq personnes qui, sans les ignorer, sautent allègrement par dessus les normes. Parce que la norme c’est peut-être Anne-Laure et ses inventions et que dans cet espace qu’elle nous propose, nous naviguons tous à ses côtés, un jour à bâbord, un jour à tribord. Petite balise sur une mer calme ou agitée.

                                                                                                                      Laurence Vollin

                                                                                                                      Novembre 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* « Quand le handicap s’en mêle », Éditions L’Harmattan.

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Les dessins de Lucile NOTIN-BOURDEAU ? Un art singulier

 Présentée par Christine DELOFFRE, Bernard CAUSSE, Roberte MAURON-BILLOT, Isabelle MARQUE
31102016-DO4B8774Lucile NOTIN-BOURDEAU est une adolescente autiste. Depuis l’Age de 4 ans, elle passe une partie significative de ses journées à dessiner.

Elle expose jusqu’au vendredi 8 décembre prochain au théâtre GOLOVINE, situé rue sainte Catherine à Avignon.
Une occasion d’aller voir ses œuvres d’une finesse et d’une sensibilité à fleur de peau.

 

 

Suivre le lien pour écouter l’interview : https://rcf.fr/embed/1686403

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Journal d’un enfant autiste : Entre ciel et mer

Entre ciel et mer, par Valérie Gay-Corajoud

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Plongée de Théo en méditerranée (2016)

Dans moins de 2 mois Théo aura 14 ans.
Comme souvent, je prends le temps de regarder en arrière et je n’en reviens pas. J’ai le sentiment que cela a filé tellement plus vite ! Et en même temps j’ai l’impression que cette toute jeune vie est remplie d’infiniment plus d’années. Son cheminement chaotique n’y est certainement pas étranger et mon attention permanente à ses côtés non plus.
Quoi qu’il en soit, bien qu’ayant encore tendance à un repli sur lui-même et une difficulté à percevoir notre monde en son ensemble, on peut dire que Théo a su trouver sa place dans une société qui pourtant ne fait pas de cadeaux à ceux qui ne se conforment pas à la norme.
Car Théo n’entre pas dans la case des personnes sans handicap… et entre de moins en moins dans celle des personnes porteuses d’un handicap.
Un nouveau terme est en train d’émerger… Neuro-atypique… Pour dire que son cerveau ne fonctionne pas vraiment comme ceux des autres. Mais quels autres ? Et que faisons-nous de ce nouveau diagnostic ?

Nous passons beaucoup de temps ensemble Théo et moi. J’ai cette chance.
Il sait trouver les mots pour décrire son monde. Il a cette chance.
Nous remontons le passé ensemble parfois et nous tentons d’en tirer des leçons et d’y trouver de nouvelles forces pour avancer.
Les années filent à toute allure. Il n’est pas loin le temps où il sera un homme. Il n’est pas loin le temps où le système lui demandera des comptes. Le temps où il devra choisir son chemin. Où on me demandera à moi de le valider.

Pourtant Théo, quels que soient ses progrès, quelles que soient ses forces particulières reste autiste et il le revendique.
Il y a un peu plus de 15 jours il nous l’a signifié clairement alors que nous étions invités lui et moi en Suisse pour une rencontre autour de l’autisme.
« Il faut que tu dises au gens que j’utilise 95% de mon énergie à paraître normal. C’est pourquoi le reste du temps je suis très fatigué ».
Quand on connait l’importance des chiffres et des pourcentages pour lui, on ne peut pas prendre cette phrase à la légère.
Alors je relaie, je raconte, je témoigne, j’explique. Parce que plus il grandit, plus il s’adapte, plus sa fragilité disparaît aux yeux du monde et plus il s’enfonce dans la solitude et plus je m’inquiète.
Est-ce le lot de chacun ? C’est ce que quelqu’un m’a dit un jour, niant en quelques mots le courage et la force de Théo.
Je ne crois pas non. Je ne crois pas qu’à ce sujet nous soyons tous à la même enseigne. Et c’est là la double-peine des handicaps invisibles.

Et puis moi je reste sa mère. Celle qui le suit jour après jour depuis bientôt 14 ans. Celle qui l’a vu s’enfoncer au profond de son autisme, refusant le langage imposé, la peau et le regard, le contact et le partage. Celle qui l’a vu s’y lover durant des mois, seul dans sa souffrance sans mots. Celle qui l’a vu s’en sortir, seul, inventant chaque jour un moyen de contourner sa douleur. Celle qui l’a vu s’ouvrir aux autres avec bienveillance et attention. Celle qui l’a vu affronter ses sens douloureux, son corps sans délimitation, sa vie sans contours.
Je le regarde jour après jour s’adapter à un monde qu’il comprend mal et que parfois il ne supporte plus. Je le vois fatigué aussi, et désespéré parfois. Je le vois s’obliger et se flageller, je le vois en proie à une dualité qui ne prendra probablement jamais fin.

Alors il rêve de nager au fond de l’océan… son corps compressé par l’eau. Sans odeur, sans bruit, sans stress… Rencontrer les animaux qu’il aime tant ! Partir là-bas tout au fond, toujours plus profond me dit-il, pour regarder ce que personne ne voit. Pour découvrir ce que personne ne connaît.
Alors il rêve des étoiles et des planètes. Me décrit le système solaire, encore et encore. La distance entre chaque planète, comment elles ont été découvertes, de quoi elles sont composées, comment elles interagissent entre elles.
Souvent il s’imagine que l’homme finira par trouver un moyen de s’y installer. Il fabrique des scénarios incroyables d’une vie là-haut, où on pourrait tout recommencer.

Parce que sur cette terre, il peine tant à trouver sa place… Il rêve mon Théo d’aller tout en bas ou tout en haut.
Entre le bleu du ciel et le bleu de l’eau.

 

 Théo a été filmé par les équipes de TF1 l’été 2016 pour l’émission Grand Reportage.

 

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Chronique de Joël : Le diable se cache dans les détails

Le diable se cache dans les détails

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Si je manque parfois d’objectivité (à mon avis l’objectivité en a pris un coup depuis qu’internet existe), il est dit dans le film Monstre contre Aliens que Genormica a la substance la plus puissante de l’univers (no Joke). Elle a fait de jolies démonstrations qui décourageraient Stitch et Mr Indestructible. 

