Rencontres Internationales autour des Pratiques Brutes de la Musique les 6 et 7 mars aux Voûtes (Paris XIIIè). Un programme génialissime !

« On pourrait dire que les Pratiques Brutes de la Musique doivent marcher sur deux jambes, l’une qui vise à repérer et soutenir la singularité, l’unique en son genre et l’autre qui permet le branchement sur le collectif. » Nous ne saurions mieux dire

La main à l’oreille sera aux ateliers participatifs, avec Enzo et Louis !!

« Cher(e)s ami(e)s, le collectif La Belle Brute s’associe à Sonic Protest pour vous annoncer les prochaines Rencontres de Pratiques Brutes de la Musique. Vous trouverez tout le détail ci-dessous, mais sachez pour les personnes sensibles aux parcours obliques ou hors-normes, qu’il s’agisse de pratiques artistiques ou de façons d’être au monde, que ces Rencontres sont gratuites, largement ouvertes à chacun(e), et même reconnues par la formation permanente pour les professionnel(le)s, via le soutien de la Fondation L’Elan Retrouvé. Alors, n’hésitez pas à venir ou à faire tourner l’information dans vos réseaux. Merci d’avance et à très vite ! » Olivier Brisson.

Rencontres Internationales
autour des Pratiques Brutes de la Musique

Musique libre et Handicap 4

En partenariat avec la fondation l’Élan Retrouvé
Avec le mécénat d’Entreprendre Pour Aider

VENDREDI 6 & SAMEDI 7 MARS 2020 – LES VOÛTES

19 Rue des Frigos, 75013 Paris

— S’inscrire aux journées tout de suite —

Déjà la quatrième édition des Rencontres Internationales autour des Pratiques Brutes de la musique !

Nées en 2017 pour mettre en valeur les liens entre la pratique d’acteurs des scènes expérimentales internationales et celle de personnes à priori (plutôt) éloignées des réseaux artistiques mais accompagnés dans d’autres réseaux, ceux du médico-social ou de la santé mentale.

Ou comment, en déplaçant le regard, des stigmates du handicap ou de la déficience vers la particularité dans l’expérience, les frontières deviennent poreuses et délogent joyeusement les uns et les autres de leurs places assignées. Parce qu’en abordant la rencontre par le prisme du sensible, le partage d’un terrain de jeu est largement possible.

Ces deux jours d’échanges se tiendront cette fois aux Voûtes.

Aussi, elles inaugurent un nouveau partenariat avec la Fondation l’Élan Retrouvé : il offre aux Rencontres d’être proposées en tant que séminaire aux professionnels dans le cadre de la formation permanente.

Et comme parler d’échange se met aussi en pratique, nous invitons cette année d’autres collectifs à alimenter la conversation et colorer de leur style les journées.

Ainsi le collectif Encore heureux proposera sur les deux jours : un atelier Cuisine à l’image de celui qui se construit chaque année (pendant les rencontres Encore heureux …à la Fonderie au Mans), mais aussi une table ronde où il invitera le philosophe Stéphane Zygart, ainsi que des membres de La Trame qui travaillent en Seine St-Denis.

Une carte blanche est offerte également aux amis de BrutPop, activistes des réappropriations techniques autour de la physicalité du son.

Enfin l’équipe du journal Le Papotin nous fera une séance spéciale d’interview atypique d’un invité, qui sera tout à fait spécial également….

Autour de ces invitations, d’autres temps forts viendront scander ces journées : des tables rondes, des performances, des impromptus, des témoignages, des ateliers participatifs et des intervenants tels que le psychiatre, chercheur spécialiste de l’autisme Bruno Gepner, le psychologue Gilles Mouillac et des usagers du Nom LieuCaroline Capelle et Ombline Ley, les réalisatrices du film Dans la terrible jungleOphélie Lefevre et ses éducateurs Bastien Gournay et  Jean-claude Senocq, l’auteur Philippe De Jonckheere, le sérigraphe Igor Boyer(Hors-cadre)…

Là, des pratiques concrètes et des échanges d’expériences sur les inventions et trouvailles personnelles ou sur les stratégies collectives ou institutionnelles seront mis à l’honneur.

Ces choix et initiatives qui défendent au quotidien une pratique « sur-mesure », loin des standards de l’accompagnement ou de la création prêt-à-porter. Une pratique qui doit s’inventer et se réinventer systématiquement pour garder sa vitalité sans avoir peur d’être franchement en marge des canons classiques.

On pourrait dire que les Pratiques Brutes de la Musique doivent marcher sur deux jambes, l’une qui vise à repérer et soutenir la singularité, l’unique en son genre et l’autre qui permet le branchement sur le collectif. C’est donc aussi une ouverture à d’autres discours que ceux du handicap ou de la maladie, une ouverture à d’autres lieux, d’autres rencontres, d’autres projets.

VENDREDI 06 MARS

9h00-9h30 : accueil public / café

9h30-10h30 : Conférence de Bruno GEPNER : « Bénéfices de la lenteur et de la musique pour les personnes autistes »

Bruno Gepner est psychiatre, chercheur associé et chargé d’enseignement à Aix-Marseille université, président de la Fédération autisme vie entière mais aussi musicien, il vit et exerce à Aix-en-Provence. 

Depuis de nombreuses années, Bruno Gepner ne cesse de chercher à préciser les particularités potentielles du traitement du temps chez les jeunes autistes. On lui doit de nombreuses études sur les modulations de vitesse et l’intérêt du ralentissement des flux dans le traitement de l’information. Mais il est également fondateur du GAAM (Groupe d’Adultes Autistes Musiciens) dont la pratique s’appuie sur l’improvisation musicale. Nous ne pouvions rêver mieux pour ouvrir nos rencontres.

10h30 – 11h00 : Improvisation collective Avec Bruno Gepner (violon) et des membres des Harry’s (Hôpital de Jour d’Antony).

11h00 – 12h30 : Ateliers participatifs (avec Enzo et Virginie Schott, La main à l’oreille)

12h30 – 13h45 : Repas préparé dans le cadre d’un atelier cuisine animé
par le collectif Encore Heureux…

13h45 – 14h00 : café des participants

14h00 – 15h00 : Table ronde #1 : le surgissement d’une figure dans la jungle

Avec Ophélie Lefèbvre (chanteuse, ex-usagère de l’IME la Pépinière de Loos), Bastien Gournay, Jean-Claude Senocq (éducateurs de l’IME La Pépinière, Loos), Ombline Ley et Caroline Capelle (Réalisatrices du film « Dans La Terrible Jungle » tourné à l’IME la Pépinière de Loos). Modérateurs : Olivier Brisson & Julien Bancilhon. 

Après la vision du film d’Ombline Ley et Caroline Capelle, une figure nous reste en tête, longtemps, très longtemps après, c’est celle d’Ophélie Lefèbvre qui éblouit par sa présence. On se dit alors qu’il serait intéressant d’en savoir plus sur son rapport au sonore, avec elle, avec ceux qui l’ont accompagné depuis des années, et avec celles qui, dans des heures et des heures de rush, ont fait le choix de lui donner cette place centrale dans leur film. 

15h00 – 15h30 : « La musique et moi » #1 : Témoignage d’un(e) journaliste du Papotin

15h30 – 17h00 : Table ronde #2 : Joie & paradoxes dans la constitution
d’un groupe d’artistes accompagnés en institution

Avec Philippe Duban (directeur de la Cie Théâtre et Voix Turbulences ! et des Chapiteaux (dont un E.S.A.T. notamment), Olivier Couder (metteur en scène, fondateur de la compagnie et du Pôle Ressource Théâtre du Cristal ), Laurent Milhem (chef de service au F.A.M. Alternat/Alternote et musicien de Percujam), Julien Bancilhon (psychologue et membre du collectif de musique expérimentale Les Harry’s). Modérateur : Moïse Assouline, Médecin, coordinateur du pôle autisme de la Fondation l’Élan Retrouvé, et président de « Le Papotin Fenêtre sur la Ville »)

Comment se pratique ou non la sélection, « le casting », quand on travaille avec des personnes accompagnées dans des institutions relevant du handicap (mental, psychique) ou des TSA (Troubles du Spectre de l’ Autisme) ? Cette question interroge nécessairement les professionnels qui sont confrontés à la fois au besoin de soutien singulier, spécialisé, de toutes et de chacune de ces personnes, et à la nécessité de constituer un groupe musical, une troupe. Chacun doit y trouver sa place, mais c’est aussi un collectif qui doit avoir une productivité culturelle ou artistique, osant la scène et le regard du public ordinaire. Cette question interroge aussi le public de ces prestations qui se demande : qui sont les artistes dans ces ensembles ? Dans cette table ronde, nous chercherons à en savoir davantage avec des responsables d’institutions et des responsables de groupes artistiques.

17h00 – 18h00 : SÉANCE DU PAPOTIN invité(e) surprise

18h00 – 18h30 : Restitution de L’atelier de Julia HANADI AL ABED avec les étudiants de Paris 8 et de la HEAR et les journalistes du Papotin.

