Chronique de Joël : Étude typologique

Étude typologique de certains Disnerds (autrement dit fans de Disney)
Critique auto-proclamée

Dans mon étude typologique des fans de Disney, je serai assisté par la Princesse Disney la plus appréciée – non non, ce n’est pas Elsa, ni Ana, ni Belle, … mais une princesse à qui on s’adresse volontiers pour poser des questions… vous devinez ? …
RAIPONCE, évidemment! Qui a une fâcheuse tendance à un peu approuver ce que je dis !
Résultats de mon étude

On va commencer par Monsieur Hautain

Son gimmick (autrement dit là où on le reconnaît Hulk contre Armagedon là ça passe mieuxautomatiquement parmi d’autres) c’est des propos qui s’entendent comme: « wouinheeu, Dreamworks c’est nul, parce que ça parodie Disney, chuis pas ouvert à l’humour moi ». Ou encore « wouais, mon opinion elle est toujours objective ! » Sans oublier « moi, j’aime pas cette actrice, parce qu’elle détruit l’image que j’avais
du personnage quand j’étais petit. »
Son humour, je l’entends comme ça : « si tu rigoles pas à mes blagues, j’te bute! » (genre voix grave et menaçante ! un peu une voix démoniaque). En revanche, je vous le conseille pour connaître le monde d’un jeu vidéo qui s’appelle Kingdom Hearts!

Monsieur Il-fé-mal-o-oreilles-dé-keu-il-ouvre-la-bouche

Red Hulk contre Thor
Lui a le gimmick de Monsieur Hautain, sauf qu’avec encore plus de mépris. Certains, nombreux, l’ont déjà critiqué. Ce gars, j’ai même pas envie d’aller voir sa critique sur Kingdom Hearts tellement son ton m’insupporte ! Je garde un très mauvais souvenir de sa websérie, où, voyageant dans des mondes, qu’ils soient représentés par l’une ou l’autre maison de production, il passe son temps à critiquer ces dits-mondes. Ce qui m’a fait le détester, c’est qu’il laisse entendre qu’à part Disney, y’a que les sociétés maléfiques qui détruisent tout ce qu’elles touchent ! Autrement dit : à part Disney, y’a rien de bien! Vous comprendrez que pour un fan comme moi, ouvert à beaucoup de mondes, c’est assez inentendable.

Monsieur « Le Hater-de-Jack-Frost »
Elsa n'apprecie pas du tout ce fanLà, il s’agit d’un « deviant-artiste ». C’est-à-dire qu’il publie sur DeviantArt toute une série de montages. En effet, pour ceux qui ne connaissent pas, DeviantArt est une plate-forme où l’on peut déposer dessins, montages, bref, des créations, dans lesquelles les internautes s’inspirent de personnages et d’univers plus ou moins connus.
Monsieur « Le Hater-de-Jack-Frost » méprise carrément, à un niveau inimaginable, ce personnage, mais aussi les sociétés d’animation Dreamworks, Warner… Bon, à ce stade, j’ai arrêté de regarder parce que j’étais vraiment choqué ! Par exemple, il a vertement critiqué les créateurs de « Jelsa » (c’est-à-dire du couple Elsa de la Reine des
neiges et Jack Frost des 5 Légendes, qui partagent le même pouvoir de glace). Moi j’avais trouvé ça génial, car ça montrait que Dreamworks (Jack Frost) et Disney (Elsa)
peuvent s’entendre!!!
Quand j’étais plus jeune, j’étais un fan obsessionnel de Genormica. Avec le temps, j’ai gagné en esprit critique (ce qui dérange les complotistes… LOL) et j’accepte que les
autres aient des goûts différents. Mais faut juste pas m’imposer une opinion comme seule vraie bonne opinion.
L’esprit critique, c’est quelque chose d’essentiel à développer ! D’ailleurs je ne suis pas le seul car on trouve aussi sur youtube toute une catégorie de fans, les pacifiques, les tolérants, les Disnerds sains d’esprit quoi ! Au pif, je dirais qu’ils représentent 80 à 85% des fans de Disney. Et puis il
y a encore tous les fans que l’on peut croiser dans le monde réel, qui sont eux aussi humbles et pacifiques. 100pseudo est l’un d’entre eux, mais aussi « Prince » et
« Princesse » (leur pseudo), des successeurs de Disney, et surtout, quelqu’un que l’on connaît à peu près tous sur LaMao: Owen Suskind. Tous ceux-là sont, pour moi, des Disnerds tolérants. Vous leur dîtes juste que vous n’êtes pas d’accord avec eux, ils comprennent, ils acceptent. Ils peuvent rire d’eux-mêmes autant que des autres. S’ils n’aiment pas certains films d’animation, Schrek par exemple, eh bien ils en parlent posément. Ils n’ont pas besoin de faire passer leur ego avant tout le reste.
TRADUCTION
Mais j’aime croire qu’ils agissent de la sorte grâce à un personnage de Dreamworks dont tous les vrais fans de Disney et la reine des neiges en ont assez.