J’aime les débats stériles que l’on trouve parfois sur le net. Je m’explique : les animateurs du net raffolent en faire des vidéos, tels que Goku contre Superman ou Asura contre Kratos. 

Personnellement j’expose les faits : 

Fait 1                                     :     Genormica a fait tomber un robot alien plus lourd que le Golden Gate Bridge qui pèse 894 kilotonnes. Hum ! Stitch peut soulever 162 tonnes au max, ceci est dit dans son film de la façon suivante « Stitch pèse 54 kg  et il peut soulever 3’000 fois son poids ».

                                                     J’estime le poids du robot PROBE (dans Monstre contre Aliens) à 10 megatonnes parce que lorsqu’il marche, les tanks sursautent d’environ 50 à 60 cm du sol. Lorsque Susan et les monstres sont à San Francisco, le robot alien arrive en ville, les vitres manquent d’exploser à cause des vibrations engendrées par ses pas.

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Le fait le plus épique         :     le Général, dans un épisode la série, parle de faire exploser une météorite qui menace la terre, seulement Bob s’y est caché à l’intérieur. Susan et Dr cafard sont allés sur le missile expédié par le Général afin de le désamorcer. Mais entretemps les aliens présents dans la série le redirige pour qu’il n’atteigne pas le gros caillou de l’espace.

   C’est sans compter sur le génie du Dr Cafard qui trouve le moyen de reprogrammer le missile afin qu’il touche sa cible initiale.

   Heureusement pour elle, Genormica résiste à la vitesse d’une fusée qui est de 150’000 km/heure (enfin je crois).

    Pour éviter de s’exploser sur la météorite, Genormica attrape Bob et Dr Cafard avant de sauter depuis le haut dans l’atmosphère. Elle rentre dans l’atmosphère et sa combinaison prend feu, très vite elle atteint le sol est forme un gros cratère, elle se relève sans mal et seul un essoufflement se manifeste après cette chute incroyable.

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Mr Indestructible et Stitch peuvent aller se coucher  ;-).

 Notre ami Félix Baumgartner en serait malade de jalousie.

 Le record, déjà important, de Félix Baumgartner est de 38’000 mètres.

Genormica a sauté de 100’000 mètres de haut, je ne suis pas sûr.

 Le fait épique …

le retour !                             :     Dans la série Monstres contre Aliens il y a une Alien qui se prénomme Sta’abi, elle possède un chien qui s’appelle Vornicarn, ils sont très dangereux l’un comme l’autre. Cependant Genormica les maîtrise sans difficulté grâce à sa puissance.

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Les Lolirocks > Mane 6

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Fan de My little pony, bonjour …

Le grand méchant de la saison 4 de MLP (My little pony), Tirek, a été vaincu par une onde multicolore et blanche qui a recouvert tout le continent d’Equestria. Eh bien ceci n’est rien !

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Lorsque les Lolirocks combattent Gramorr, pour ne rien vous cacher … lorsqu’elles le tuent avec leurs attaques d’énergies combinées, l’explosion peut se voir depuis la surface lunaire et les gens de la station spatiale doivent se couvrir les yeux de lunettes aux verres noires (si vous êtes fan de mangas, vous pouvez vous référer aux explosions de Dragon Ball Z). Ben, Vegeta serait aux anges …

Les exploits de personnes méconnues, il y en a tellement …

… la prochaine fois la coccinelle parisienne y sera 😉

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Pave Cesar !

                                                                                                                                                                                                                                           

Les informations sur le pont viennent d’un site de tourisme.  Pour Félix Baumgartner, google m’a aidé

 

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Café Parents à AIGLE et soirée cinéma-débat autour du film “ Le monde de Théo”

30 0ctobre 2017 : Café Parents à AIGLE et soirée cinéma-débat autour du film “ Le monde de Théoen présence de Valérie Gay-Corajoud.

Pièce jointeLa projection du film « Le monde de Théo » à Aigle a été organisée par le Café Parents d’Aigle, créé par Christiane Ruffieux et ses collègues. Celui-ci se  réunit tous les mois depuis maintenant deux ans.

Valérie Gay-Corajoud, la maman de Théo, était présente et nous avons eu la chance, après l’avoir entendue dans ce très beau documentaire de Solène Caron, de converser avec elle et d’approfondir ce qui faisait écho à notre propre expérience. Il est remarquable de constater à quel point la confiance entre Valérie Gay-Corajoud et son fils est un élément déterminant. Cette confiance est un des moteurs qui a fait progresser Théo, et leur a permis de s’orienter en dehors des institutions.

Ce témoignage a eu une très belle résonance dans le public et il a autorisé des parents et des professionnels à intervenir, avec beaucoup de pudeur et d’émotions, pour relater leur vécu.

Ce qui m’a également frappé dans la position de Valérie Gay-Corajoud, c’est son évolution : elle a totalement œuvré pour que Théo puisse s’inscrire dans notre société en adhérant, sans réserve et sans faille, avec toute sa famille, à son monde. Maintenant, elle travaille dans une position plus politique : comment faire en sorte que notre monde puisse accueillir Théo et les personnes autistes ?

Cette projection fut précédée d’un Café Parents en la présence de Valérie Gay-Corajoud. L’ambiance très conviviale de ces quelques heures a favorisé des échanges d’une grande richesse. Nous avons dialogué sans trêve et Christiane ponctuait nos interventions avec des questions orientées par son regard de professionnelle, qui relançaient pertinemment notre conversation. J’ai énormément apprécié la complicité qui s’est tout de suite établie entre les parents. Nous avons ri, nous sommes exclamés et avons sérieusement pris note des trouvailles de nos enfants. Nous étions réunis dans un temps unique pour dire et reconnaître nos situations singulières de parents d’enfants différents. Et c’est avec bonheur qu’encore une fois s’est inscrit ce trait, ce lien qui nous unit : nous sommes parents de personnes vivantes bien avant d’être parents de personnes autistes.