19h30 : CONCERTS + surprises
8€ (+ frais de location) en prévente / 10€ sur place

ELECTRIC FIRE [UK] 
FANTAZIO ET LES TURBULENTS [France]
Réserver !!!

_________________________________________________________________

SAMEDI 07 MARS

9h00-9h30 : accueil public / café

9h30 – 10h00 : Julien Selignac, portrait de Daniel Johnston

Julien Sélignac est psychologue et philosophe. Depuis deux ans, il réalise des chroniques d’histoire, de biopolitique, d’éducation ou d’anti-progrès dans le cadre de Roue Libre, l’émission de Radio du Groupe d’Entraide Mutuelle (GEM) la Maison de la Vague. Il a récemment rejoint l’équipe du Papotin où depuis peu, il propose ses lectures aux journalistes atypiques. Pour les présentes rencontres, il se prêtera à un nouvel exercice et fera le portrait du musicien et plasticien Daniel Johnston.

10h00 – 11h00 : Le Nom Lieu Inventions, numérique et accompagnement sur-mesure  Avec : Gilles Mouillac, co-fondateur et psychologue référent du Nom Lieu. Modérateur : Olivier Brisson

Le Nom Lieu accueille et accompagne les jeunes de 16 à 25 ans en situation de fragilité psychique et/ou en situation d’exclusion, en les aidant à se re-mobiliser, en partant de leurs affinités liées aux domaines du numérique. Gilles Mouillac nous en présentera la logique et l’orientation et deux membres viendront nous exposer et/ou faire entendre une partie de leurs travaux actuels. 

11h00 – 12h30 : Ateliers Participatifs (avec Mireille Battut, Louis et sa musique. La main à l’oreille)

12h30 – 13h45 : Repas préparé dans le cadre d’un atelier cuisine animé par le collectif Encore Heureux…

13h45 – 14h00 : café des participants

14h00-15h30 : CARTE BLANCHE #1 : BrutPop sur le thème activités artistiques et sensorielles

avec Julien ROUDIL, Educateur spécialisé à l’hôpital psychiatrique Saint Jean de Dieu et président de l’association TRANSVERSE (Lyon), Cécilia de VARINE, chargée du développement culturel à l’hôpital psychiatrique Saint Jean de Dieu (Lyon) et Ben Farey du collectif 3615 Senor (Besançon), Sonia Saroya (artiste) et Antoine Capet (artiste et éducateur spécialisé).

15h30-16h00 : « LA MUSIQUE ET MOI » #2 : Olivier Bringer Entretien avec P.E.S. aka Clark Gable, cinéaste, poète, éditeur 

Olivier Bringer est un personnage inclassable, artiste dans l’âme, le corps et le langage, génialissime dans sa radicalité, écrivant et dessinant dans une nécessité et une immédiateté absolues. Musicien ultra prolifique et grand amateur d’expériences sonores qui secoue, il viendra nous en dire quelques mots. 

16h00-18h00 : CARTE BLANCHE #2 Collectif Encore Heureux… 

Outre la mise en place d’un atelier cuisine et radio, le collectif Encore heureux…(https://www.rencontresencoreheureux.org/) invite le philosophe Stéphane Zigart et les travailleurs sociaux de La Trame, association située en Seine Saint Denis. Dans le contexte d’une modification de la loi 2015 sur le Handicap, nous proposons un temps d’échanges à partir de nos territoires de travail, de recherches et d’accueil. Il y sera question d’ateliers de pratiques diverses dans et hors institutions mais aussi de la (re)définition de la notion de handicap et en particulier de son histoire. Si le terme atelier est devenu en peu de temps le mot sésame qui permet d’ouvrir des collectifs à des pratiques jusque là inconnues, nous souhaiterions discuter des conditions d’effectuations réelles qui par exemple permettent à un atelier de modifier sensiblement le paysage et les usages.

18h00 – 18h30 : CONFÉRENCE GESTICULÉE « Connard-Méduse! » Par Philippe De Jonckheere (Touche à tout) 

Philippe De Jonckheere est difficile à présenter en quelques lignes. Photographe, écrivain, vidéaste et créateur de l’univers parallèle www.desordre.net dans lequel mieux vaut ne pas entrer si vous désirez en sortir vite, il est aussi le père d’Emile. Et un père se met parfois en colère pour ses enfants.

9h30 : CONCERTS + surprises
8€ (+ frais de location) en prévente / 10€ sur place 

L’ATELIER D’ÉVEIL MUSICAL DU CENTRE SOCIAL RAYMOND POULIDOR [France]

FOUDRE ROCKEUR [France]

NOWHERE #3 : L’atelier de Julia HANADI AL ABED [France]
Avec les étudiants de Paris 8 et de la HEAR et les journalistes du Papotin
Réserver !!!

DÉTAIL DES ATELIERS PARTICIPATIFS:

Atelier : Parents, Professionnels, comment soutenir les affinités des plus jeunes (vendredi & samedi) Carte Blanche à La Main à L’Oreille, association créée par des parents et amis de personnes autistes, qui cherche à promouvoir la place des personnes autistes dans la Cité, sans se référer à une norme sociale ou comportementale. Mais aussi à faire connaître, partager, et soutenir l’invention autistique sous toutes ses formes, de la trace la plus humble aux élaborations de systèmes les plus complexes, comme caractéristique remarquable du mode d’être au monde des personnes autistes, à condition que soient respectées leur singularité et leur subjectivité. 

Avec Virginie Schott et son fils Enzo, créateur d’oeuvres numériques incroyables sur Minecraft le vendredi  ; Mireille Battut, présidente de l’association, mère de Louis, jeune homme autiste et pianiste, le samedi. 

Atelier sur les interfaces numériques (vendredi) animé par Antoine Capet (BrutPop)  
Antoine Capet du collectif BrutPop propose un atelier de découverte d’interfaces numériques simples d’usages, à prix abordables permettant de faire évoluer sa caisse à outil d’ateliers sonores.

Atelier Sensoriel (samedi) animé par Sonia Saroya & Antoine Capet (BrutPop)

Antoine Capet et Sonia Saroya du collectif BrutPop proposent un atelier de découverte de solutions Do It Yourself de pratiques sensoriels développées par BrutPop et d’autres artistes associés. Ces pratiques peuvent par certains aspects se rapprocher du Snoezelen mais sans prétention d’en faire un mode de soin se concentrant sur des expériences artistiques immersives reproductibles à bas coût.

Atelier Radio #1 (vendredi) Groupe radio, atelier, club, association, foyer hertzien… : histoires plurielles d’ateliers radio en institutions.
Avec des participants des émissions Esat La Quotidienne, Bruit de Couloir (La Trame) & Roue Libre (GEM la Maison de la Vague)
Animé par le collectif Encore Heureux…

Atelier Radio #2 (samedi) « Au commencement était le verbe », dit la formule ; rien ne fait pourtant évidence. Comment, en faisant « atelier radio » porter attention à l’écoute (et l’écho) ?

Au cours de ces deux matinées, nous proposons une promenade sonore dans le quartier des voûtes. Elle s’adressent en particulier aux collectifs, association, personnes engagéEs dans un projet d’atelier radio au sein de gem, savs, hdj etc. —, y compris s’agit d’abord d’une « radio de la parole et de la voix humaine ». Il s’agira de pratiquer ensemble, avec et sans micros, un lieu : « Tolbiac » : en quoi on peut dire qu’il est un son complexe, un « paysage », comme on peut le dire aussi de la voix humaine. Animé par le collectif Encore Heureux…

Atelier Sérigraphie : Comment monter un atelier dans une institution (vendredi & samedi) co-animé par l’atelier sérigraphie de l’HDJ d’Antony, le sérigraphe Igor Boyer (hors-cadre) et Matthieu Morin (collectif La Belle Brute)

Atelier cuisine participative (vendredi & samedi)
Comment préserver l’idée  » d’atelier » tout en ayant une production à assurer? Comment permettre que la libre circulation ne tourne pas à la cacophonie, et que chacun puisse jouer dans son registre, tout en restant à l’écoute de l’autre? Le Collectif Encore Heureux… vous invite à venir décortiquer, découper, hacher, malaxer toutes ces notions tout en préparant le repas qui sera servi à midi !

http://www.sonicprotest.com/

http://www.lesvoutes.org/

Publié dans Artistes, Coups de coeur

2020, année inclusive !

Par Mireille Battut

Notre société se voit si belle en son miroir qu’elle nous y veut tous inclure. Quelle invitation ! Une société inclusive serait celle qui accueille la singularité de l’autiste comme une modalité d’être au monde ? Mais pour les personnes autistes, c’est d’abord l’épreuve de l’exclusion, et ce le plus souvent depuis la maternelle car… ne joue pas avec ses camarades, s’isole, n’entre pas dans les apprentissages, met en danger son entourage...

Alors, tous à l’école enfin « pleinement inclusive » ! Mais, qu’en est-il de l’accès au savoir qui émancipe ? Aller à l’école quelques heures par semaine pour se voir isolé, cantonné, puis renvoyé chez soi la plupart du temps sans perspective, n’est-ce pas une trahison[1] ?