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Hommage de Enzo Schott à Notre-Dame

Notre merveilleux Enzo Schott, artiste autiste et membre très actif de La Main à l’Oreille rend hommage à Notre-Dame de Paris que nous pensions éternelle.

Grace aux regards des écrivains, des poètes et des artistes, elle sera toujours là, malgré les années, malgré les guerres, malgré les flammes.

Merci infiniment Enzo !

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Notre-Dame de Paris en mousse

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Nouvelle chronique de Joël : Les cyberharcelleurs.

Fans déçus, cyberharcelleurs, Social Justice Warrior… de quoi s’agit-il dans tout ça? 01

Ou: pourquoi je suis d’accord avec certains fans à propos de Starwars 7 et 8?

A force de surfer sur youtube, je constate qu’il y a une différence entre deux types de personnes : Les fans déçus, dont moi, et les cyberharcelleurs, ce que je ne serai jamais!

Les fans déçus, eux, disent juste leur avis, pas plus. Ils ne s’en prennent pas aux gens qui ne partagent pas le même avis qu’eux. Et leur avis peut changer, ils ne sont pas bornés si on débat avec eux.

Les cyberharcelleurs, eux, se saisissent de la 1ère occasion pour attaquer, sur les réseaux sociaux, les autres fans, ou encore les acteurs des films qu’ils n’aiment pas. Ils parlent de manière insultante, sont parfois racistes, misogynes, homophobes, bref, toute forme de ségrégation qui vous font permettre foi en l’humanité.

Dernièrement, j’ai vu la vidéo d’un gars dont je ne citerai pas le nom, qui généralise et confond les cyberharcelleurs et les fans déçus. Les fans déçus, comme moi, qui n’ont par exemple juste pas aimé la morale de (bip) de Starwars 8! Pour moi, cette morale, c’est: les anciens ne sont bons qu’à mourir, il n’y a que les jeunes de bons. Je ne partage pas cet avis, mais vraiment pas dutout! Et aussi, l’héroïne n’a que des qualités et aucun défaut. Moi je n’aime pas ça car du coup, elle n’a plus rien d’humain! On peut pas dire ça d’Elsa, dans un court-métrage inspiré de La Reine des Neiges,

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qui  a  l’alcool  facile….  C’est  le  moins  qu’on  puisse  dire… LOL

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Moi, je suis plutôt d’accord avec les anciens fans de Starwars, qui s’intéressent aussi bien à la prélogie qu’à la trilogie originale de l’histoire de Starwars, les films qui ont précédé Starwars 7 et 8. Moi, pour mes raisons à moi, j’aime Rogue One, sorti en 2016. C’est un spin-off (c’est-à-dire un film dérivé) de l’histoire des films Stars Wars. J’aime particulièrement cette scène où le robot prend une grenade et la balance avec désinvolture sur les Stormtrooper.

Préoccupé par cette confusion entre fans déçus et cyberhacelleurs, j’ai exploré cet été un autre type de personnes qu’on peut lire sur internet et qu’on appelle « Social Justice Warrior ». Wikipedia nous dit qu’à la fin du XXè siècle, ce terme désignait simplement des défenseurs de certaines causes sociales progressistes (féminisme, multiculturalisme, etc). Et que c’est au tournant des années 2010, quand le terme est apparu sur Twitter, qu’il a pris une autre connotation, c’est-à-dire péjorative. Désormais, « Social Justice Warrior » désignerait plutôt l’extrémisme.

Je me suis fait alors cette réflexion: c’est dans le passage sur les réseaux sociaux, ou plus généralement sur internet, autrement dit le passage du monde réel au monde virtuel (réseaux sociaux etc) que les propos des gens glissent vers l’excès, l’extrémisme !