                                                                                               Laurence Vollin

                                                                                               Octobre 2017

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VINGT ANS DE PROJETS ARTISTIQUES EN INSTITUTION,

TEMOIGNAGE : VINGT ANS DE PROJETS ARTISTIQUES EN INSTITUTION,

par Frédéric Bourlez

A Daniel Pasqualin

(Ce texte s’est élaboré au fil des années et des projets. Il est aussi tiré de conférences multimédia prononcées pour des publics divers à l’AWIPH, à la Jan Van Eyck Academy de Maastricht, à l’université de Toulouse Le Mirail pour la plateforme de recherche Europhilosophie, à l’université de Liège dans le cours de philosophie de l’éducation, à l’ARCS, à l’Ecole Normale Supérieure de Paris pour le programme  Master Erasmus Mundus, à l’université catholique de Lille et de Louvain, au GLEM de l’hôpital Saint Pierre et récemment à La Manufacture Urbaine de Charleroi dans le cadre de l’exposition de Michel Loriaux « Seul avec les autres » )

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0) Introduction

Évidemment il aura fallu convaincre. Évidemment chaque projet aura été minutieusement préparé et se sera élaboré pas à pas, riche de surprises et de bricolages. Au fil des ans et des productions artistiques en institution, pour témoigner de la qualité des créations de singuliers et inlassables travailleurs du réel à la créativité trépidante, de nouveaux outils s’offrirent peu à peu aux élaborations cliniques locales…

J’ai été engagé à l’Institut La Porte Ouverte de Blicquy le 14 octobre 1998 pour travailler dans le groupe de vie “les Glycines”, d’abord en qualité d’éducateur, bien que licencié en psychologie clinique, comme tant d’autres…

La première année fut une totale découverte pour moi d’un univers absolument inconnu jusqu’alors : la clinique en institution para-psychiatrique. Rapidement, je fus conquis par ce travail et par le partenariat avec les jeunes adolescents dits “autistes et psychotiques” de l’institution, dite « établissement de rééducation psychosociale ».

Je fus aussi vite convaincu de deux choses : une formation complémentaire en clinique, d’orientation psychanalytique, via la section clinique de Bruxelles, m’était nécessaire pour y intervenir avec pertinence, et des projets “artistiques” étaient à mettre en place en collaboration avec des intervenants extérieurs professionnels en leur domaine : photographie, cinéma, musique. Le bénévolat de chacun permit alors beaucoup de choses…

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« …Il n’y a pas plus d’art des fous que d’art des dyspeptiques ou des malades du genou” écrivait Jean Dubuffet in “L’art brut préféré aux arts culturels”, en 1949

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1) Les débuts : Une photographe à l’Institut La Porte Ouverte

Une amie photographe, Marie Ringlet, qui avait déjà effectué un reportage dans les asiles psychiatriques roumains de l’après Ceaucescu se révéla une partenaire de travail idéale dans un contexte néanmoins fort particulier. Le travail débuta lors d’une semaine de camp de vacances à l’institut, en juillet 1999.

Prenant de multiples précautions pour introduire ce curieux objet relié au regard qu’est l’appareil-photo, à des jeunes gens pour lesquels celui-ci peut se révéler extrêmement problématique, elle trouva rapidement de sympathiques possibilités d’utilisation de la photo comme opérateur de pacification et s’intégra totalement au jour le jour à la vie de la maison. Portraits de chacun, clichés d’atelier, scènes de toilette, photos d’écrits, autant d’occasions d’un usage thérapeutique de la photographe et de ses clichés.

Les photos ont rapidement été développées et offertes à ceux qui le désiraient et à leurs familles, enchantées. Ensuite, une petite exposition à l’hôtel de ville de Leuze, initiera en 2000 un cycle de “médiatisation” des ateliers “artistiques” de l’institution.

Nous avons mis en vente les clichés pour une somme modique et avons ainsi récolté notre premier “budget extraordinaire” qui permit d’acheter de nombreux objets aux jeunes, pas tous très fortunés. Ce fut aussi la première occasion pour moi de me confronter à la presse, et aux difficultés de tenir un discours cohérent autour du projet institutionnel et des particularités de notre clinique.

2) Premier projet cinéma : ViGADE?

Véritable étincelle créative, ce projet permit d’une part l’introduction ultérieure du Polaroïd en atelier, et d’autre part, l’année suivante, la constitution d’un projet cinéma : le film « Vigade? » (DVD 52′, François Pirotte , disponible à la location à la médiathèque, fragments sur YouTube & DailyMotion). Grande aventure, apprivoisement du regard par la technique cinématographique, encore en camp de vacances, mais pour la première fois en extérieur, à l’abbaye de Clervaux, au Grand-Dûché de Luxembourg, ce film est né suite à la demande d’un jeune paranoïaque, Al. Il avait 15 ans lorsqu’il arriva aux Glycines et surprenait chacun par sa connaissance de la mythologie grecque (un travail antérieur sur son prénom l’y avait amené), mais aussi par ses conflits dans le lien avec ses pairs. En effet, rapidement agacé par les moindres choses, il réglait ses différents avec ses poings, fidèle descendant de la virilité antique. Là aussi, de nombreuses stratégies se montraient inopérantes à pacifier son agressivité.

Un jour, alors qu’il était sur le point de régler une fois encore ses comptes par la force, un collègue lui fit offre d’écrire son mécontentement plutôt que de passer à l’acte. Étonnamment, Al s’assit immédiatement à une table et commença à maugréer en écrivant, sans plus penser à agresser son persécuteur du moment. Nous prendrons soin de lire avec lui sa prose, de reparler tant des difficultés que des potentialités à partir de ses écrits.

Peu à peu, Al se mit à écrire des histoires. Des combats mythologiques fabuleux, où il triomphait de toutes les difficultés, lui pour qui le quotidien était si problématique…Friand de s’identifier à un statut d’intellectuel, il se montrera fort preneur de regarder des films avec le groupe, de manière assez pacifiée. Nous devrons néanmoins d’emblée interdire les films d’horreur ou pornographiques afin d’encadrer fermement nos découvertes dans le cinéma.

Al se prit, curieusement, d’affection pour le film Titanic, où il est vrai que ni l’amour ni le lien social ne permettent d’éviter le désastre.

Il regardera ce film des dizaines de fois, s’identifiant totalement à Leonardo Di Caprio, et en apprendra tous les dialogues par cœur. Là aussi, branché sur le cinéma, il pensait beaucoup moins à se bagarrer avec ses camarades! Dans ses écrits,il passera peu à peu à l’élaboration d’un scénario assez délirant autour des anges, du Diable et de Dieu. Doux forçage de notre part, nous lui proposerons de transformer son histoire en véritable scénario de cinéma, en lui fournissant de vrais modèles de scénario professionnel venant de L’INSAS ou de l’IAD (Écoles de cinéma belges). L’écriture devint un appui solide.