Il y a comme un malaise, qu’on peine à qualifier… Qui oserait annoncer à grands roulements de tambour une instruction « pleinement obligatoire » ? Car c’est l’instruction qui est obligatoire. Et ce qui est obligatoire doit être appliqué, pas être promis. Autrement dit, il ne suffit pas d’accorder quelques heures d’école, avec une aide précaire et mutualisée, sans réflexion sur les contenus pédagogiques ni sur les conditions de l’accès au savoir pour que l’obligation d’instruction soit remplie.

Quoi qu’il en soit la promesse est bien là – depuis l’école « pleinement inclusive » jusqu’au futur « revenu universel d’activité » pleinement fusionné – et gageons qu’elle occupera notre décennie. Il semble que la société inclusive soit la façon contemporaine de chercher à redéfinir deux choses : l’être citoyen et le vivre ensemble.

Concernant la citoyenneté des personnes handicapées, il ne suffit pas de dire que nous sommes égaux en droits si les conditions effectives de l’exercice de ces droits sont impossibles. Le rapport de la mission gouvernementale « vers la pleine citoyenneté des personnes handicapées »[2] note bien que « la société inclusive ne se décrète pas » et que « l’exercice de la citoyenneté des personnes handicapées requiert une dynamisation de toutes les structures… une approche par étapes … afin que la parole du citoyen handicapé, son accès aux droits et l’exercice de ses devoirs puissent être pleinement satisfaits à tous les niveaux de la société, dans tous ses territoires ».

Concernant le vivre ensemble, aujourd’hui, les militants les plus actifs et les plus conscientisés du handicap rejoignent les militants des droits des minorités et des diversités dans une ambition de visibilité et de plein exercice de leurs droits dans la Cité. « Rien sur nous sans nous »[3], disent-ils. Cela va bien au-delà de la seule « accessibilité » telle qu’elle émane de la loi de 2005 sur le handicap.

Cette approche s’inscrit en rupture avec un héritage historique en France qui était celui de « l’accueil de la folie » dans des lieux qui se voulaient des utopies alternatives (Clinique de La Borde, Monoblet, Bonneuil…) et qui se sont institutionnalisées (donnant la psychothérapie institutionnelle). La société inclusive est la rencontre de la désinstitutionalisation (courant qui a commencé dans les années 70) et aujourd’hui de la fin des utopies. C’est la conséquence logique du fait qu’il n’y a plus d’Ailleurs. L’idéologie a changé. Elle fait la promotion d’un individu autoentrepreneur de lui-même veillant à faire fructifier et à gérer au mieux son capital santé, culturel, social selon les lois de la compétitivité et de la concurrence.

Ces aspirations individuelles sont pleinement légitimes. Pourtant, comment ne pas constater la contradiction déchirante, dans l’état actuel de notre société, avec une perspective viable pour ceux de nos enfants  – ils sont nombreux – qui ne pourront pas tenir dans la compétition (même entre handicapés) et aussi ceux pour qui entrer dans cette société de compétition qui est la nôtre ne fait pas sens ou bien est une grande souffrance. Il y a, pour ceux qui la refusent, une forme d’injonction terrifiante à désirer la société normale.

Pendant ce temps, un capitalisme de plus en plus débridé fait basculer plus de gens dans la maladie ou le handicap psychiques en raison de la maltraitance qui leur est infligée au travail ou hors du travail et – à défaut d’institution accueillante – une part croissante des personnes socialement et/ou psychiquement précaires se retrouvera à la rue ou dans les prisons. Ainsi, au regard des conditions de plus en plus difficiles d’accès au logement, au travail, à la citoyenneté, l’extension du domaine du handicap apparait comme un symptôme du malaise général de notre civilisation. C’est pourquoi la protestation contre leur exclusion et leur relégation devient centrale. Il s’agit effectivement d’interroger notre condition commune pour vivre ensemble, mais loin des slogans « pleinement inclusif ».

Alors, comment y aller ?

Depuis sa fondation, La main à l’oreille a été attentive à promouvoir et faire respecter la singularité.  Nous avons toujours considéré que l’éducation visait l’autodétermination de la personne et non sa normalisation. Si les méthodes comportementales visent l’acquisition d’une certaine autonomie : s’habiller, manger proprement, prendre soin de soi etc., nul ne peut ignorer les critiques – autoritarisme, déni de la subjectivité – qui leur sont adressées par les autistes qui y ont été soumis. Quant aux démarches plus volontaires d’acquisition d’habiletés « sociales », elles sont fort utiles mais il ne nous paraît pas suffisant de se contenter d’une normalisation qui permettrait à la personne de fondre son « handicap invisible » dans le paysage social.

La question de la construction du pouvoir d’autodétermination reste ouverte. L’autodétermination est la capacité d’exercer des choix, de les exprimer et de les faire respecter. Elle est essentielle pour les personnes handicapées qui sont trop souvent soumises à des ordres autoritaires. Pour nos enfants, elle doit mobiliser parents, enseignants, soignants, quel que soit le lieu d’accueil. Elle consiste, quelle que soit l’orientation éducative et pédagogique, à viser l’expression du choix par l’enfant et, dans un effort constant et volontaire, à lui reconnaître le droit de dire « non ». Si l’adulte dit à l’enfant « tu peux choisir », l’enfant pourra dire « je peux choisir ».

Pour autant, qu’auront-ils à choisir, une fois adultes ? Et dans quelle société ? Dans le contexte de la société inclusive, notre effort doit tendre plus avant que le singulier. Ce singulier, il nous faut le conjuguer. Dois-je avouer que j’ai passé des nuits à tourner et retourner cela dans ma tête sans trouver d’issue à ce qui m’apparaissait comme une impasse.

Comme souvent, c’est une proposition inattendue qui m’a apporté un début de réponse. Au forum des associations, nous avons été contactés par le club de rugby qui voulait constituer une section de rugby adapté. Quel a été mon ravissement de découvrir la devise du club : « notre rugby se conjugue à la première personne du pluriel ! ».

Il est intéressant de voir comment ce pluriel se construit, dans le rugby, par l’engagement corporel. Au début, chaque enfant a sa façon de prendre contact : intimidé, nerveux, ou bien hilare (ce qui peut cacher bien des choses difficiles à exprimer). Les encadrants, attentifs mais pas trop directifs, ont à cœur de les mettre à l’aise. Petite foulée, premiers échanges, hésitants, puis des engagements un peu plus francs, des encouragements.  Et tout le monde a droit aux cookies maison à la troisième mi-temps.

Au bout de deux entraînements, le jeu, pour mon fils, consistait à gambader sur un beau terrain vert bordé par le ciel, à se plaquer au sol pour recevoir plein de guili guili, à s’échapper en oubliant le ballon. Et le but principal, pour ce qui l’en intéressait, c’était de déposer des plots en carré pour border le terrain et ensuite de pouvoir les ramasser à la fin de l’entrainement.

Aujourd’hui, Louis passe le ballon à ses camarades, joue avec eux à « crabe – langouste », prend plaisir à l’engagement. Il a participé à son premier tournoi. Les entraîneurs ont installé un rite à la fin de la séance : on se regroupe, on met ses mains ensemble, paume tendue vers le sol et on s’écrie en cœur « Chanka » !  (C’est le nom du hérisson mascotte du club).

Cette naissance d’un collectif m’a remis en mémoire une définition de l’émancipation lue chez Laurence de Cock, historienne pédagogue,  comme « un processus d’accompagnement visant à déjouer les mécanismes de domination, à acquérir une autonomie de pensée, critique, et surtout habitée par la nécessité du collectif et pas un pauvre petit projet de « libre entreprise de soi » au service de l’idéologie entrepreneuriale[4] ». Cela me va bien !

Alors, je n’hésite pas à le dire, nous avons un projet. Notre projet n’est pas une pauvre autonomie normative mais une émancipation.

L’émancipation, ce sont les jeunes du Papotin, de Turbulences, d’Astéréotypie, des Harrys, de Sonic Protest, de Singulières résonances, ce sont Enzo, Théo, Lucile, Joël,  (et j’en oublie), qui en témoignent. L’émancipation concerne chacun de nos enfants, au singulier pluriel.