Joël

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L’atout geek des jeunes autistes

L’association Le Nom Lieu propose à des jeunes souffrant de troubles psychiques de développer leurs passions pour l’informatique, Internet ou les jeux vidéo.

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Les compétences numériques de certains autistes peuvent faciliter l’accès à l’emploi. / Osman Pek/stock.adobe.com

Un samedi matin, sous les voûtes du Node, trois jeunes pianotent devant des écrans, suivant les conseils d’adultes assis à leurs côtés. A priori, rien d’extraordinaire dans cet espace de coworking du centre de Bordeaux, géré par Aquinum, une fédération régionale de professionnels du numérique. Sauf que ces trois geeks ne sont pas des startupers et travailleurs indépendants du Web qui fréquentent habituellement l’endroit : ils souffrent de troubles psychiques et participent à des ateliers pratiques animés par Le Nom Lieu. L’un d’eux, Théo Lamcilak, est autiste. Ce garçon de 17 ans participe à la refonte du site Web de cette association bordelaise.

« Théo a plein d’idées, comme créer un forum pour les adhérents et une partie avec des annonces de stages ou d’emplois », explique Marc Langlois, cofondateur du Nom Lieu. « Le deal, c’est qu’on fasse le site ensemble et qu’en échange on mobilise des moyens pour qu’il puisse acheter du matériel informatique » : un ordinateur puissant, avec une bonne carte graphique pour créer des jeux vidéo, la passion de Théo depuis son plus jeune âge.

« Ici, on s’intéresse à ce que je dis »

« Je jouais à Pokémon, à l’école maternelle, et comme il y a beaucoup de textes, j’ai appris à lire avec ma Game Boy avant d’entrer en CP », souligne le jeune homme. Il a quitté l’école en 3e, « car il n’y avait pas de formation en programmation informatique au lycée et pas de passage direct possible » vers des filières adaptées, justifie Théo. Il a été orienté vers Le Nom Lieu par son psychologue, qu’il voyait depuis sa sortie du système scolaire, il y a deux ans. Cependant, « Théo n’en voyait pas l’intérêt, il apprenait tout sur Internet, ajoute Violette Aymé, étudiante en psychologie et cofondatrice du Nom Lieu. Mais du coup il ne voyait plus personne, restait cloîtré chez lui et s’alimentait de moins en moins. »

Selon la jeune femme, les ateliers de l’association, ouverts les mercredis et samedis matin, « font moins peur aux jeunes qui évitent les lieux de soin ». « « Ici on est bien parce qu’on s’intéresse à ce que je dis », affirment-ils souvent. « Ils savent qu’ils peuvent nous parler de choses qui les envahissent, comme des lubies pour tel site Internet ou tel jeu vidéo, dont leur entourage se fiche », ajoute Violette Aymé.

Se pacifier grâce au numérique

Au Node, Raphaël Fernandes apprend, par exemple, à coder avec un développeur pro de jeux, mis à sa disposition par Le Nom Lieu pour créer un niveau supplémentaire à Undertale (jeu à la licence ouverte, que les fans peuvent librement modifier), et « se tester », lui qui n’a pas n’a pu accomplir son rêve : entrer dans une école de jeux vidéo. « Il était très mal », estime Gilles Mouillac, troisième cofondateur du Nom Lieu. « Ce qui l’a sauvé, c’est Undertale, et plus précisément la capacité des personnages à désarmer les monstres et dialoguer avec eux », car il favorise les joueurs qui résolvent pacifiquement les conflits.

Pour Gilles Mouillac, psychologue clinicien, « beaucoup de jeunes se pacifient et trouvent leur place dans le monde grâce aux usages numériques », en « chattant » (bavarder en ligne) sur les forums, par exemple. Pourtant, estime-t-il, « les institutions de soins ne savaient pas y faire avec ces pratiques des jeunes, alors que cela peut être une solution à leurs problèmes. Et les lieux d’apprentissage ne sont pas adaptés pour accueillir des personnes avec des troubles psychologiques ». C’est pourquoi « la création du Nom Lieu, en 2016, tentait de répondre à ce double vide institutionnel pour les jeunes adultes entre 15 et 25 ans ».