Nous l’aiderons à structurer le scénario selon les critères en vigueur dans le cinéma : chronologie des scènes, INT/EXT, listes de costumes, lieux, acteurs, attribution des rôles, intendance etc.

Peu à peu, son projet se charpenta et il nous convoqua un beau jour en ces termes : “ Ben et alors? Il est écrit mon scénario, quand est-ce qu’on le fait vraiment ce film? Je ne vais quand même pas devoir me mettre à frapper mes copains pour vous convaincre?”. Établissant le casting et la régie, nous lui proposerons de se fabriquer un pseudonyme d’acteur, ce qui l’illumina : Alessandro Damazio était né!

Effectivement c’était l’occasion rêvée tant de lui permettre d’apercevoir en ses compagnons de psychiatrie des acteurs potentiels plus que des punching-balls, qu’aussi enfin inviter un véritable professionnel du milieu. Mon ami François Pirotte, talentueux cinéaste professionnel, accepta de participer à une semaine de camps de vacance avec une excellente caméra prêtée par le célèbre cinéma Nova (cinéma alternatif bruxellois) et nous partîmes ainsi au Luxembourg tourner notre film, en juillet 2001…

Chaque soir nous regardions les rushes du film d’Alessandro qui se construisait minutieusement (avec un setting assez pro : claps introductifs, moteurs, action! etc), mais aussi le déroulement des diverses activités réalisées en groupe dans la journée. Peu à peu, le projet d’Al prit forme, et il put même accepter que deux de ses copains réalisent aussi un petit film.Depuis ce projet, Al n’a plus frappé personne. Il a même pu, en compagnie des acteurs du film devenus ses amis, remporter trois « Pom’s d’or » (au festival international du même nom organisé par La Pommeraie à Ellignies-St-Annne, sous le haut patronage de la reine, et en compétition avec des films des quatre coins du monde, en 2002).

Nous pourrons ensuite organiser un vernissage-expo pour la première projection en l’auditorium de la médiathèque de Mons en 2003, tout comme présenter le projet aux premières journées Cinémasile dédiées au cinéma en santé mentale, à Bruxelles, en 2004, au cinéma Nova, en compagnie de toute la troupe d’acteurs, fiers ! Le DVD fut rendu disponible à la location à la médiathèque. Et de nombreuses familles regardèrent ce film avec leur enfant, le découvrant sous un autre jour : acteur ! Et curieusement certaines relations familiales s’en détendirent !

Tout cela permit aussi de continuer d’inviter des preneurs d’image, comme la photographe Natacha Péant, qui pris le relais de Marie Ringlet pour de nombreux camps de vacances.

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Les journées du Ri3 de Tournai, en 2006, furent pour moi l’occasion d’une première présentation clinique d’un cas d’autisme, en séance plénière, devant 700 personnes.

3) Un fantastique projet clinico-musical : Bôkan!

Après quelques années sans partenariat extérieur, mais avec de nombreuses joies en atelier peinture, au vu du changement de la population dans le groupe de vie et des demandes de certains ados, la possibilité d’inviter un ami musicien, Benjamin Bouffioux, lors d’un nouveau camp de vacances m’apparut comme pouvant profiter à la diversification des activités proposées aux jeunes, toujours dans l’optique de leur fournir des partenaires sachant-y-faire avec de vrais outils de travail.

Cette fois, c’est la musique qui s’invita dans la clinique, et cette aventure reste jusqu’ici une de nos plus belle réussite : le projet Bôkan!

Une chanson que braille une fille brossant l’escalier me bouleverse plus qu’une savante cantate.” disait encore Jean Dubuffet dans “L’art qui ne connaît pas son nom, Note pour les fins lettrés

Grâce au projet Bôkan, les jeunes peuvent s’essayer, parfois pour la première fois de leur vie, au micro, aux percussions, à la guitare, au piano, à l’enregistrement, à la musique.

Étonnant d’originalité lyrique et de production spontanée interpellante, chacun s’approprie rapidement les objets musicaux et en fait un usage détonnant. Peu à peu des artistes émergent, des personnalités véritablement musicales se construisent et les enregistrements se succèdent.

Au fil des semaines et des ans, atelier après atelier, un matériel énorme s’accumule, des heures et des heures d’enregistrement où les résidents se lancent totalement dans l’aventure sonore. Travail de la voix, travail des voix.

Boucan déjanté, reprises inédites, mélodies produites avec trois fois rien mais avec tout son cœur, toutes ses tripes, les enregistrements recèlent à coup sûr des perles inestimables, traces de moments où, branchés sur la musique et les instruments, les jeunes peuvent ainsi habiter ensemble un projet apaisé et apaisant, loin des conflits…

Diverses stratégies ont permis de constituer nos deux disques, le premier produit à compte d’auteur à 500 exemplaires en 2006, avec une nouvelle opportunité de recueillir un budget exceptionnel pour les jeunes. Deux morceaux en seront repris en 2008 sur la compilation, fondatrice de la collection, « Musics in the margins », chez Sub Rosa, délicieuse maison de disque belge, en partenariat avec la galerie bruxelloise d’art outsider « Art et marges ».

Nous aurons ensuite la chance de rencontrer une nouvelle photographe, en la personne de la talentueuse Dominique Goblet, auteure de bande dessinées et en projet artistique de longue date dans le milieu de la santé mentale. En visite à l’institution à deux reprises, en compagnie de Guy-Marc Hinant, membre fondateur du label Sub Rosa, Dominique Goblet permettra la réalisation d’un magnifique livret-photo accompagnant le nouveau cd.

Ce second disque, « Bôkan! Musics in the margins » sera pressé professionnellement à 2000 exemplaires par Sub rosa, grâce à la complicité de Guy-Marc Hinant, avec une diffusion internationale, et sera mis sur orbite, de New-York à Tokyo en passant par toutes les bons disquaires d’Europe début 2009. Avec la phrase de Lacan, tirée d’Encore: «Il faudrait une fois, je ne sais pas si j’aurais jamais le temps, parler de la musique dans les marges.» Nous apprîmes que le disque fut fort apprécié par diverses radios locales universitaires américaines, en particulier à New York et en Caroline du Nord …

Il reçut aussi un mémorable commentaire du musicologue Jean-Jacques Birgé sur son blog : « Bôkan, les maîtres fous de la musique ». Et là encore nos productions seront reprises dans les collections de la médiathèque.