Mireille Battut

Pour les rencontrer

Le papotin https://www.facebook.com/JournalPapotin/

Turbulences http://www.association-turbulences.com/

Astéréotypie https://www.telerama.fr/sortir/astereotypie,-quatre-jeunes-autistes-en-colere,n5620560.php

Les Harrys https://lamainaloreille.wordpress.com/2019/11/05/premiere-exposition-solo-de-tristan-vernissage-et-mini-concert-des-harrys-le-mardi-12-novembre-2019-de-18h-a-21h-a-la-bouquinerie-la-vague-a-lame-32-rue-des-couronnes-75020-paris/

Sonic Protest http://www.sonicprotest.com/archives/

Le Monde au singulier https://lamainaloreille.wordpress.com/2019/11/07/exposition-le-monde-au-singulier-du-26-octobre-au-20-novembre-2019-12h-19h-chapelle-des-cordeliers-clermont-ferrand/

Enzo Schott https://lamainaloreille.wordpress.com/2017/01/13/enzo-schott-a-la-une-de-liberation/

Théo Fache https://www.lairedu.fr/media/video/conference/temoignage-theo-fache/

Lucile Notin Bourdeau https://www.youtube.com/watch?v=d2dH-U1yX-U

Joël https://lamainaloreille.wordpress.com/2019/04/16/chronique-de-joel-etude-typologique/

[1] Lire « le miroir et les alouettes », lettre ouverte d’Aurore Cahon https://lamainaloreille.wordpress.com/2019/12/16/le-miroir-et-les-alouettes-lettre-ouverte-daurore-cahon/

[2]https://handicap.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_mission_gouvernementale_pleine_citoyennete_personnes_handicapees_michels_radian_19_juin_2019_vf2.pdf

[3] Telle est la devise de CLE Autistes, association de self advocacy française

[4]Entretien avec Laurence de Cock  http://www.editionslibertalia.com/blog/entretien-avec-laurence-de-cock-ballast-1904

Publié dans A propos, Actualités, Mireille Battut, Voeux

Reportage : Face à l’autisme, un amour hors-normes

Presse-papier01

Ci-dessous, le lien vers le replay du documentaire sur l’IME » La Bourguette » où se rend Lucile Notin-Bourdeau 5 jours par mois depuis un peu plus d’un an. La journaliste a choisi, avec 3 autres jeunes de l’IME, de suivre Lucile d’un peu plus près..

Agressivité, retards de langage, repli sur soi… Leurs mondes semblent inaccessibles et le nôtre, parfois, les rejette. Comment trouver les passerelles, quelles solutions face à des ados atteints d’un trouble autistique profond ? Une aventure en terre inconnue où d’incroyables rencontres finissent par se produire, à force d’amour et de patience, où des parents et des éducateurs mettent parfois des années à établir un lien que l’on croyait impossible.

Vidéo – Face à l’autisme, un amour hors-norme

 

 

Publié dans Non classé

Le miroir et les alouettes – Lettre ouverte d’Aurore Cahon

Lettre ouverte à l’attention des institutions de la MDPH de Seine-Maritime, des MDPH de France, à l’attention de Madame Sophie Cluzel Secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées, Madame Agnès Buzyn Ministre des Solidarités et de la Santé, Monsieur Edouard Philippe Premier Ministre, à l’attention de Monsieur le Président de la République Française Emmanuel Macron, à Madame Brigitte Macron, à Monsieur Jacques Toubon Défenseur des Droits

 

J’essuie de nouveau un refus de la MDPH de Seine-Maritime concernant la prise en charge de mon fils, Eliott, autiste de 9 ans. Un de plus ! Depuis six ans, je dois batailler sur tout : orientation, scolarité, demande d’AVS, demande de soins…

Depuis 2014, la MDPH nous a successivement refusé : le sur-maintien d’Eliott en maternelle, l’orientation en ULIS, l’orientation en IME. Suite à un ultime recours, Eliott a fini par être affecté en ULIS. Aujourd’hui mon fils est « scolarisé » 8h par semaine et « bénéficie » d’une séance d’orthophonie hebdomadaire en libéral et c’est tout ! Le reste du temps il est avec moi.

Aussi, pour chacun de ses besoins, comme me l’a bien expliqué la MDPH, je dois leur faire une demande… A ma dernière demande, la réponse a été : « Comme précisé sur la notification que vous avez reçue dernièrement, les séances de psychomotricité [180€ par mois] sont financées par l’AEEH de base qui vous est versée mensuellement [132,31€] ». Cette réponse m’a révolté. J’en ai plus qu’assez de cette violence institutionnelle.

Le coût qui m’incombe pour élever mon enfant est bien plus élevé que s’il était accueilli à temps complet dans un établissement. J’ai inscrit Eliott, à mes frais, dans un club de gymnastique ; j’essaie de faire le plus de sorties possible ; j’achète du matériel éducatif pour consolider ses acquis scolaires, du matériel sensoriel adapté pour l’apaiser, du matériel pour qu’il puisse s’exprimer musicalement, artistiquement ; je l’emmène à la piscine, dans des musés ; je paye les trajets, les entrées… Eliott a un chien d’éveil, qu’il faut nourrir et soigner ; et je vous passe la casse quotidienne de matériel, d’appareils électroménagers, de hifi, d’informatique, de portes, qu’il faut renouveler très régulièrement. Je vous passe également les arrangements familiaux pour pouvoir aller à mes rendez-vous médicaux ou professionnels. Je ne parle pas de loisirs, je parle de rendez-vous essentiels.

J’accuse la MDPH de Seine maritime de nous avoir mis dans cette situation scandaleuse de vide sidéral par ses décisions arbitraires et non adaptées.

Sous le blason doré d’une société inclusive pour tous, en laquelle j’ai cru, se cachent des centaines d’enfants pris en charge à temps très partiel, une poignée d’heures par semaine. Les temps de prise en charge sont éclatés sur différents sites et pour des séances d’une heure. Toute l’orchestration des soins repose alors sur les familles, il devient impossible de conserver son emploi, ou alors comme moi, en conjuguant travail de nuit, et prise en charge de mon enfant le jour.

J’ai fait le travail de la société en plus du mien pendant quatre ans. J’y ai laissé ma santé. J’étais infirmière. Je suis aujourd’hui en congé longue durée pour burn-out et pathologie rhumatismale inflammatoire. J’ai 40 ans et le corps usé d’une personne âgée. Non seulement vous nous plongez dans cette extrême précarité, mais en plus, vous nous réduisez à mendier un soutien financier quand il s’agit de payer le coût des soins indispensables à nos enfants ! Incroyable ! Cette société inclusive pour tous sans demi-mesure est un entonnoir dans lequel doivent se glisser tous les enfants de la République et qui en sortent en quelques années autant brisés que leurs familles.

Oui mon fils grâce à ses 8h de temps scolaire rentrera dans les statistiques attendues : il est un enfant porteur de handicap « scolarisé ». Mais ces 8h par semaine en milieu ordinaire lui demandent des efforts inimaginables, malgré une équipe extrêmement accueillante et a son écoute. A bientôt 10 ans, mon fils a les compétences scolaires d’un enfant de maternelle, a vécu une succession de ruptures anxiogènes dans son parcours, a connu six AVS/AESH  en six ans.  Faute d’emploi du temps régulier, mon fils s’enferme de plus en plus à la maison et j’éprouve de plus en plus de difficultés à le tirer de son univers clos.

Voici qu’en 2018, la MDPH a fini par accepter de nous notifier une orientation en IME pour nous permettre de rejoindre la liste d’attente. Hélas, comme chacun le sait, les institutions comme les IME poussent les murs, jonglent avec les plannings des enfants pour répondre au maximum aux besoins des familles. Malgré leurs efforts, les chiffres du dernier IME visité sont saisissants : 64 inscrits pour 75 en liste d’attente. Mon fils aujourd’hui aurait peut-être une prise en charge à temps complet et adaptée si nous n’avions pas essuyé le premier refus en 2014.

J’accuse la violence du slogan de l’inclusion scolaire pour tous, qui tolère nos enfants au mieux quelques heures par semaine à l’école et fait peser tout le poids sur les familles, au mépris d’accueil à temps plein articulant éducation, soin et pédagogie, tels qu’ils sont proposés dans les institutions spécialisées et les lieux de soins.

J’accuse la société française d’avoir gaspillé les chances de mon fils de pouvoir bénéficier, dès le diagnostic, d’une prise en charge adaptée, de qualité, à temps complet.

J’accuse le manque de places dans les institutions et le manque de praticiens spécialisés : orthophoniste, psychologue, ergothérapeute, psychomotricien, médecin, secrétaire, dans les hôpitaux de jours, dans les CMP, transformant les mois de listes d’attentes en années.

J’accuse la MDPH de priver, par leur refus, mon fils de soins de psychomotricité indispensables à son fonctionnement.

J’accuse l’Etat et ses institutions du coût énorme pour les familles, en temps, en énergie et en moyens financiers.

J’accuse l’Etat de faire basculer les familles dans la précarité.

Il paraît d’ailleurs qu’on ne dit plus « familles », on dit « aidants familiaux », expression qui montre bien que nous sommes la main d’œuvre la moins chère et la plus corvéable du système éducatif et du système de soins.

Quand l’Etat cessera- t-il de se reposer entièrement sur les aidants ?

Quand et comment puis-je me réinsérer dans le milieu du travail ?

Quel avenir pour mon fils ?

J’envisage de porter plainte contre la MDPH de Seine-Maritime mais aussi contre L’État Français si rien ne bouge.

En vous remerciant par avance de l’attention que vous porterez à cet appel.

Aurore Cahon, maman d’Eliott.

.