« Les autistes ont un œil très affûté »

Le numérique peut aussi être une opportunité pour trouver du travail, ajoute le psychologue : « Comme Théo, beaucoup de jeunes ont quitté l’école très tôt, et se sont formés tout seuls sur le tas. Ils ont de vraies compétences, largement sous-exploitées. Il ne leur manque qu’un fil directeur. On essaye de l’attraper avec eux. »

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Aristide Boudé (à droite), un Girondin de 19 ans atteint d’autisme, s’adonne à la peinture, comme ici avec son père Olivier. / Simon Barthélémy

Quelques jours plus tôt, Marc Langlois nous accueillait dans une exposition montée à Bordeaux par La main à l’oreille (voir plus bas), une autre association dont s’occupe ce papa d’un garçon autiste. Intitulée « Le monde au singulier », elle présentait des œuvres d’une trentaine de jeunes autistes. Le cofondateur du Nom Lieu s’arrêtait devant les toiles de Jean-Sébastien Calmels, des paysages routiers remplis de panneaux et de feux tricolores : « Les autistes ont un œil très affûté pour voir les détails, ils ne supportent pas les incohérences, et Jean-Sébastien sait repérer celles du Code de la route. »

C’est aussi au Nom Lieu qu’Aristide Boudé a réalisé un story-board à partir de ses dessins sur les animaux d’Afrique. Ce jeune Girondin de 19 ans en a écrit l’histoire, composé la musique, et tourné un film, intitulé L’Aventure africaine, projeté lors du « Monde au singulier » avec d’autres créations d’Aristide, notamment des autoportraits, dessinés lors d’un séjour difficile en hôpital psychiatrique, et un tableau peint à quatre mains avec son père Olivier.

Changer ses obsessions en connaissances

« Il a envie de montrer ce qu’il fait, c’est nouveau », se réjouit Bérengère, sa maman, lorsque nous rendons visite à la famille Boudé. S’il est plutôt taiseux derrière ses longs cheveux, Aristide nous ouvre volontiers un grand cahier, rempli de dessins de dragons et d’animaux mythologiques. « La méduse a le pouvoir de pétrifier quelqu’un en le changeant en pierre », explique le tout jeune homme, fasciné par l’apparence et les noms exotiques – hippogriffe, satire, manticore… – de ces créatures.

« Quand il s’empare d’un sujet, il va au fond des choses », avec force recherches sur Internet, relève Olivier. « Partir de ses obsessions permet aussi d’arriver aux mêmes connaissances que les enfants ont acquises avec d’autres façons », poursuit-il, comme, par exemple, connaître les écosystèmes ou les pays dans lesquels vivent les animaux d’Afrique… Car Aristide n’est jamais allé à l’école. « Même à la maternelle, on n’en voulait pas », indique Bérengère qui lui fait la classe à la maison. Aujourd’hui, Aristide va à l’hôpital de jour. Et ses parents, plutôt méfiants envers les institutions, ont trouvé dans La main à l’oreille et Le Nom Lieu des relais importants.

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Faire entendre une autre voix sur l’autisme

POURQUOI ?

Victimes de troubles du surdéveloppement, apparaissant lors de la petite enfance, les personnes autistes (700 000 diagnostiquées en France) manifestent des anomalies comme l’intolérance au changement, ou des comportements répétitifs. Reconnu comme un handicap social depuis 1996, « l’autisme n’est pas systématiquement associé à un retard intellectuel », souligne l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

COMMENT ?

Le gouvernement a présenté, en avril 2018, sa stratégie nationale pour l’autisme autour de cinq engagements, dont ceux de « soutenir les familles et reconnaître leur expertise » et de soutenir l’insertion des autistes dans la cité. Des enjeux autour desquels s’est fondée, en 2012, La main à l’oreille, pour « faire entendre une autre voix » sur l’autisme. Forte de 350 adhérents, cette association organise des cafés pour faire se rencontrer les parents, et d’autres réservés à leurs ados autistes.

ET VOUS ?

Pour connaître ou s’engager dans les structures gravitant autour de l’autisme, du diagnostic à l’accompagnement des familles, il est bon de consulter les centres de ressources autisme (CRA). Une structure récente, la Fédération étudiante pour une dynamique études et emploi avec un handicap (Fédéeh), propose aux étudiants d’agir bénévolement pour aider aux études et à l’insertion professionnelle des jeunes handicapés. Enfin, plusieurs pétitions circulent pour que chaque enfant qui en a besoin puisse bénéficier d’un ou d’une AVS (assistant ou assistante de vie scolaire), ou pour soutenir des lieux d’accueil menacés de fermeture, comme récemment la FuturoSchool, école de l’association Vaincre l’autisme, à Paris.