La fondation Roi Baudouin, nous permit en 2008, d’avoir un reportage en télé autour du projet musique sur la RTBF, (Séquence « Coup de chapeau » de l’émission « Au quotidien  », juste avant le JT, à une heure de grande audience, disponible sur You Tube : https://www.youtube.com/watch?v=W_pRuAdy1x0&t=73s). Un des musiciens sera l’objet d’un exposé clinique, avec la participation inédite de Jean-Claude Maleval, au RI3 de Clermont-Ferrand en 2009. Au même moment, Judith Miller autorisera officiellement la vente de nos productions musicales aux échoppes de divers colloques de l’ECF…et Philippe Lacadée s’en montrera particulièrement friand lors du Ri3 suivant, à Bordeaux.

Au centre de jour, sous la direction d’Axel Henrard, Benjamin Bouffioux quittant l’institut, il pourra agréablement passer le relais à David Hertsens, talentueux touche-à-tout créatif, qui reprendra l’atelier musique en 2010 et y adjoindra la possibilité d’y réaliser des courts-métrages d’animation réalisé par nos jeunes artistes avec avec leurs dessins (eux aussi primés aux Pom’s d’Or à la Pommeraie et disponible online sur le site de la porte ouverte, comme tant d’autres de nos productions :http://www.la-porte-ouverte.eu/activites/les-ateliers). Des performances musicales « live » deviendront possible (Festival de Stoumont, Grand prix de la chanson) et nous filmerons leurs performances. Transportés de joie, nos jeunes artistes pourront présenter leurs travaux sur une vraie scène, et là aussi remporteront des prix, en particulier le prix de la SABAM au Grand Prix de la chanson de Charleroi, après une magnifique prestation sur scène professionnelle.

Ce sera aussi pour moi, curieusement, le moment de compléter ma formation par les fantastiques ateliers de psychanalyse appliquée, organisés à Bruxelles par Monique Kusnierek et quelques autres. Parallèlement à cette formation, je commencerai à témoigner des projets en prononçant des conférences multimédia (intégrant fragments video et audio), en particulier pour la plateforme de recherche Europhilosophie de l’université de Toulouse Le Mirail, qui, passionnée par l’exposé des projets, me proposa de devenir chercheur-doctorant en philosophie, ce que j’acceptai.

Même si je ne terminai pas la thèse, de nombreuses conférences furent prononcées autour de ce travail et sont disponibles pour certaines sur You Tube (https://www.youtube.com/watch?v=A3aorn9HZqg&t=2898s).

4) Le cinéma du Réel, le témoignage clinique par l’écriture

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Enfin, et ce depuis 2011, un magnifique nouveau projet de documentaires est en cours de tournage et de montage, réalisés par Clémence Hébert, produit par Dérives, soit la boîte de production documentaire des frères Dardenne.

Aux antipodes de certaines productions récentes et polémiques. Car oui, même s’ils ne parlent pas vraiment, les autistes ont plein de choses à nous apprendre. Car oui, le grand public sait assez peu de choses tant sur la qualité du partenariat clinique au quotidien que sur les joies partagées en atelier autour de vrais objets de travail, des outils « pas en plastique » (une vraie guitare, un vrai musicien, une vraie caméra, une vraie cinéaste).

Car oui, si on joue de prudence et de délicatesse pour introduire le dispositif audio-visuel, ne voulant être intrusif pour personne, alors, alors, alors, on tombe sur un monde merveilleux qu’on aurait jamais pu s’imaginer. Des moments touchants, de belles images, une présence silencieuse mais forte, une lumière envoûtante, des objets, des sourires…

Nous pourrons projeter notre premier film sur l’autisme, plein de silences et de douceur partagés, « La Porte Ouverte », devant un large public dans les médiathèques de Bruxelles, Charleroi et Mons, laissant ensuite la place au débat sur de nombreuses questions sur l’autisme, le réel, le cinéma, le regard etc. Le public fut conquis.

La même cinéaste sera invitée l’année suivante par mon directeur, Serge Fourmeau, à participer à un trek dans le désert marocain afin d’y filmer la longue marche d’un groupe d’adolescents de l’institut. Elle en produira le film « Drôle de pays », co-produit lui aussi par les frères Dardenne. Le DVD est en cours de préparation.

Nous pourrons, grâce à l’association de parents française, « La Main à l’oreille », grâce à Mireille Battut et Mariana Alba de Luna, et en présence d’Eric Laurent, immense psychanalyste dont le dernier ouvrage s’intitule « La bataille de l’autisme », diffuser notre court-métrage à Paris devant une salle comble, fin 2014. Eric Laurent nous gratifiera longuement de son commentaire sur ce projet. Tout le débat sera enregistré. La semaine suivante, sous l’égide bienveillante de Bruno de Halleux, devant plus de cent cinquante personnes, les deux films seront diffusés à Bruxelles et un débat s’ensuivra. Nos films ont aussi été projetés au centre Delvaux lors du festival du film en santé mentale « Psymages ».  Le bureau de ville de l’ACF de Liège nous fera le cadeau de pouvoir projeter nos deux films professionnellement à la cité miroir, en compagnie de Bruno de Halleux et de mon ami Daniel Pasqualin, le lendemain de sa nomination en tant qu’AE. Daniel nous gratifiera, alors que le cinéma est plutôt son rayon, de commentaires élogieux, moment mémorable.

De plus, fin 2014, pour les soixante ans de l’institution, une grande journée d’étude sera organisée, par mes collègues Coralie Quevrin et Vanessa Gommes, aidées de quelques autres : « Plusrielles :Quand la collectivité rencontre la singularité », des centaines de personnes viendront à cette formation et en repartiront enchantées, vu la qualité de l’événement. De nombreux psychanalystes chevronnés furent conviés à discuter des cas cliniques d’autisme ou de psychose présentés par l’institution.

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Enfin, et ce depuis 2014, notre poétique cinéaste Clémence Hébert, prépare son troisième film en notre compagnie, un long métrage autour du dramatique cas de « Kev », film qui devrait être terminé fin 2017, production belgo/française CNC, Dérives (Dardenne) et La Porte Ouverte, diffusion européenne en 2018.