 

Publié dans Antenne Rouen Normandie, Débat et réactions, Parcours, Parents, Rentrée et inclusion scolaire, Témoignages | 2 commentaires

Exposition – Le Monde au Singulier – Du 26 octobre au 20 novembre 2019 – 12h-19h Chapelle des Cordeliers – Clermont-Ferrand

Le Projet « Le Monde au Singulier »

ob_427105_acf-mc-exposition-du-26-octobre-au-20Saragosse, Bilbao, Venise, Tournai, Lille, Bruxelles, Bastia, Ajaccio, Bordeaux…Clermont-Ferrand : c’est à un voyage que cette exposition convie le visiteur. Des horizons divers, des auteurs singuliers, des parcours de vie qui le sont tout autant, mais des cheminements qui tous convergent vers un univers où la créativité fait fi des différences et fait naître des émotions intenses.

Les compétences et les talents qui sont ainsi mis en avant sont ceux de personnes singulières, sans considération de « niveau », jeunes et adultes présentant des troubles importants de la personnalité, parmi lesquels la psychose et l’autisme ou jeunes et adultes déficients présentant un handicap mental avec troubles associés.

Il s’agit pour nous de faire connaître et reconnaître ces œuvres pour ce qu’elles sont : le produit d’une démarche construite, pensée, confrontée à la matière et aux contraintes qu’elle impose, dans une activité où comme le disait Marcel Duchamp, « l’homme en tant que tel se manifeste comme véritable individu ». Cette exposition permettra de faire se rencontrer ces personnes, leurs familles et les professionnels qui les accompagnent. Elle favorisera aussi, dans une dynamique d’inclusion au cœur de la Cité, les échanges autour de ces singularités, de ces cheminements, autour de l’objet partagé que constitue l’Art.

OEUVRES ET SENS

Cette exposition est une œuvre en devenir, enrichie à chaque étape de nouvelles productions. Dynamique, ouverte, elle vient apporter le témoignage de ce que peuvent réaliser ces jeunes et adultes avec leurs difficultés et potentialités propres, pour peu que nous inventions avec eux les adaptations nécessaires à leur parcours singulier. La démarche est exigeante, faite de bienveillance, d’attentions, d’écoute, de respect mutuel, d’invention.

Ce sont les traces de ce processus personnalisé qui s’offrent aux regards, et chaque œuvre présentée est assortie d’un commentaire qui décrit le cheminement individuel et artistique de la personne.  L’un et l’autre sont ainsi rendus plus présents aux visiteurs, comme une invitation à s’interroger sur la et les singularités, sur ce qui fédère aussi les acteurs engagés dans une activité créatrice.

AMBITION PARTAGEE

Si l’association des familles des résidents du CTRN de Nonette, en relais des associations qui ont organisé cette exposition dans plusieurs villes, est à l’origine du projet, la volonté a été d’en faire un élément fédérateur pour un ensemble de structures et un territoire. L’Adapei 63, le Pôle de psychiatrie-Pass’Aje du Centre Hospitalier Universitaire en lien avec le Service Santé Universitaire et le Service Université Culture de l’Université Clermont Auvergne, le Centre Hospitalier Sainte-Marie sont ainsi engagés à ses côtés, faisant eux-aussi valoir les talents et compétences qu’ils promeuvent. Le Conseil départemental du Puy-de-Dôme a immédiatement apporté son soutien à ce projet et la mise à disposition de ce lieu unique et précieux qu’est la Chapelle des Cordeliers. Que l’Agence Régionale de Santé soit elle-aussi remerciée pour son appui, actif et pertinent.

La genèse et les acteurs : des lignes de vie et un parcours associatif

Mai 2015, Saragosse, Espagne (El Mundo en Singular)

Une première exposition de travaux réalisés par trois personnes Lucile, Martin et Carlos- qui sont à l’origine de l’idée de cette exposition itinérante- diagnostiquées de Troubles du Spectre Autistique, organisée par l’association TEADIR Aragon, association des pères, mères, familles et amis des personnes avec TSA.

Avril 2016, Venise, Italie (Il Mondo al Singulare)

Un deuxième opus, tout aussi réussi, proposé par la Fondation Martin Egge Onlus, qui se donne pour but d’accueillir le trouble de la relation à l’Autre présent chez les enfants atteints d’autisme, de syndrome d’Asperger et de syndrome d’altération globale du développement psychologique.

Septembre 2016, Tournai, Belgique (Le Monde au Singulier)

Une étape supplémentaire au Courtil, établissement spécialisé implanté en Belgique, afin de soutenir l’initiative de familles qui veulent faire entendre une autre voix de l’autisme et mettre en valeur l’inventivité créatrice de chacun pour répondre à la douleur d’exister de l’être.

Mai 2017, Lille, France (Le Monde au Singulier)

L’association La main à l’oreille s’associe à la démarche initiée par TEADIR Aragon et accueille l’exposition toujours « portée » par l’équipe espagnole constituée de Grazia, Pédro et Christina. L’ambition est la même, l’accent étant placé plus encore sur la rencontre et le lien avec le monde.

Juin 2017, Bruxelles, Belgique (Le Monde au Singulier)

La main à l’oreille Belgique poursuit le projet, toujours avec l’aide de l’équipe espagnole et avec la même volonté de créer des passerelles entre parents, amis et professionnels pour que se réalisent des projets concrets dans la Cité, au centre  Brueghel, où chacun puisse trouver sa place.

Février 2018, Ajaccio et Bastia, France

Septembre-Octobre 2018, Bordeaux, France (Le Monde au Singulier)

L’antenne Aquitaine de la Main à l’oreille s’empare à son tour de ce magnifique challenge, avec une exposition encore enrichie, toujours plus « professionnelle » et exigeante, avec une forte mobilisation de partenaires locaux. Nos amis espagnols sont toujours présents, actifs et engagés.

Octobre-Novembre 2019, Clermont-Ferrand 

Exposants

  • Les Compagnons de Nonette
  • Le Centre Thérapeutique et de Recherche de Nonette
  • Pôle de psychiatrie-Unité Pass’Aje du Centre Hospitalier Universitaire de Clermont-Ferrand, Service de Santé Universitaire et Service Université Culture de l’Université Clermont Auvergne : l’Atelier Hop’ART
  • Centre Hospitalier Sainte-Marie : atelier d’art thérapie A Te Lier – Atelier Linogravure
  • Adapei 63 : foyer de vie les Rivalières (ISSOIRE) et IME Chardonnet (Veyre-Monton)
  • Atelier d’artistes ZAOU

Partenaires et soutien

Collectivités :

  • Le Conseil départemental du Puy-de-Dôme, avec nos remerciements renouvelés pour la mise à disposition d’un magnifique espace culturel
  • La conseillère départementale du Canton de Brassac-les-mines
  • La Ville de Clermont-Ferrand, avec nos remerciements pour la mise à disposition d’une salle de spectacle
  • La commune de Nonette-Orsonnette

Institutions et organisations régionales :

  • L’Agence Régionale de Santé Auvergne-Rhône-Alpes
  • Le Rectorat de l’Académie de Clermont-Ferrand
  • La Direction Régionale des Affaires Culturelles Auvergne-Rhône-Alpes

Etablissements scolaires :

  • Le lycée La Fayette, Clermont-Ferrand, pour l’élaboration de différents supports de communication dans un cadre collaboratif avec trois classes de baccalauréat professionnel (communication audiovisuelle, production graphique, impression, et pour la mise à disposition d’un amphithéâtre

Associations :

  • TEAdir Aragon
  • La Main à l’Oreille
  • ZAOUM
  • Les Dauphins Sportifs
  • UFORCA
  • ACF Massif Central
  • RI 3
  • Cercle Psychanalytique du Centre
  • Festival Musiques Démesurées, avec la conception et la réalisation d’une bande sonore originale par l’équipe responsable du festival

Etablissements bancaires :

  • Le Crédit Mutuel

 

 

Publié dans Artistes, Chroniques et oeuvres des aRtistes de LaMàO, Dits Autistes, Expositions, Le monde au singulier | 1 commentaire

Première exposition solo de TRISTAN : Vernissage et mini-concert des HARRY’S le mardi 12 novembre 2019 de 18h à 21h à la Bouquinerie La Vague à l’Âme 32 rue des Couronnes 75020 PARIS

l'inventaire dessiné-2-1
Nous avons reçu de Julien Bancilhon l’invitation suivante que nous nous faisons un plaisir de relayer :

J’ai le plaisir de vous convier au vernissage de la première exposition solo de TRISTAN.

Le 12 novembre de 18h à 21h
À la Bouquinerie-Galerie La Vague à l’Âme, 32 rue des Couronnes (75020)

 

 

Certains d’entre vous l’ont sans doute entendu jouer sur scène avec son groupe LES HARRY’S, d’autres ont peut être écouté son émission RADIO TISTO (P-node / Radio Libertaire 89.4), certains ont pu découvrir une partie de son travail graphique aux expositions de l’association ZIGZAG COLOR et d’autres enfin l’ont peut être croisé dans les différents événements organisés par le journal LE PAPOTIN.