Simon Barthélémy, correspondant régional à Bordeaux (Gironde)
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Le tour du « Monde au singulier » explore les créations de jeunes autistes

Formidable exposition itinérante, « Le Monde au singulier » fait escale à l’Espace Saint-Rémi à Bordeaux. Initiée par l’association TEAdir-Aragon et sa cousine française la Main à l’oreille, elle présente pour la première fois le travail d’une trentaine de jeunes autistes – y compris girondins, dont Aristide Boudé, que Rue89 Bordeaux a rencontré.

Le guépard Flocon se dresse contre les créatures de la terre flamboyante pour défendre les siens, dévorant un rhinocéros, ou défiant un lion. De ses nombreux croquis et recherches sur les animaux de la savane africaine, Aristide Boudé a fait un storyboard. Puis ce jeune homme de 19 ans a ajouté sa propre musique, composée sur tablette, et sa voix pour raconter l’ « Aventure africaine ».

Ce film est présenté actuellement à l’espace Saint-Rémi, avec les œuvres d’une trentaine de jeunes autistes français, belges, italiens et espagnols. L’exposition itinérante « Un monde singulier », créée en 2015 à Saragosse par l’association TEAdir-Aragon (TEA pour troubles du spectre autistique), a fait un petit tour d’Europe, collectant à chaque étape les créations d’artistes locaux.

Seul moyen de liberté

L’étape de Bordeaux a été montée avec La Main à l’oreille, association de parents conçue selon son cofondateur Marc Langlois « pour écouter ce que les autistes ont à nous dire », notamment à travers les pratiques artistiques. Et l’espace Saint-Rémi recèle des pépites d’art brut – au sens où chaque jeune qui expose ici, « crée spontanément et intuitivement, indépendamment des critères esthétiques conventionnels, pour mettre de l’ordre dans la réalité, construire ses propres connaissances ou pour montrer ses propres mondes intérieurs ».

On peut ainsi découvrir les incroyables personnages dessinés au Bic par Lucile Notin-Bourdeau – au rythme de 50 à 200 images par jour ! –, les sculptures en fil de fer d’Alessandro Menegazzi… Et voir des fenêtres s’ouvrir sur leurs angoisses : celle d’Etienne Guaquière pour les manèges de parc d’attractions, reconstitués dans ses collages, ou celle d’Enzo Schott pour les inondations.

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Lucile Notin-Bourdeau

Parmi les artistes girondins, citons les peintures très « picassiennes » d’Antsa, créées à la Demi-Lune, l’hôpital de jour de Villenave-d’Ornon ; les complexes constructions Lego d’Adam (9 ans), accueilli au Jardin d’enfants de Bellefonds, à Artigues, ou encore les dessins de Louis Magister, qu’on croirait échappés d’un manga.

« Il dit du dessin que c’est son seul moyen de liberté et d’expression qui l’apaise et met son imagination en arborescence », indique le panneau présentant ce garçon hyperactif, actuellement au centre Montalier (Saint-Selve).

« Même à la maternelle, on n’en voulait pas »

Pour certains autistes qui ne parlent pas, la peinture et le dessin sont même les seuls modes de communication avec le monde extérieur. Aristide a quant à lui déployé plusieurs formes d’expressions, et une salle de l’espace Saint-Rémi est consacrée à son travail : autoportraits tourmentés dessinés lors de sa période à Séglas, une unité de l’hôpital psychiatrique de Cadillac où il a passé 9 mois très difficiles ; scènes de Jurassic Park recomposées avec des Playmobils, puis photographiées ; ou encore un tableau peint à quatre mains avec son père Olivier (dont plusieurs toiles sont aussi exposées), et dans lequel un loup-garou menace une madone, protégée par d’autres êtres fantastiques.

« Notre famille baigne dans un univers artistique, et c’était évident que ces outils allaient nous servir, explique Bérengère, la maman d’Aristide. J’ai moi-même une formation de styliste, je fais de la couture et du graphisme. Tout petit, Aristide avait un intérêt pour les dinosaures. Alors on a fait des masques, des costumes… Tout était prétexte à développer sa motricité, son autonomie, son intérêt… C’est un mode d’échange et de communication entre nous. »

Car Aristide n’est jamais allé à l’école – « Même à la maternelle, on n’en voulait pas », souligne sa mère.