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Cerise sur le gâteau, mon ami Till Grohmann, doctorant en philosophie et phénoménologue, rencontré à l’ENS et à Toulouse pour une conférence partagée au FIPS (Forum international de philosophie sociale et politique), viendra participer à de nombreuses semaines de camps de vacances durant les sessions de tournage. L’oeil du philosophe produira de merveilleuses observations cliniques et ces écrits furent remis aux équipes, épatées de tant de finesse. De plus, Till nous fera le cadeau de dédier sa thèse, remaniée au gré de ses aventures cliniques et théoriques en notre compagnie : « Aux enfants de La Porte Ouverte », ce qui ne fût pas sans m’émouvoir. Il reçut la plus grande distinction et les félicitations du jury : un philosophe sur le terrain de la clinique et de la pratique à plusieurs, plutôt rare !

5) Nouveaux partenariats artistiques en institution et médiatisation internationale

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Ensuite, durant plus d’une année, de 2015 à 2016, le célèbre chasseur de sons Brice Cannavo participera aux activités du centre de jour très régulièrement. Après Clémence « la femme à la caméra », « l’homme à la perche » vint nous rejoindre. Et il n’importuna personne, que du contraire, il devint un partenaire de jeu complémentaire aux activités thérapeutiques locales, comme tous les artistes invités, dans la plus grande bienveillance ! Et avec le souci de remettre à chacun des participants ainsi qu’à leurs familles, un exemplaires de LEUR pièce. En prime, Brice inventera  d’inviter des artistes à l’institution pour faire des concerts, de beat vocal, de chorale de cinquante personnes avec harpiste : les jeunes de l’institution, éberlués, adorèrent ces sessions, rarement vues à Blicquy! Brice Cannavo en réalisera une pièce radiophonique « Les petits princes », qui sera diffusée au Théâtre Océan Nord, à la Balsamine, au Théâtre National et dans l’émission fantastique de Pascale Tison « Par ouï-dire » sur la Première, trois vendredi soirs d’affilée, un honneur !

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Deux heures trente de poésie radiophonique où les jeunes ont la part belle, même si certaines crises figurent dans cette oeuvre, de beaux moments de plaisirs partagé accompagnent la lecture, faite par des acteurs professionnels, du texte de Saint-Exupéry. (http://www.bricecannavo.com, pièce disponible à l’écoute sur simple demande à l’auteur).

Et enfin, dans notre actualité la plus récente, ce grand projet photographique avec Michel Loriaux, « Seul avec les autres ». Durant deux ans, d’abord en camp de vacances ensuite comme responsable d’un atelier photo aux centre de jour, Michel prendra des centaines de photos du travail thérapeutique et des jeunes de l’institut. Merveilleuses photos, pleines de lumières et d’ombres. Nous en constituerons une exposition de 80 clichés. Nous débuterons par une première exposition d’une trentaine de tirages, qui réunira à la Manufacture Urbaine de Charleroi plus de deux cents personnes pour son vernissage, avec une belle couverture dans la presse (entre autres : http://www.lalibre.be/lifestyle/sorties/l-univers-des-autistes-c-est-etre-seul-avec-les-autres-59c8c662cd70129e418bbec8). Mais qui aura avant cela égayé le premier avril, pour la journée mondiale de l’autisme à Paris, aux chapiteaux turbulents, l’événement organisé chaque année par nos amies de La Main à l’oreille Mariana Alba de Luna et Mireille Battut. De nombreuses photos y seront proposées au public et Michel pourra y témoigner de son travail de deux ans dans notre institution (https://www.youtube.com/watch?v=ws2K7BLeUw4&t=107s).

Bettina Frattura, elle, nous fera l’honneur de nous associer au vernissage de l’exposition réalisée par l’association Funambules à la maison des associations de Lille, en mai 2017, me demandant d’y lire mon texte écrit pour une des photos de Michel que Philippe Hellebois avait eu la gentillesse de publier sur le blog des journées de l’école (https://www.lobjetregard.com/2016/10/17/seul-avec-les-autres-par-frederic-bourlez/).

Michel Loriaux travaille pour l’instant activement à amener ce projet fleurir les murs de la communauté européenne à Bruxelles, fin 2017 ! Et il a ouvert un laboratoire de photographie argentique à l’institut pour que les jeunes puissent s’essayer au développement de leurs oeuvres. (https://www.mloriaux.be)

Depuis la rentrée de Septembre 2017, signalons aussi que le jeune et talentueux musicien parisien Antoine Loyer (http://www.lesinrocks.com/musique/critique-album/tres-cher-antoine-loyer/) sera engagé au centre de jour pour un atelier spécial « Grand Prix de la Chanson 2018 ». Immédiatement séduit par l’aventure, il en produira un blog (https://ateliersrommelpot.bandcamp.com/album/cuisines-de-blicquy) et un projet d’album des plus prometteurs…

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6) Pour ne pas conclure

Notre vingt et unième siècle commençant ne peut que constater une progressive pénurie de lieux d’accueil spécialisés dédiés à des jeunes gens en difficulté. Certains parmi eux ne font pas usage de la parole pour se faire comprendre. D’autres sont submergés par des torrents de verbiage qu’ils peinent à ponctuer. Leur rapport au corps, au langage, à l’angoisse, au lien social est à pacifier, sur la longueur. Il leur devient, après de longs mois voire des années de travail préliminaire, en institution de soins, envisageable de s’apaiser quelque peu pour construire un abord plus supportable du monde.

Les projets ici présentés témoignent, après de longs mois ou parfois années de travail préliminaire, de la possibilité d’intégration d’un dispositif audio-visuel à la clinique des psychoses et des autismes, avec les meilleurs résultats de pacification et de créativité. Des effets de miroirs cinématographiques à la transformation du cri en voix, selon le dire d’Eric Laurent sur le projet Bôkan .

Il s’agit d’accueillir chacun selon ses singularités, ses potentialités et ses modalités subjectives : que chaque jeune puisse se construire son institution à partir des partenaires et des objets proposés. Ce qui crée beaucoup de questions, cliniques, éthiques, voire politiques…

Comment se faire adéquatement partenaire de jeu, d’élaboration et de construction, de jeunes autistes et psychotiques déjà fort occupés eux-mêmes à traiter le réel selon leurs solutions? Comment faire offre de manière non-intrusive, pacifiante, adéquate, à des “sujets” qui refusent d’en passer par l’Autre et l’aliénation signifiante?