3842_004 (2)

Tristan a aujourd’hui 17 ans et depuis de nombreuses années, il dessine en s’inspirant autant du monde de la BD que de la publicité ou du cinéma. Tristan détourne, s’inspire, substitue, parodie, reproduit, classe par séries, surtitre ses dessins, les traduits, les numérote, y ajoute des slogans, et, par-dessus tout, Tristan inventorie. Son trait est tantôt brut, tantôt à mi-chemin entre le pop art et l’illustration, toujours avec un petit quelque chose de malicieusement naïf.

Seront présentées ici des œuvres récentes où domine sa tendance à inventorier le monde, des objets insolites par leurs banalités doublées d’une incongruité propre aux imagiers de notre enfance.

Au plaisir de vous y voir !
Julien

3842_003 rogné
Publié dans Artistes, Expositions | 1 commentaire

Chronique de Joël : Étude typologique

Étude typologique de certains Disnerds (autrement dit fans de Disney)
Critique auto-proclamée

Dans mon étude typologique des fans de Disney, je serai assisté par la Princesse Disney la plus appréciée – non non, ce n’est pas Elsa, ni Ana, ni Belle, … mais une princesse à qui on s’adresse volontiers pour poser des questions… vous devinez ? …
RAIPONCE, évidemment! Qui a une fâcheuse tendance à un peu approuver ce que je dis !
Résultats de mon étude

On va commencer par Monsieur Hautain

Son gimmick (autrement dit là où on le reconnaît Hulk contre Armagedon là ça passe mieuxautomatiquement parmi d’autres) c’est des propos qui s’entendent comme: « wouinheeu, Dreamworks c’est nul, parce que ça parodie Disney, chuis pas ouvert à l’humour moi ». Ou encore « wouais, mon opinion elle est toujours objective ! » Sans oublier « moi, j’aime pas cette actrice, parce qu’elle détruit l’image que j’avais
du personnage quand j’étais petit. »
Son humour, je l’entends comme ça : « si tu rigoles pas à mes blagues, j’te bute! » (genre voix grave et menaçante ! un peu une voix démoniaque). En revanche, je vous le conseille pour connaître le monde d’un jeu vidéo qui s’appelle Kingdom Hearts!

Monsieur Il-fé-mal-o-oreilles-dé-keu-il-ouvre-la-bouche

Red Hulk contre Thor
Lui a le gimmick de Monsieur Hautain, sauf qu’avec encore plus de mépris. Certains, nombreux, l’ont déjà critiqué. Ce gars, j’ai même pas envie d’aller voir sa critique sur Kingdom Hearts tellement son ton m’insupporte ! Je garde un très mauvais souvenir de sa websérie, où, voyageant dans des mondes, qu’ils soient représentés par l’une ou l’autre maison de production, il passe son temps à critiquer ces dits-mondes. Ce qui m’a fait le détester, c’est qu’il laisse entendre qu’à part Disney, y’a que les sociétés maléfiques qui détruisent tout ce qu’elles touchent ! Autrement dit : à part Disney, y’a rien de bien! Vous comprendrez que pour un fan comme moi, ouvert à beaucoup de mondes, c’est assez inentendable.

Monsieur « Le Hater-de-Jack-Frost »
Elsa n'apprecie pas du tout ce fanLà, il s’agit d’un « deviant-artiste ». C’est-à-dire qu’il publie sur DeviantArt toute une série de montages. En effet, pour ceux qui ne connaissent pas, DeviantArt est une plate-forme où l’on peut déposer dessins, montages, bref, des créations, dans lesquelles les internautes s’inspirent de personnages et d’univers plus ou moins connus.
Monsieur « Le Hater-de-Jack-Frost » méprise carrément, à un niveau inimaginable, ce personnage, mais aussi les sociétés d’animation Dreamworks, Warner… Bon, à ce stade, j’ai arrêté de regarder parce que j’étais vraiment choqué ! Par exemple, il a vertement critiqué les créateurs de « Jelsa » (c’est-à-dire du couple Elsa de la Reine des
neiges et Jack Frost des 5 Légendes, qui partagent le même pouvoir de glace). Moi j’avais trouvé ça génial, car ça montrait que Dreamworks (Jack Frost) et Disney (Elsa)
peuvent s’entendre!!!
Quand j’étais plus jeune, j’étais un fan obsessionnel de Genormica. Avec le temps, j’ai gagné en esprit critique (ce qui dérange les complotistes… LOL) et j’accepte que les
autres aient des goûts différents. Mais faut juste pas m’imposer une opinion comme seule vraie bonne opinion.
L’esprit critique, c’est quelque chose d’essentiel à développer ! D’ailleurs je ne suis pas le seul car on trouve aussi sur youtube toute une catégorie de fans, les pacifiques, les tolérants, les Disnerds sains d’esprit quoi ! Au pif, je dirais qu’ils représentent 80 à 85% des fans de Disney. Et puis il
y a encore tous les fans que l’on peut croiser dans le monde réel, qui sont eux aussi humbles et pacifiques. 100pseudo est l’un d’entre eux, mais aussi « Prince » et
« Princesse » (leur pseudo), des successeurs de Disney, et surtout, quelqu’un que l’on connaît à peu près tous sur LaMao: Owen Suskind. Tous ceux-là sont, pour moi, des Disnerds tolérants. Vous leur dîtes juste que vous n’êtes pas d’accord avec eux, ils comprennent, ils acceptent. Ils peuvent rire d’eux-mêmes autant que des autres. S’ils n’aiment pas certains films d’animation, Schrek par exemple, eh bien ils en parlent posément. Ils n’ont pas besoin de faire passer leur ego avant tout le reste.
TRADUCTION
Mais j’aime croire qu’ils agissent de la sorte grâce à un personnage de Dreamworks dont tous les vrais fans de Disney et la reine des neiges en ont assez.

Publié dans Les chroniques de Joël, Non classé | Tagué | 1 commentaire

Hommage de Enzo Schott à Notre-Dame

Notre merveilleux Enzo Schott, artiste autiste et membre très actif de La Main à l’Oreille rend hommage à Notre-Dame de Paris que nous pensions éternelle.

Grace aux regards des écrivains, des poètes et des artistes, elle sera toujours là, malgré les années, malgré les guerres, malgré les flammes.

Merci infiniment Enzo !

57395703_1263227153802015_6206299700602077184_n

Notre-Dame de Paris en mousse

Publié dans Actualités, Non classé | Tagué , , ,

Nouvelle chronique de Joël : Les cyberharcelleurs.

Fans déçus, cyberharcelleurs, Social Justice Warrior… de quoi s’agit-il dans tout ça? 01

Ou: pourquoi je suis d’accord avec certains fans à propos de Starwars 7 et 8?

A force de surfer sur youtube, je constate qu’il y a une différence entre deux types de personnes : Les fans déçus, dont moi, et les cyberharcelleurs, ce que je ne serai jamais!

Les fans déçus, eux, disent juste leur avis, pas plus. Ils ne s’en prennent pas aux gens qui ne partagent pas le même avis qu’eux. Et leur avis peut changer, ils ne sont pas bornés si on débat avec eux.

Les cyberharcelleurs, eux, se saisissent de la 1ère occasion pour attaquer, sur les réseaux sociaux, les autres fans, ou encore les acteurs des films qu’ils n’aiment pas. Ils parlent de manière insultante, sont parfois racistes, misogynes, homophobes, bref, toute forme de ségrégation qui vous font permettre foi en l’humanité.

Dernièrement, j’ai vu la vidéo d’un gars dont je ne citerai pas le nom, qui généralise et confond les cyberharcelleurs et les fans déçus. Les fans déçus, comme moi, qui n’ont par exemple juste pas aimé la morale de (bip) de Starwars 8! Pour moi, cette morale, c’est: les anciens ne sont bons qu’à mourir, il n’y a que les jeunes de bons. Je ne partage pas cet avis, mais vraiment pas dutout! Et aussi, l’héroïne n’a que des qualités et aucun défaut. Moi je n’aime pas ça car du coup, elle n’a plus rien d’humain! On peut pas dire ça d’Elsa, dans un court-métrage inspiré de La Reine des Neiges,

02

qui  a  l’alcool  facile….  C’est  le  moins  qu’on  puisse  dire… LOL

03

 

 

 

 

 

 

Moi, je suis plutôt d’accord avec les anciens fans de Starwars, qui s’intéressent aussi bien à la prélogie qu’à la trilogie originale de l’histoire de Starwars, les films qui ont précédé Starwars 7 et 8. Moi, pour mes raisons à moi, j’aime Rogue One, sorti en 2016. C’est un spin-off (c’est-à-dire un film dérivé) de l’histoire des films Stars Wars. J’aime particulièrement cette scène où le robot prend une grenade et la balance avec désinvolture sur les Stormtrooper.

Préoccupé par cette confusion entre fans déçus et cyberhacelleurs, j’ai exploré cet été un autre type de personnes qu’on peut lire sur internet et qu’on appelle « Social Justice Warrior ». Wikipedia nous dit qu’à la fin du XXè siècle, ce terme désignait simplement des défenseurs de certaines causes sociales progressistes (féminisme, multiculturalisme, etc). Et que c’est au tournant des années 2010, quand le terme est apparu sur Twitter, qu’il a pris une autre connotation, c’est-à-dire péjorative. Désormais, « Social Justice Warrior » désignerait plutôt l’extrémisme.