« Dans son parcours, il n’a fait que de l’hôpital de jour. Je lui faisais la classe à la maison. A l’école, de toutes façons, il y a du bruit, du monde, la nécessité de rendre des choses. C’était trop compliqué. »

Bérengère a dû renoncer à sa carrière pour s’occuper de son fils – elle travaille actuellement 10 heures par semaine dans un magasin, « mais 5 fois plus à la maison », sourit-elle.

« Sans regret : il fallait donner du temps mais pour moi c’était évident et naturel. C’est une vie créative riche qui ouvre d’autres champs. On s’attache beaucoup aux détails, on s’attarde sur des petites choses. Quand on se promène dans les bois, on ne voit pas la forêt, on voit chaque arbre. C’est ça, l’autisme. »

Aller au fond des choses

Partir des intérêts obsessionnels de jeunes autistes comme « Aris » – « où vivent les animaux d’Afrique ? dans quels écosystèmes ? et quels pays du continent ? » –, cela permet « d’arriver aux connaissances qu’on acquis les enfants d’autres façons », considère Olivier.

Et il relève que quand son fils s’empare d’un sujet, « il va au fond des choses ». Ainsi, grâce à sa tablette, Aristide s’est par exemple initié à la musique, et a acquis une connaissance encyclopédique des animaux mythologiques qu’il aime dessiner.

« La méduse a le pouvoir de pétrifier quelqu’un en le changeant en pierre, explique-t-il. J’aime le physique des personnages. »

Le jour de notre visite dans la maison familiale des Boudé, à Léognan, Aristide nous présente un de ses grands cahiers, page par page. Le grand garçon y a reproduit des créatures inquiétantes aux noms exotiques – hippogriffe, satire, manticore…

Mais sa nouvelle passion c’est les dragons : il a imaginé sept familles – les rokailleux, les marins, les traqueurs… -, composée chacune de plusieurs espèces aux noms poétiques – le bélier muské, le pognon trancheur, l’urgazolus… –, des plus sympathiques aux « très dangereux ».

Les yeux planqués sous ses longs cheveux, Aristide est en revanche plutôt taiseux lorsqu’on parle de lui. Mais Bérengère et Olivier nous informent qu’il est rarement aussi avenant avec une personne inconnue, et peut s’enfermer dans sa chambre s’il y a du monde.

« Il a envie de montrer ce qu’il fait, indique Bérengère. Il a participé l’an dernier à une restitution, et cela lui a bien plu d’attirer l’attention. C’est nouveau. »

Le Nom lieu

Son film, « l’Aventure africaine », a en effet été présenté au Rocher de Palmer avec d’autres créations du Nom Lieu, également fondée par Marc Langlois (par ailleurs co-président d’Aquinum, structure fédérant des professionnels du numérique en Aquitaine). C’est une émanation de la Main à l’oreille, la première association à laquelle les Boudé, plutôt méfiants envers les institutions, on rejoint il y a 4 ans – « Pour son état d’esprit ouvert sur la créativité, loin de ce qu’on avait croisé jusqu’ici de larmoyant », souffle Bérengère.

« Nous voulons faire entendre une autre voie sur l’autisme, expose Marc Langlois. Les personnes atteintes par un TSA sont aussi des êtres humains, et nous voulons défendre leur place dans la cité. »

Il évoque ainsi ces enfants autistes rejetés des squares par des parents prenant peur pour leurs rejetons, ou simplement le droit pour les ados de sortir entre eux, sans autre chaperon qu’un jeune accompagnateur de l’asso. Le Nom Lieu a une autre ambition : transformer les talents des autistes en compétences professionnelles valorisantes.

A l’espace Saint-Rémi, Marc Langlois nous montre ainsi les paysages de Jean-Sébastien Calmels, exclusivement faits de panneaux routiers.

« Il sait repérer les incohérences du code de la route, et j’aimerais le mettre en contact avec une start-up bordelaise qui travaille précisément là dessus. Les autistes ont un œil très affuté pour voir les détails, et ne supportent pas les incohérences. C’est pourquoi des entreprises informatiques américaines embauchent des autistes pour repérer les erreurs dans les lignes de code. »

Le Monde au Singulier a peut-être d’ores et déjà ouvert des portes à certains de ses exposants, dont des visiteurs ont (ou veulent) acheter des toiles. L’exposition est visible jusqu’au 6 octobre prochain, l’entrée libre.

 

Adresse de l’article d’origine sur Rue89 Bordeaux.com

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