Comment respecter les artifices de leur énonciation et enclencher un “dialogue”? Sans le secours d’aucun discours établi, les dit-psychotiques ou les dit-autistes peuvent parfois s’apaiser et s’autoriser à nous intégrer dans leur traitement.

Le langage est un mauvais outil, et c’est bien pour ça que nous n’avons aucune idée du réel” disait Lacan. Les dits-psychotiques, et plus particulièrement les dits-autistes, peuvent s’aider d’outils symboliques et imaginaires pour habiter ce monde, en continuant d’y traiter inlassablement le Réel selon des solutions inédites, hors-sens, hors-normes.

Nous tentons, à plusieurs, de proposer au quotidien un cadre réglé, adapté à chacun, pour lui permettre d’habiter sa langue pleinement en se construisant un corps, outillé de partenaires troués et réglés, ce qui permet parfois à certains adolescents d’élaborer des suppléances qui réduisent la fragmentation imaginaire, tempèrent la férocité des hallucinations signifiantes et permettent réellement de se construire un « monde » vivable.

Et donc, il faut le souligner aussi, c’est la qualité du travail clinique des équipes cliniques locales au quotidien, qui nous permet de nous risquer à inviter des artistes à travailler sur le terrain pour le plus grand bien de tous.

Je terminerai en citant Jean-Claude Maleval, dont le livre « L’autiste et sa voix » est si essentiel à notre clinique : “Pour cela, il s’agit de prendre au sérieux des inventions parfois aussi infimes que précieuses pour obtenir un apaisement. Grâce à quoi certains autistes parviennent à s’extraire d’un statut initial d’objet, à développer des pseudopodes vers l’Autre, parfois même à créer un Autre de Synthèse.

            A cet égard, Donna williams ne tergiverse pas, “la meilleure approche serait celle qui ne sacrifierait pas l’individualité et la liberté de l’enfant à l’idée que se font de la respectabilité et de leurs propres valeurs les parents, les professeurs comme leurs conseillers. Quand celle-ci est suivie, quand le sujet autiste est placé dans des conditions où ses inventions et ses ilôts de compétence sont valorisés, et non tenus pour des obstacles à son développement, quand le choix de ses objets et de ses doubles est respecté, il s’avère possible pour lui, non pas de sortir de l’autisme, mais de son monde immuable et sécurisé, ce qui lui ouvre un accès à la vie sociale. Alors seulement peut advenir une mutation faisant de l’autiste un sujet responsable et assumant son devenir.”

Les artistes invités en institution depuis plus de vingt ans, amenant de réels outils de travail sde manière calculée et non-intrusive, ont certainement permit aux adolescents rencontrés de s’outiller de partenaires complémentaires à leur travail. Et il semblait important de laisser une trace de ce parcours, pour sa suite…

Bruxelles, Premier Novembre 2017

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Convocation à l’Assemblée Générale 2017 à Bordeaux

Convocation à l’Assemblée Générale 2017 à Bordeaux pour nos adhérents, amis de LaMàO et ceux qui souhaitent le devenir

Cher(e)s adhérent(e)s et ami(e)s de La Main à l’Oreille,

Notre association « La Main à l’Oreille » a bien grandi et il s’est passé beaucoup de choses depuis la dernière fois que nous nous sommes réunis.

Et, faut-il le dire, nous sommes fiers de ce que nous avons accompli. Aussi nous voulons profiter de notre Assemblée Générale pour en parler ensemble, présenter notre travail et aussi et surtout nous retrouver le plus grand nombre possible.

Dans cette perspective, nous avons décidé de tenir notre assemblée générale à Bordeaux le samedi 11 novembre.

Nous avons réservé un lieu magique, un lieu mythique de l’économie numérique bordelaise, dans le coeur historique, à seulement 15 minutes de la gare en tram (arrêt : Place de la Bourse)

Le rendez vous est donc fixé :

Samedi 11 novembre à 14h, au NODE, 12 RUE DES FAUSSETS 33000 Bordeaux. 

Afin de faciliter l’organisation de ce rendez vous autour de l’autisme, nous vous remercions de prendre quelques secondes pour nous indiquer votre disponibilité en renseignant ce petit formulaire de présence : DISPONIBLE ICI.

Nous vous y espérons nombreux ! Toutefois, si vous ne pouvez pas vous joindre à nous, nous vous faisons parvenir en pièce jointe un pouvoir à signer pour que votre voix y soit représentée.

Nous vous rappelons toutefois que pour que votre voix s’exprime, vous devez être à jour de cotisation. Pour vous mettre à jour de votre cotisation, vous pouvez le faire sans difficulté grâce au formulaire d’adhésion en ligne DISPONIBLE PAR LÀ

D’autres documents préparatifs à notre AG vous seront envoyés ultérieurement. 

Notre réunion sera suivie d’un apéritif convivial et décontracté. 

A très vite, donc,

Projet de grande cité de La Main à l’Oreille par Enzo Schott

Marc Langlois, secrétaire

pouvoir AG LaMàO 2017

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Le Monde de Théo à Aigle en Suisse : soirée débat

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Lucile, artiste, autiste et ado, expose « l’Autre » au Théâtre Golovine

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« L’Autre », une exposition atypique d’une artiste atypique, ouvre la saison culturelle du Théâtre Golovine en Avignon.

Trop sensible pour comprendre notre normalité, trop libre pour y trouver sa place, Lucile trace au fil de son stylo bic sur des chemins qu’ elle arpente chaque jour, en quête d’un Autre, plus ou moins réel.

Née en 2002, Lucile Notin-Bourdeau construit chaque jour en images les carnets de ses voyages, entre deux mondes, deux réalités.
Depuis l’âge de 3 ans, son monde et sa réalité est celui du stylo, des formes, du dessin.

Privée de la scolarité de part son autisme diagnostiqué dès 4 ans,  ses petits personnages qu’elle construit via quelques coups de crayons, la captivent dans un univers de concentration, dévoilé par la découverte de son monde, le Monde de Lulu.