Je me suis fait alors cette réflexion: c’est dans le passage sur les réseaux sociaux, ou plus généralement sur internet, autrement dit le passage du monde réel au monde virtuel (réseaux sociaux etc) que les propos des gens glissent vers l’excès, l’extrémisme !

Joël

Publié dans Non classé

L’atout geek des jeunes autistes

L’association Le Nom Lieu propose à des jeunes souffrant de troubles psychiques de développer leurs passions pour l’informatique, Internet ou les jeux vidéo.

competences-numeriques-certains-autistes-peuvent-faciliter-lacces-lemploi_0_728_486.jpg

Les compétences numériques de certains autistes peuvent faciliter l’accès à l’emploi. / Osman Pek/stock.adobe.com

Un samedi matin, sous les voûtes du Node, trois jeunes pianotent devant des écrans, suivant les conseils d’adultes assis à leurs côtés. A priori, rien d’extraordinaire dans cet espace de coworking du centre de Bordeaux, géré par Aquinum, une fédération régionale de professionnels du numérique. Sauf que ces trois geeks ne sont pas des startupers et travailleurs indépendants du Web qui fréquentent habituellement l’endroit : ils souffrent de troubles psychiques et participent à des ateliers pratiques animés par Le Nom Lieu. L’un d’eux, Théo Lamcilak, est autiste. Ce garçon de 17 ans participe à la refonte du site Web de cette association bordelaise.

« Théo a plein d’idées, comme créer un forum pour les adhérents et une partie avec des annonces de stages ou d’emplois », explique Marc Langlois, cofondateur du Nom Lieu. « Le deal, c’est qu’on fasse le site ensemble et qu’en échange on mobilise des moyens pour qu’il puisse acheter du matériel informatique » : un ordinateur puissant, avec une bonne carte graphique pour créer des jeux vidéo, la passion de Théo depuis son plus jeune âge.

« Ici, on s’intéresse à ce que je dis »

« Je jouais à Pokémon, à l’école maternelle, et comme il y a beaucoup de textes, j’ai appris à lire avec ma Game Boy avant d’entrer en CP », souligne le jeune homme. Il a quitté l’école en 3e, « car il n’y avait pas de formation en programmation informatique au lycée et pas de passage direct possible » vers des filières adaptées, justifie Théo. Il a été orienté vers Le Nom Lieu par son psychologue, qu’il voyait depuis sa sortie du système scolaire, il y a deux ans. Cependant, « Théo n’en voyait pas l’intérêt, il apprenait tout sur Internet, ajoute Violette Aymé, étudiante en psychologie et cofondatrice du Nom Lieu. Mais du coup il ne voyait plus personne, restait cloîtré chez lui et s’alimentait de moins en moins. »

Selon la jeune femme, les ateliers de l’association, ouverts les mercredis et samedis matin, « font moins peur aux jeunes qui évitent les lieux de soin ». « « Ici on est bien parce qu’on s’intéresse à ce que je dis », affirment-ils souvent. « Ils savent qu’ils peuvent nous parler de choses qui les envahissent, comme des lubies pour tel site Internet ou tel jeu vidéo, dont leur entourage se fiche », ajoute Violette Aymé.

Se pacifier grâce au numérique

Au Node, Raphaël Fernandes apprend, par exemple, à coder avec un développeur pro de jeux, mis à sa disposition par Le Nom Lieu pour créer un niveau supplémentaire à Undertale (jeu à la licence ouverte, que les fans peuvent librement modifier), et « se tester », lui qui n’a pas n’a pu accomplir son rêve : entrer dans une école de jeux vidéo. « Il était très mal », estime Gilles Mouillac, troisième cofondateur du Nom Lieu. « Ce qui l’a sauvé, c’est Undertale, et plus précisément la capacité des personnages à désarmer les monstres et dialoguer avec eux », car il favorise les joueurs qui résolvent pacifiquement les conflits.

Pour Gilles Mouillac, psychologue clinicien, « beaucoup de jeunes se pacifient et trouvent leur place dans le monde grâce aux usages numériques », en « chattant » (bavarder en ligne) sur les forums, par exemple. Pourtant, estime-t-il, « les institutions de soins ne savaient pas y faire avec ces pratiques des jeunes, alors que cela peut être une solution à leurs problèmes. Et les lieux d’apprentissage ne sont pas adaptés pour accueillir des personnes avec des troubles psychologiques ». C’est pourquoi « la création du Nom Lieu, en 2016, tentait de répondre à ce double vide institutionnel pour les jeunes adultes entre 15 et 25 ans ».

« Les autistes ont un œil très affûté »

Le numérique peut aussi être une opportunité pour trouver du travail, ajoute le psychologue : « Comme Théo, beaucoup de jeunes ont quitté l’école très tôt, et se sont formés tout seuls sur le tas. Ils ont de vraies compétences, largement sous-exploitées. Il ne leur manque qu’un fil directeur. On essaye de l’attraper avec eux. »

Aristide-Boude-droite-Girondin-19-atteint-dautisme-sadonne-peinture-comme-icison-Olivier_1_729_547

Aristide Boudé (à droite), un Girondin de 19 ans atteint d’autisme, s’adonne à la peinture, comme ici avec son père Olivier. / Simon Barthélémy

Quelques jours plus tôt, Marc Langlois nous accueillait dans une exposition montée à Bordeaux par La main à l’oreille (voir plus bas), une autre association dont s’occupe ce papa d’un garçon autiste. Intitulée « Le monde au singulier », elle présentait des œuvres d’une trentaine de jeunes autistes. Le cofondateur du Nom Lieu s’arrêtait devant les toiles de Jean-Sébastien Calmels, des paysages routiers remplis de panneaux et de feux tricolores : « Les autistes ont un œil très affûté pour voir les détails, ils ne supportent pas les incohérences, et Jean-Sébastien sait repérer celles du Code de la route. »

C’est aussi au Nom Lieu qu’Aristide Boudé a réalisé un story-board à partir de ses dessins sur les animaux d’Afrique. Ce jeune Girondin de 19 ans en a écrit l’histoire, composé la musique, et tourné un film, intitulé L’Aventure africaine, projeté lors du « Monde au singulier » avec d’autres créations d’Aristide, notamment des autoportraits, dessinés lors d’un séjour difficile en hôpital psychiatrique, et un tableau peint à quatre mains avec son père Olivier.

Changer ses obsessions en connaissances

« Il a envie de montrer ce qu’il fait, c’est nouveau », se réjouit Bérengère, sa maman, lorsque nous rendons visite à la famille Boudé. S’il est plutôt taiseux derrière ses longs cheveux, Aristide nous ouvre volontiers un grand cahier, rempli de dessins de dragons et d’animaux mythologiques. « La méduse a le pouvoir de pétrifier quelqu’un en le changeant en pierre », explique le tout jeune homme, fasciné par l’apparence et les noms exotiques – hippogriffe, satire, manticore… – de ces créatures.

« Quand il s’empare d’un sujet, il va au fond des choses », avec force recherches sur Internet, relève Olivier. « Partir de ses obsessions permet aussi d’arriver aux mêmes connaissances que les enfants ont acquises avec d’autres façons », poursuit-il, comme, par exemple, connaître les écosystèmes ou les pays dans lesquels vivent les animaux d’Afrique… Car Aristide n’est jamais allé à l’école. « Même à la maternelle, on n’en voulait pas », indique Bérengère qui lui fait la classe à la maison. Aujourd’hui, Aristide va à l’hôpital de jour. Et ses parents, plutôt méfiants envers les institutions, ont trouvé dans La main à l’oreille et Le Nom Lieu des relais importants.

——————————————-

Faire entendre une autre voix sur l’autisme

POURQUOI ?

Victimes de troubles du surdéveloppement, apparaissant lors de la petite enfance, les personnes autistes (700 000 diagnostiquées en France) manifestent des anomalies comme l’intolérance au changement, ou des comportements répétitifs. Reconnu comme un handicap social depuis 1996, « l’autisme n’est pas systématiquement associé à un retard intellectuel », souligne l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

COMMENT ?

Le gouvernement a présenté, en avril 2018, sa stratégie nationale pour l’autisme autour de cinq engagements, dont ceux de « soutenir les familles et reconnaître leur expertise » et de soutenir l’insertion des autistes dans la cité. Des enjeux autour desquels s’est fondée, en 2012, La main à l’oreille, pour « faire entendre une autre voix » sur l’autisme. Forte de 350 adhérents, cette association organise des cafés pour faire se rencontrer les parents, et d’autres réservés à leurs ados autistes.

ET VOUS ?

Pour connaître ou s’engager dans les structures gravitant autour de l’autisme, du diagnostic à l’accompagnement des familles, il est bon de consulter les centres de ressources autisme (CRA). Une structure récente, la Fédération étudiante pour une dynamique études et emploi avec un handicap (Fédéeh), propose aux étudiants d’agir bénévolement pour aider aux études et à l’insertion professionnelle des jeunes handicapés. Enfin, plusieurs pétitions circulent pour que chaque enfant qui en a besoin puisse bénéficier d’un ou d’une AVS (assistant ou assistante de vie scolaire), ou pour soutenir des lieux d’accueil menacés de fermeture, comme récemment la FuturoSchool, école de l’association Vaincre l’autisme, à Paris.

Simon Barthélémy, correspondant régional à Bordeaux (Gironde)
Publié dans Actualités, Non classé | Tagué , , ,

Le tour du « Monde au singulier » explore les créations de jeunes autistes

Formidable exposition itinérante, « Le Monde au singulier » fait escale à l’Espace Saint-Rémi à Bordeaux. Initiée par l’association TEAdir-Aragon et sa cousine française la Main à l’oreille, elle présente pour la première fois le travail d’une trentaine de jeunes autistes – y compris girondins, dont Aristide Boudé, que Rue89 Bordeaux a rencontré.

Le guépard Flocon se dresse contre les créatures de la terre flamboyante pour défendre les siens, dévorant un rhinocéros, ou défiant un lion. De ses nombreux croquis et recherches sur les animaux de la savane africaine, Aristide Boudé a fait un storyboard. Puis ce jeune homme de 19 ans a ajouté sa propre musique, composée sur tablette, et sa voix pour raconter l’ « Aventure africaine ».

Ce film est présenté actuellement à l’espace Saint-Rémi, avec les œuvres d’une trentaine de jeunes autistes français, belges, italiens et espagnols. L’exposition itinérante « Un monde singulier », créée en 2015 à Saragosse par l’association TEAdir-Aragon (TEA pour troubles du spectre autistique), a fait un petit tour d’Europe, collectant à chaque étape les créations d’artistes locaux.

Seul moyen de liberté

L’étape de Bordeaux a été montée avec La Main à l’oreille, association de parents conçue selon son cofondateur Marc Langlois « pour écouter ce que les autistes ont à nous dire », notamment à travers les pratiques artistiques. Et l’espace Saint-Rémi recèle des pépites d’art brut – au sens où chaque jeune qui expose ici, « crée spontanément et intuitivement, indépendamment des critères esthétiques conventionnels, pour mettre de l’ordre dans la réalité, construire ses propres connaissances ou pour montrer ses propres mondes intérieurs ».

On peut ainsi découvrir les incroyables personnages dessinés au Bic par Lucile Notin-Bourdeau – au rythme de 50 à 200 images par jour ! –, les sculptures en fil de fer d’Alessandro Menegazzi… Et voir des fenêtres s’ouvrir sur leurs angoisses : celle d’Etienne Guaquière pour les manèges de parc d’attractions, reconstitués dans ses collages, ou celle d’Enzo Schott pour les inondations.

lucile-630x807

Lucile Notin-Bourdeau

Parmi les artistes girondins, citons les peintures très « picassiennes » d’Antsa, créées à la Demi-Lune, l’hôpital de jour de Villenave-d’Ornon ; les complexes constructions Lego d’Adam (9 ans), accueilli au Jardin d’enfants de Bellefonds, à Artigues, ou encore les dessins de Louis Magister, qu’on croirait échappés d’un manga.

« Il dit du dessin que c’est son seul moyen de liberté et d’expression qui l’apaise et met son imagination en arborescence », indique le panneau présentant ce garçon hyperactif, actuellement au centre Montalier (Saint-Selve).

« Même à la maternelle, on n’en voulait pas »

Pour certains autistes qui ne parlent pas, la peinture et le dessin sont même les seuls modes de communication avec le monde extérieur. Aristide a quant à lui déployé plusieurs formes d’expressions, et une salle de l’espace Saint-Rémi est consacrée à son travail : autoportraits tourmentés dessinés lors de sa période à Séglas, une unité de l’hôpital psychiatrique de Cadillac où il a passé 9 mois très difficiles ; scènes de Jurassic Park recomposées avec des Playmobils, puis photographiées ; ou encore un tableau peint à quatre mains avec son père Olivier (dont plusieurs toiles sont aussi exposées), et dans lequel un loup-garou menace une madone, protégée par d’autres êtres fantastiques.

« Notre famille baigne dans un univers artistique, et c’était évident que ces outils allaient nous servir, explique Bérengère, la maman d’Aristide. J’ai moi-même une formation de styliste, je fais de la couture et du graphisme. Tout petit, Aristide avait un intérêt pour les dinosaures. Alors on a fait des masques, des costumes… Tout était prétexte à développer sa motricité, son autonomie, son intérêt… C’est un mode d’échange et de communication entre nous. »

Car Aristide n’est jamais allé à l’école – « Même à la maternelle, on n’en voulait pas », souligne sa mère.

« Dans son parcours, il n’a fait que de l’hôpital de jour. Je lui faisais la classe à la maison. A l’école, de toutes façons, il y a du bruit, du monde, la nécessité de rendre des choses. C’était trop compliqué. »

Bérengère a dû renoncer à sa carrière pour s’occuper de son fils – elle travaille actuellement 10 heures par semaine dans un magasin, « mais 5 fois plus à la maison », sourit-elle.

« Sans regret : il fallait donner du temps mais pour moi c’était évident et naturel. C’est une vie créative riche qui ouvre d’autres champs. On s’attache beaucoup aux détails, on s’attarde sur des petites choses. Quand on se promène dans les bois, on ne voit pas la forêt, on voit chaque arbre. C’est ça, l’autisme. »

Aller au fond des choses

Partir des intérêts obsessionnels de jeunes autistes comme « Aris » – « où vivent les animaux d’Afrique ? dans quels écosystèmes ? et quels pays du continent ? » –, cela permet « d’arriver aux connaissances qu’on acquis les enfants d’autres façons », considère Olivier.

Et il relève que quand son fils s’empare d’un sujet, « il va au fond des choses ». Ainsi, grâce à sa tablette, Aristide s’est par exemple initié à la musique, et a acquis une connaissance encyclopédique des animaux mythologiques qu’il aime dessiner.

« La méduse a le pouvoir de pétrifier quelqu’un en le changeant en pierre, explique-t-il. J’aime le physique des personnages. »

Le jour de notre visite dans la maison familiale des Boudé, à Léognan, Aristide nous présente un de ses grands cahiers, page par page. Le grand garçon y a reproduit des créatures inquiétantes aux noms exotiques – hippogriffe, satire, manticore…

Mais sa nouvelle passion c’est les dragons : il a imaginé sept familles – les rokailleux, les marins, les traqueurs… -, composée chacune de plusieurs espèces aux noms poétiques – le bélier muské, le pognon trancheur, l’urgazolus… –, des plus sympathiques aux « très dangereux ».

Les yeux planqués sous ses longs cheveux, Aristide est en revanche plutôt taiseux lorsqu’on parle de lui. Mais Bérengère et Olivier nous informent qu’il est rarement aussi avenant avec une personne inconnue, et peut s’enfermer dans sa chambre s’il y a du monde.

« Il a envie de montrer ce qu’il fait, indique Bérengère. Il a participé l’an dernier à une restitution, et cela lui a bien plu d’attirer l’attention. C’est nouveau. »

Le Nom lieu

Son film, « l’Aventure africaine », a en effet été présenté au Rocher de Palmer avec d’autres créations du Nom Lieu, également fondée par Marc Langlois (par ailleurs co-président d’Aquinum, structure fédérant des professionnels du numérique en Aquitaine). C’est une émanation de la Main à l’oreille, la première association à laquelle les Boudé, plutôt méfiants envers les institutions, on rejoint il y a 4 ans – « Pour son état d’esprit ouvert sur la créativité, loin de ce qu’on avait croisé jusqu’ici de larmoyant », souffle Bérengère.

« Nous voulons faire entendre une autre voie sur l’autisme, expose Marc Langlois. Les personnes atteintes par un TSA sont aussi des êtres humains, et nous voulons défendre leur place dans la cité. »

Il évoque ainsi ces enfants autistes rejetés des squares par des parents prenant peur pour leurs rejetons, ou simplement le droit pour les ados de sortir entre eux, sans autre chaperon qu’un jeune accompagnateur de l’asso. Le Nom Lieu a une autre ambition : transformer les talents des autistes en compétences professionnelles valorisantes.

A l’espace Saint-Rémi, Marc Langlois nous montre ainsi les paysages de Jean-Sébastien Calmels, exclusivement faits de panneaux routiers.

« Il sait repérer les incohérences du code de la route, et j’aimerais le mettre en contact avec une start-up bordelaise qui travaille précisément là dessus. Les autistes ont un œil très affuté pour voir les détails, et ne supportent pas les incohérences. C’est pourquoi des entreprises informatiques américaines embauchent des autistes pour repérer les erreurs dans les lignes de code. »

Le Monde au Singulier a peut-être d’ores et déjà ouvert des portes à certains de ses exposants, dont des visiteurs ont (ou veulent) acheter des toiles. L’exposition est visible jusqu’au 6 octobre prochain, l’entrée libre.

 

Adresse de l’article d’origine sur Rue89 Bordeaux.com

Publié dans Le monde au singulier, Non classé | Tagué ,