Rencontre avec sa maman Eugénie Bourdeau lors du vernissage de l’exposition au Théâtre Golovine :

L’exposition est visible jusqu’au 8 décembre : www.theatre-golovine.com

Le monde de Lucile est à découvrir sur sa page facebook : www.facebook.com/LucileNotin/

« L’exposition naît d’elle même! Nous avons été touchés par la simplicité des dessins associée à la complexité des rapports humains qu’ils traduisent. C’est à la fois sobre et chargé d’une grande force poétique et émotive. »
Yourik Golovine directeur artistique du Théâtre Golovine

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L’univers des autistes, c’est être « seul avec les autres »

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Rémy est le roi de la balançoire, toute la journée il s’envole à des hauteurs défiant l’équilibre

Le photographe Michel Loriaux a passé plus de deux ans à la Porte Ouverte, un centre pour jeunes adolescents en difficulté à Blicquy. Il a fréquenté le quotidien de jeunes autistes et en photos fortes, il nous parle d’eux, de leur vie, de leur monde. A voir du 28 septembre au 21 octobre à la Manufacture urbaine de Charleroi.

La Porte Ouverte porte bien son nom. Chaque année, cette institution qui accueille environ 70 enfants,adolescents et jeunes adultes de 7 à 20 ans présentant d’importants troubles du comportement et/ou de la personnalité ainsi que des doubles diagnostics, des troubles neurologiques (épilepsie,…) et psychiatriques, invite un artiste de différentes disciplines pour établir un lien entre les jeunes et l’art. Frédéric Bourlez, thérapeute et psychanalyste du centre en a parlé au photographe Michel Loriaux il y a des mois. Le professionnel est un habitué de l’immersion, quand il plonge dans un univers, il s’y donne tout entier et pendant longtemps. Il avait ainsi parlé du quotidien des femmes agricultrices seules à s’occuper de leur propriété en 2016 à travers des photos douces-amères qui abordaient le politique mais surtout déjà le poétique.

Le photographe engagé répond tout de suite présent et avec la confiance de Serge Fourmeau, le directeur de La Porte Ouverte, il vient rendre visite (sans son boîtier) à ces jeunes qui vivent ensemble dans un endroit bucolique et serein, un ancien cloître retiré dans la campagne où les thérapeutes « font un travail incroyable ». « Au début c’est très dur, on se sent comme enfermé dans un huis-clos où l’on te teste. Je ne voulais pas être intrusif, je me suis posé comme un observateur, je n’ai pas vraiment parlé, pas cherché à tisser de liens affectifs, je me suis coulé dans leurs habitudes », témoigne Michel Loriaux. Le photographe monte peu à peu un atelier photo argentique pour initier les enfants et ados à la photo « à l’ancienne ». Et deux fois par semaine, il va les voir et part à leur rencontre en photo.

Un monde de chaos et de poésie

Ce travail qui devait durer un an s’est poursuivi presque un an de plus, car Michel Loriaux l’avoue bien volontiers, il s’est attaché à ces pensionnaires spéciaux. « L’un d’eux rêve d’être fermier alors il ne cessait de vouloir m’entraîner à ouvrir une ferme avec lui, je lui avais parlé de mon précédent travail sur les femmes agricultrices ». 

Les rapports se font : « Ils m’ont emmené dans une poésie incroyable car ils sont en-dehors de tout, dans un monde à eux dans lequel ils nous font entrer au non, cela dépend de tout et de rien… ». Le photographe préfère laisser parler les imaginations, les regards, les surprises et les crises sans mise en scène. Certains ne disent rien du tout, parlant autrement qu’avec des mots, d’autres ont une douceur bouleversante en eux, d’autres encore parlent sans discontinuer, répétant encore et encore des phrases qui les confortent dans un monde trop chaotique pour eux, posant des questions sans écouter les réponses… Le photographe décide de laisser de côté le « reportage » et met en avant l’humain. « Ce qui est étonnant c’est qu’ils semblent tous avoir le même âge, qu’ils aient 10 ou 18 ans ».

En vacances

Au final, il a sélectionné une quarantaine de photos, couleur ou noir et blanc en argentique moyen format. « Je n’en avais pas fini avec l’argentique et pour me couler dans cette Porte Ouverte, c’était trop névrosé d’utiliser le numérique ». De ce long travail, Michel Loriaux garde des regards, ceux des garçons et des jeunes hommes qui l’ont adopté, il est même parti en vacances avec eux cet été à Clervaux. Et il n’oubliera jamais la lumière magnifique des lieux, celle qui baigne toutes les photos. A découvrir pendant près d’un mois à Charleroi.

 Du 28 septembre au 21 octobre, la Manufacture Urbaine, 2, rue de Brabant, 6000, Charleroi. Ateliers et animations autour du travail en santé mentale le 5/10, le 12/10 & le 19/10, de 19 à 21 heures. Dévernissage musical le samedi 21 Octobre 2017 à 20 heures

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Une exposition à voir du 28 septembre au 21 octobre à la Manufacture urbaine à Charleroi.

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Le photographe Michel Loriaux

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Rayenne, le regard perdu dans le ciel

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Libre et pourtant enfermé d’une certaine manière. « On les classe, on les étiquète, on les dit « autistes », on les dit « psychotiques ». Ce qui ne dit rien de la singularité de chacun », argumente le thérapeute de la Porte Ouverte Fred Bourlez..

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Vacances d’été à Clairvaux. Les jeunes s’occupent seuls mais avec les autres et autour de Frédéric Bourlez.

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Evens et Marlone « A distance, deux mains permettant le contact que le regard évite par sa fuite. »

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En voiture pour une balade hors du centre

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A l’entrée d’une salle, en contre-jour

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Un moment rare, ensemble

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« Leur rapport au corps, au langage, à l’angoisse, au lien social est à pacifier, sur la longueur. Il leur devient, après de longs mois voire des années de travail préliminaire, en institution de soins, envisageable de s’apaiser quelque peu pour construire un abord vivable », exprime Fred Bourlez.

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Prise de tête amicale

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Marlone peint avec concentration.

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Une sieste avec GI Joe.

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Un dessin d’un des pensionnaires, autoportrait ?

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Mathieu ou « l’Appréhension du fractionnement de l’eau par la caresse de ses perles de pluie ».

Lien vers l’article original. 

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